Une analyse d’un collectif de cheminots nantais sur la grève

Nous publions l’analyse d’un collectif de cheminots nantais sur le mouvement de grève à la SNCF contre la casse du statut. Comme le texte le souligne, nous devons profiter de la période pour réfléchir aux échecs des luttes passées pour mieux préparer les prochains combats. Ce collectif pointe avec réalisme les obstacles que les ouvriers doivent lever dans leur lutte : l’individualisme, le corporatisme, le bureaucratisme, l’économisme… Le texte exprime qu’un courant existe au sein des masses de recherche de démocratie, d’unité et d’indépendance. Un document précieux que nous saluons qui enrichie notre enquête ouvrière.

Selon nous, le texte ne met pas suffisamment en évidence les gestes de convergence qui ont malgré tout été tentés. Nous pensons par exemple au soutien du collectif d’usager de la SNCF ou aux initiatives des étudiants pour mener le débat avec la diffusion du film Navigators à la fac… Si ces initiatives n’ont pas eu une grosse réussite, on ne peut pas nier les efforts pour créer les conditions de la convergence. Et si la critique des positions réformistes des directions syndicales est juste, nous pensons que les ouvriers combatifs ne doivent pas déserter les syndicats, bien au contraire ! L’auto-organisation des travailleurs passe par ce niveau élémentaire, pour mener la lutte contre les idées de la bourgeoisie et remporter des victoires dès aujourd’hui contre le gouvernement. Cela n’exclut pas Ô combien la  nécessité d’un Quartier Général du prolétariat : la construction un nouveau parti communiste (ML).

 

Tirons les leçons de la grève à la SNCF !

Ce texte est la synthèse de discussions menées entre cheminots de la région de Nantes  sur le mouvement de mars à juillet 2018. Issue d’échanges entre grévistes, elle se veut une contribution au bilan de cette lutte.

La longue période de grève perlée n’est pas encore terminée, mais le résultat est là. Déroute complète devant les plans gouvernementaux. Ce mouvement, qui se représentait comme le dernier verrou d’un secteur organisé, a subi une défaite sous le regard de tous les travailleurs. Même les responsables syndicaux se grattent la tête pour trouver des conquêtes à mettre à l’actif de la grève : des négociations avec le premier ministre plutôt qu’avec la ministre ; la reprise par l’État d’une partie de la dette de la SNCF, reprise déjà actée par le rapport Spinetta et rendue nécessaire par le changement de statut de l’entreprise en société anonyme (S.A.) Bref : on a gagné que dalle !

Alors un bilan, pour quoi faire ? Cette défaite d’une lutte ouvrière s’inscrit dans la suite impressionnante de revers qui nous est infligée par l’offensive capitaliste. Fort de son succès, le gouvernement va multiplier ses initiatives sur tous les plans (retraite, chômage, etc.) en mettant à profit le sentiment que résister est sans effet. Si l’on veut rompre avec ce sentiment, contribuer à ce que les luttes ouvrières se hissent à la hauteur de cette offensive débridée et retrouver les véritables forces du mouvement ouvrier, il faut un bilan sans concession. Bilan en positif comme en négatif qui doit nous servir pour continuer de militer en apprenant du passé.

On pourra nous dire : vous noircissez le tableau à parler de défaite, il n’y a qu’à voir les chiffres de participation à la grève pour se convaincre du contraire. Oui bien sûr, la base des grévistes a été souvent nombreuse. Mais cette réalité pose encore plus de problèmes. Comment, dans ces conditions de forte participation, arrive-t-on à une sortie de lutte sans qu’aucune concession, même la plus minime, n’ait été arrachée au gouvernement ? Nous sommes d’avis que la critique et l’auto-critique sont vitales pour tirer les leçons de ce mouvement.

Les points de vue développés ici reflètent une expérience locale et limitée. Nous sommes donc très intéressés à les approfondir à la lumière d’autres expériences de lutte (contact : collectifdouvriers@protonmail.com). Il est bien possible qu’ailleurs la lutte ait pris des formes différentes. Enfin et surtout, nous voulons ouvrir la discussion dans l’intérêt de l’ensemble de notre classe sociale, sans nous limiter au cadre étroit d’une entreprise. Il n’y a pas de raccourci sur le chemin de l’organisation des ouvriers par les ouvriers eux-mêmes.

Premières réactions

Le rapport Spinetta est publié le 15 février. Dans ses grandes lignes est déjà annoncé le contenu du plan gouvernemental : reprise de la dette, transformation de l’entreprise en S.A., mise en concurrence, suppression du statut, etc. Le gouvernement avance ouvertement. De l’autre côté, c’est l’attentisme. Il faut attendre le 22 mars pour voir la première réaction organisée par les syndicats. Cette journée d’action à Paris est annoncée comme une démonstration de force et c’est le cas… en trompe l’œil. Plusieurs milliers de manifestants dans la rue, qui défilent en deux cortèges parallèles : cheminots d’un côté, salariés de la fonction publique de l’autre. Pour faire du bruit, on a fait du bruit ! Mais entre les fumigènes, les sonos, les pétards éclatés à la masse, difficile de s’entendre et de discuter. Déjà l’option choisie par les syndicats (CGT en tête) apparaît : montrer la force de la corporation organisée du haut vers le bas.

Pourtant des manifestations de la fonction publique ont lieu le même jour dans les différentes villes, à Nantes et ailleurs. On voit déjà que cette option tourne le dos à la recherche d’unité là où les travailleurs, localement, pourraient en maîtriser le développement.

Entre-temps est connu le calendrier de grèves : deux jours suivis de trois jours de reprise du travail. Notre première impression est négative : est-ce vraiment en étalant en longueur le mouvement qu’on va gagner ? Avec ce calendrier on donne des billes à la SNCF pour la laisser s’organiser (pas de réservation TGV ouvertes les jours de grève, par exemple). On peut se rassurer en se disant que des moyens d’action différents peuvent se  compléter et monter en puissance. Il resterait possible de déborder le calendrier intersyndical après les premières périodes de grève.

Des discussions sur les modalités de grève ont lieu, mais la grande majorité s’affirme pour. D’autres y sont favorables avec quelques nuances. Quelques-uns espèrent un mouvement puissant qui déborde le cadre fixé. L’argument principal de cette majorité, ce sont difficultés à mobiliser. Mais dans l’ensemble il reste difficile de tirer les vers du nez des uns et des autres pour faire un bilan du 22 mars et des suites. Or il y aurait un grand besoin de débattre de l’action.

Participation forte à la grève visible dans les taux de grévistes, aux premières AG aussi (240 le 3 avril) mais rapidement la démobilisation et la routine s’installent.

Le train-train de la grève

L’alternance jours de grève / jours travaillés devient une routine, certains choisissent leurs jours en fonction de leurs besoins personnels, du week-end… La participation oscille entre 60 et 150 grévistes aux AG, avec un rebond parfois à 200. Le train-train s’installe et se reproduit jusqu’au bout de cette période.

Il y a bien des discussions, des interrogations. Mais pourquoi le calendrier de l’intersyndicale CGT-UNSA-CFDT n’a jamais été débordé ?

– il est évident que la masse des grévistes n’a jamais été en position d’aller plus loin que ce cadre, qui s’est imposé sur toute autre initiative. Soyons directs : il manque la détermination chez bon nombre de se déplacer pour construire le mouvement,

– comment l’expliquer ? Les pertes de salaires ne peuvent sérieusement expliquer les freins à la combativité. Les menaces disciplinaires sont réelles, mais pas générales. On constate quelques fois un individualisme affirmé, on croise plus souvent le sentiment  d’impuissance. « À quoi bon lutter puisque Macron veut aller jusqu’au bout ? » Ce manque de détermination, de liens actifs avec la grève, peuvent s’expliquer : éloignement du domicile du lieu de travail, des collectifs de travail, poids des restructurations successives, etc.

– mais les doutes sur les méthodes syndicales sont plus que justifiées. L’intérêt de l’AG comme assemblée de débat avait déjà été vidé de sa substance par les syndicats qui organisent le mouvement. On est assommés par la lecture de longs communiqués syndicaux tout faits. En revanche le débat sur place est inexistant. Seules quelques interventions plus « pêchues » rompent cette monotonie, mais ne remplacent pas le véritable débat. L’issue de l’assemblée est connue d’avance.

Convergence des luttes ?

On a entendu cet argument ahurissant : les cheminots seront plus forts s’ils restent sur leurs revendications propres à la défense de la SNCF et du statut. Rien de plus faux !

L’intersyndicale a travaillé constamment dans une optique corporatiste en mettant en avant l’unité des cheminots (donc entre exécution, maîtrise et cadres), par l’épuisement du mouvement dans la fameuse « vot’action », etc. Et elle parle au bout du compte d’une « lutte exemplaire » !

En avril, plusieurs mouvements ou grèves locales (Nantes métropole, EDF, étudiant-e-s) permettaient d’envisager une possible extension du mouvement. Cependant les luttes ou début de luttes resteront isolées entre elles, telle la journée d’action (22 mai) de la fonction publique décalée par rapport au préavis SNCF. Les syndicats de ENEDIS de leur côté lanceront une grève large à la toute fin du mouvement cheminot…

La manifestation du 14 avril a vu la succession de deux manifestations : la 1ère appelée par l’intersyndicale, la 2nde par les soutiens de la ZAD de NDDL. Sans être ridicule, la participation à la première est limitée et les cadres syndicaux sont exaspérés parce que le cortège cheminot est dépassé par d’autres éléments. Même si la manifestation reste assez solidaire pour le « deuxième tour », seule une poignée de cheminots reste sur place. De toute façon, la manifestation est arrêtée par les flics et stérilisée par les affrontements.

À la fin de la manif du 19 avril, nous avons était accueillis par les forces de l’ordre au bout du pont Anne de Bretagne par un petit jet de gaz lacrimo. Nous avons mis un peu de temps pour arriver à se rassembler devant les anciens chantiers Dubigeon. Plein de monde était déjà parti à cause de l’attente, des gaz et de la mise en place tardive du camion du syndicat pour que les gens prennent la parole. Les même discours aussi long, nous sommes restés à une centaine de personnes. Par la suite les flics ne sont plus intervenus et sont partis. Pour une manif interpro, c’était bien maigre !

Il faut bien remarquer le peu d’intérêt de la base porté aux autres luttes. Nous voyons peu sur des perspectives communes. Il est remarquable que malgré les nombreuses journées de grève, presque tous les rendez- vous avaient lieu dans un rayon de 500 mètres autour de la gare. Des échanges auront lieu (intervention d’un représentant CGT de l’EDF, de groupes étudiant-e-s à plusieurs reprises, rencontre aux finances publiques) sans déboucher sur une quelconque mobilisation.

Chacun reste devant son lieu de travail plutôt que d’aller rechercher l’extension du mouvement. Ces initiatives attirent peu et manquent vraiment de combativité. On voit bien que des mots d’ordre séparés, chacun de son côté, ne sont pas un terrain favorable à la lutte collective.

La création d’une caisse de solidarité et la publicité qui lui est faite dans les media accréditent l’idée que les cheminots serviraient de bouclier pour les autres  travailleurs. Ceux-ci devraient soutenir les cheminots, non par leur propre action et leur lutte, mais par le don d’argent. La Tribune des cheminots (juillet-août 2018) valorise cette attitude de spectateur, pas d’acteur, en reproduisant des messages reçus de donateurs : « merci de vous battre pour vous et pour nous », « ne lâchez rien, tenez bon”. Les acteurs de cette caisse sont connus : des intellectuels de gauche qui trouvent là leur raison d’exister et les organisations syndicales. Si l’importance des dons témoigne d’une sincère solidarité à la base, la stratégie syndicale de grève longue et d’unité par délégation est une impasse pour l’avenir.

Il existe certes une petite minorité active composée de militants syndicaux ou politiques qui cherche à provoquer des convergences. Mais il ne lui appartient pas de créer des conditions que seul le mouvement des travailleurs peut développer, conditions qui manquent encore. Au printemps 2018, la dynamique du mouvement étudiant était localement assez importante et aurait pu être un terrain de convergences (on fait exception de la lutte à NDDL qui renvoie à une autre composition sociale, d’autres buts et donc d’autres développements). Or le mouvement des cheminots n’est jamais allé vers la solidarité agissante, et c’est par là que les grévistes ont perdu.

Le verrou syndical

Les syndicats sont restés de bout en bout aux commandes de la lutte. Beaucoup de collègues sont critiques, sceptiques, ne se sentent pas représentés par les syndicats, mais ne sortent pas des habitudes de délégation. Nombreux sont les militants de la grève à être encartés ou à s’afficher avec un badge syndical (90 % à vue d’œil). Le rôle dirigeant de la CGT ne lui a jamais été disputé.

Le syndicat a un fonctionnement basé sur l’homogénéité de façade, une structure pyramidale à l’image de l’État. Les AG inter- services sont balisées au préalable par l’intersyndicale et les AG de syndiqués (elles- mêmes dirigées en amont).

SUD n’a pas joué un rôle plus positif : des interventions certes moins corporatistes, plus combatives, mais sa position sur le passage à la grève reconductible est restée très timorée. SUD est resté solidaire de l’intersyndicale et n’a pas cherché à transformer le mouvement dans le sens d’une organisation de la grève par les grévistes eux-mêmes. Ainsi l’enjeu n’est pas d’opposer un syndicat à un autre, mais de débattre d’une orientation sur le fond.

Le matériel syndical est abondant pour diffuser les consignes d’action et les explications techniques. Les syndicats ne manquent pas de propositions et d’inventivité, comme si Macron avait seulement fait de mauvais choix et que d’autres choix seraient à portée de main.

Il n’y a donc aucune explication véritable de la crise qui mène au  démantèlement de l’ex- monopole SNCF. Il n’y a pas non plus de contenu positif pour les ouvriers (conditions de travail, nuit et travail décalé, mobilité imposée, salaires, etc.) La CGT défend au contraire le statut avec des droits comme contrepartie des devoirs du cheminot envers son entreprise.

Nous avons dégagé de ces expériences quelques leçons :

1°- Après la fin du calendrier initial (28 juin), la CGT lance de nouvelles journées, elle nous appelle à « continuer la lutte » dans le cadre de cette « mobilisation inédite ». Plutôt que d’appeler à de nouvelles actions qui ne peuvent que reproduire l’échec de celles  auxquelles nous avons déjà participé, l’urgence est de se regrouper pour discuter et exercer notre esprit critique. La classe ouvrière n’est pas épargnée par l’inculcation, dès le plus jeune âge, d’idées puantes : concurrence, chacun pour soi, nécessité d’écraser les autres pour s’en sortir. Face à toute cette pollution dans les têtes, la conscience de classe est notre 1ère force. Cette conscience ne peut s’affirmer qu’en prenant le temps de débattre, de remettre en question les consignes, surtout quand elles viennent des syndicats qui prétendent être nos défenseurs. D’autres mouvements vont venir : il faudra se regrouper dès le début pour favoriser cet état d’esprit et éviter de se mettre à la traîne des événements,

2°- la situation actuelle est marquée par un mécontentement ouvrier général. Mais notre lutte n’a pas été prise en main par les grévistes eux-mêmes, elle n’a pas cherché à déborder le cadre traditionnel du syndicat et des mots d’ordre propres à la SNCF. Or la conscience véritable de la situation passe par des revendications communes aux ouvriers contre toutes les divisions d’entreprises, de régions, de secteurs, etc. puisque nous avons tous en commun d’être salariés (ou privés d’emploi) par le capital,

3°- au-delà de la résistance indispensable au gouvernement et au patronat, il faut donner à notre lutte un contenu beaucoup plus large et radical. Les ouvriers forment la classe qui par son travail est à l’origine du profit. C’est par notre travail que les Vinci, SNCF, Arcelor-Mittal, E.Leclerc, LU et autres capitalistes se battent dans la course au profit. Nous n’avons aucun devoir ou respect à observer pour les entreprises responsables de l’exploitation et la hiérarchie.

Le progrès technique ne doit plus servir à augmenter le chômage et la précarité. Il devrait servir au contraire à réduire drastiquement le temps de travail. Il devient clair que le système capitaliste s’enfonce dans la crise. Défendre nos conditions de vie doit donc déboucher sur une lutte contre ce système dans sa globalité. Nous ne voulons pas servir la machine à fric, mais nous en débarrasser.

Un collectif d’ouvriers juillet-août 2018

Si ce texte t’a intéressé, si tu veux le commenter, le critiquer, … contacte-nous à : collectifdouvriers@protonmail.com

 

Aller chercher Macron ? Comment ?

Nous publions ici- dessous une analyse politique de “l’Affaire Benalla” de l’Unité communiste de Lyon que nous partageons à plus d’un aspect. Aller chercher Macron ? Comment ?

 

C’est tout le pouvoir des monopoles qu’il faut aller chercher !

 

Les révélations faites autour de l’affaire Benalla ont plus d’un mérite. Elles ont ouvert une fenêtre plus que palpitante sur les contradictions du pouvoir en place, mais également sur les forces politiques qui officient en France, sur leurs conceptions et sur leurs limites ou leur opportunisme, en fonction des cas.

Plus l’enquête avance, plus un système complet de clientélisme, de passes-droit, de relations troubles fait surface. Sans être inattendu, car le régime bourgeois provoque et cherche la corruption, la révélation de ce réseau est néanmoins passionnante. Alexandre Benalla est un véritable symbole de ce fonctionnement dans lesquels les règlements et les lois sont transgressés, où la police couvre les traces des méfaits commis, et où le mensonge est érigé en art.

Lorsque les frasques sont sues, elles sont tues. Lorsque des sanctions sont prises, elles sont symboliques. En revanche, les avantages et tricheries internes sont encouragées et récompensent la férocité.

Les auditions des différents acteurs de cette affaire, dont l’ex-PS Gérard Collomb, ont pu faire la lumière sur l’hypocrisie de la direction de l’État bourgeois, laquelle n’a aucun état d’âme à mentir sans vergogne pour se sortir de ce mauvais pas. Les responsables font bloc le temps que la tempête passe, sachant que les risques d’être mis en cause concrètement et exposés à de véritables condamnations sont quasiment nuls.

Pour parachever cela, le président de la République, Emmanuel Macron, s’est même octroyé le fait de ses permettre une provocation, en s’exclamant « je suis le responsable, venez me chercher ! ». Tout en sachant pertinemment que son immunité le protège juridiquement.

Une légitime colère s’est emparée de ceux et celles qui ont vu dans ces propos la marque du mépris le plus total de la part du chef de l’État. La très grande majorité de la population du pays ne peut qu’être choquée par cette attitude.

Nombre d’organisations ont alors tenté de capitaliser sur cette colère pour faire leur beurre, et engranger un appui populaire. Les Républicains tout comme le Rassemblement National ont tenté de surfer sur ces questions pour jouer sur la corruption de l’exécutif et pour avancer leurs pions. A ce jeu là, les plus réactionnaires n’ont pas hésité à jouer sur l’origine du principal mis en cause pour déverser également leur haine raciste ou leurs thèses complotistes, faisant de Benalla un agent de la Franc-maçonnerie, un terroriste en puissance ou un agent d’Israël.

A gauche, « Allons chercher Macron » a été érigé en cri de ralliement. Seulement, derrière le cri, la question de la transcription pratique s’est posée. Or celle-ci n’est pas si anodine, elle est même particulièrement importante. Elle est particulièrement importante car elle pose la question du rapport à l’État et au pouvoir.

La FI comme le PCF ont joué la carte de la motion de censure, pour tenter de provoquer la chute du gouvernement. Le RN et les Républicains ont également opté pour cette voie. Pourtant elle est purement symbolique, car elle n’a absolument aucune chance d’aboutir. Ceux et celles qui la suivent ne peuvent l’ignorer. Elle est un moyen de faire un coup d’éclat pour se placer comme opposition principale, pour gagner un avantage moral -temporaire- et espérer capitaliser dessus pour les prochaines échéances électorale. Aller chercher Macron se limite, pour ceux-ci, dans toute leur variété, à une forme nouvelle de « votez pour nous ».

Hors de l’assemblée, les organisations trotskistes ou réformistes radicales ont été, elles aussi, plus que gênées par cette situation. Habitués à se cantonner dans le registre de la défense économiste, cette situation où il fallait répondre politiquement les ont désarçonnés.

Tout comme dans les slogans tels que « de l’argent, il y en a, dans les caisses du patronat » , « aux riches de payer la crise… » etc, se pose la question du « comment ? », « comment aller le chercher, comment leur faire payer ? » et où la réponse, en générale, est évasive. Dans les faits, il existe une pudeur invraisemblable à quitter le registre économiste et à poser la question en termes politiques, en termes de pouvoir.

Le NPA, par exemple, se limite à présenter une crise politique comme une opportunité économiste, « Nul doute que cet affaiblissement peut devenir un point d’appui pour les nombreux combats à mener à la rentrée. Face aux violences du gouvernement, qu’elles soient sociales ou physiques, il est grand temps de désarmer Macron ! » L’ironie de la chose voulant que l’exigence du désarmement paraît difficile à mettre en œuvre dans un système où la bourgeoisie bénéficie d’une « toute-puissance favorisée et rendue possible par les institutions de la Ve République. » 

Dans un autre article, sur le site « Révolution Permanente » l’auteur indique « Si l’affaire Benalla a montré toute la violence du régime présidentiel, il manque aujourd’hui une alternative à cette République des privilèges et des privilégiés, qui, en même temps de rogner sur les droits des travailleurs en leur demandant « l’exemplarité », ne respecte même pas les lois qu’elle feint de défendre. » Nous ne pouvons que être en accord avec cette déclaration. Mais cependant, l’alternative, qu’est-elle ? « Cette mobilisation extra-parlementaire, avec les méthodes qui sont les nôtres, la grève et les manifestations, est la seule à même de pouvoir remettre en question cette République de magouilles, de copinages et de vrais privilégiés. » La grève économique est, pour Révolution Permanente, la solution. Le même article regrette que la CGT et le mouvement ouvrier ne se soient pas plus impliqués, limitant le débat à des questions économiques et économistes.

Invocation, encore, lorsque le même déclare « si les travailleurs s’invitaient dans les débats qui traversent le pays actuellement, pour apporter leurs propres solutions, cela pourrait être un coup important contre l’ensemble de la Cinquième République et ses institutions pourries, et changer enfin la donne, non pas pour remplacer la cinquième par une sixième République, où il y aurait toujours un gouvernement des patrons malgré les changements de façade qui pourraient être proposés, mais pour que cela soit véritablement les travailleurs et l’ensemble des opprimés qui prennent leurs affaires en main une bonne fois pour toutes. »

Il suffirait donc que les travailleurs s’invitent dans le débat pour que cela puisse changer. Il s’agit là d’une des faillites de la conception trotskiste, laquelle ne comprends finalement pas le sens de l’organisation politique et de la révolution. « Il s’agira par la suite de chercher à construire une véritable mobilisation d’ampleur qui soit en capacité d’exiger et imposer à ceux qui nous ont trop longtemps gouverné la fin d’un régime de privilèges et de privilégiés. » Le comment se pose encore comme question.

Lutte Ouvrière, elle aussi reste dans une expectative d’un sursaut spontané du mouvement économique, qui, par l’œuvre du Saint Esprit, par une alchimie secrète, se muerait en mouvement révolutionnaire.

Dans les faits, « aller chercher Macron » revient à affronter la bourgeoisie dans toute sa force, dans le but de la chasser du pouvoir. Or l’expérience et l’histoire démontrent que ce n’est qu’autour de l’organisation politique, autour d’un Parti révolutionnaire que la bourgeoisie peut être chassée du pouvoir. Certes ce parti n’existe pas encore, mais il n’existera jamais sans compréhension politique du rôle de l’Etat et de la nature du changement politique à faire. Il n’aura jamais une influence politique sur les masses populaires et plus particulièrement les ouvriers et les ouvrières si il n’ose pas franchir le Rubicon de la politique et affirmer que son rôle est d’apporter la négation du pouvoir de la bourgeoisie. 

Certes, il existe un chemin immense à parcourir, mais ce chemin immense ne peut être arpenté par des voies contournant l’obstacle politique, et se limitant à des revendications économiques ou à des transfert de propriété juridiques (nationalisations) et qui, in fine, nient la question de la révolution, la question de la réaction de la bourgeoisie et celle du pouvoir populaire, sous la forme de la dictature du prolétariat, seule forme de pouvoir permettant de transformer la société et de repousser les assauts des réactionnaires et des restaurateurs. L’Unité Communiste de Lyon considère que les mouvements politiques révolutionnaires ont leur mot à dire et leur carte à jouer dans la situation politique actuelle. Le dégoût des institutions qui se renforce doit trouver son écho dans les mots d’ordres des communistes, lesquels ont la tâche de politiser les masses populaires, de politiser les luttes des exploités, de politiser la colère qui gronde. De politiser, d’organiser et d’agir contre l’Etat bourgeois, contre le pouvoir bourgeois, pour la révolution prolétarienne. Nous défendons l’extra-parlementarisme comme une étape, comme un moyen pour les masses de s’exprimer politiquement. Aussi imparfaite qu’étaient les expériences des indignés ou de nuit debout, elles ont joué un rôle d’étape dans le fait d’avoir une volonté de créer des instances de débat et de décision en dehors des cadres institutionnels. Elles ont été des expériences limitées dans le temps comme dans la profondeur, mais posaient des questions néanmoins plus profondes que les réformistes et les électoralistes. Elles posaient, en dernière instance, la question du pouvoir.

Au lieu de désarmer Macron, les positions de la gauche réformiste et radicale-réformiste entraînent les masses populaires sur la voie de la conciliation de classe, en attendant que « les gens se réveillent » et contribuent à maintenir l’illusion qu’un simple ’20h sur TF1′ est suffisant pour transformer concrètement et complètement la société capitaliste et à instaurer le communisme. Aller chercher Macron, c’est se doter des moyens de chasser la classe qu’il incarne du pouvoir, mais aussi se poser la question de la nature du pouvoir qui doit émerger.

La lutte des classes c’est aussi dans l’Education

Dans l’enseignement aussi, il y a de nombreuses raisons de se mobiliser, comme le montre ce tract en dévoilant les tromperies de l’État.

Pour le gouvernement et le MEDEF, l’enseignement doit se limiter à répondre aux besoins immédiats des entreprises. C’est elles qui dicteront de plus en plus le contenu, les besoins, les effectifs et la formation des maîtres la moins coûteuse possible :

Comme dans le secteur privé, ce sera de nombreux contrats avec une rémunération différenciée, à la baisse, « l’assouplissement » des statuts comme pour les cheminots et un recours accru aux contractuels.

Le gouvernement casse les solidarités en individualisant de plus en plus.

Le temps de travail des enseignants sera de plus en plus flexible; ils auront aussi l’obligation de pluridisciplinarité pour pouvoir remplacer les absences.

Le bac perd son caractère national en devenant « un parcours individualisé ». L’admission en Fac sur dossier trie de façon opaque ceux qui n’accéderont pas aux « grandes écoles », ce qu’ont bien compris les étudiants en lutte contre les réformes Parcoursup et ORE.

Pour la majorité des enfants, le parcours est balisé dès la maternelle. L’institution scolaire ne fait que reproduire les inégalités sociales de classe de génération en génération.

La classe dominante veut un formatage aidé par ses médias et pas un véritable enseignement révolutionnaire. Nous voulons une éducation large qui donne à tous un savoir, un esprit critique, de coopération et non de concurrence, et les moyens de lier la théorie et la pratique, de connaître la société pour la transformer.

L’UPML soutient les enseignants, les lycéens et étudiants en lutte contre les réformes réactionnaires du gouvernement !

Tract 19 avril