Le plan de relance du gouvernement Macron

dans l’intérêt général ??

Le Café militant (Facebook : Kafe Militant), co-organisé par l’UPML et les Amis de l’ICOR en région parisienne a discuté en octobre du plan de relance du gouvernement. L’article suivant est un extrait de l’introduction au sujet :

Du plan de relance du gouvernement Macron dans l’intérêt général ??

Dans une situation où l’économie, le PIB (l’ ensemble des richesses produites) recule de 8 % en France et la production de 30 %, le plan de relance du gouvernement prévoit 30 milliards d’euros pour la transition écologique, 35 milliards pour la compétitivité et l’innovation, 35 milliards pour la cohésion sociale et territoriale.

Ce plan de relance – ce sont des subventions (cadeaux) ou allègements d’impôts surtout pour les grands groupes. Des 100 milliards d’euros, 10 financent la baisse des fameux impôts de production. Les entreprises capitalistes paieront donc encore moins d’impôts qu’avant!! Est-ce pour investir et créer des emplois ?? Dès le printemps, la zone euro avait transféré plus de mille milliards d’euros aux banques et 500 milliards d’euros pour sauver des entreprises de l’Union européenne (UE).

La philosophie et le discours du gouvernement sont: quand tout va bien pour les entreprises, donc c’est pour l’intérêt général, donc pour nous tous. Qu’en est-il réellement pour les couches populaires ?

« J’espère que le plan de relance en 2021 créera 160 000 emplois. C’est notre objectif », a déclaré le premier ministre Jean Castex.

En attendant, TOUS LES JOURS, des plans de licenciements, des fermetures d’entreprises et des faillites sont annoncés: Renault, Airfrance, TUI, Airbus, Bridgestone, Lacotère, Nokia, général électrique, Engie, Auchan… On évalue à 800 000 le nombre de destructions d’emplois d’ici à la fin de 2020. 5,8 millions de chômeurs est le chiffre officiel des catégories ABC cet été . Chaque chiffre est une vie, une famille, du malheur.

Plan de relance et emplois

Regardons Bridgestone : 2 ministres du gouvernement s’y sont déplacées pour interpeller « L’État appelle le groupe Bridgestone à prendre ses responsabilités … » la réponse des patrons est glaciale et d’un mépris total pour les 863 salariés menacés de perdre leur emploi, et le gouvernement, se voit humilié. Sauf  que la loi Travail a mis fin à l’autorisation administrative de licenciement et les divers gouvernements n’ont eu de cesse de réduire les quelques restrictions faites aux entreprises qui licencient.

A quoi servent les subventions ?

Les capitalistes investissent et créent des emplois pour faire le profit maximal par l’EXPLOITATION de la force du travail. L’argent de l’Etat aux entreprises va pour leur compétitivité sur le marché mondial. Et la concurrence entre les impérialistes est rude. Il faut restructurer, fusionner et rationaliser – les subventions vont servir à principalement DÉTRUIRE des emplois pour robotiser, à renforcer l’exploitation par la flexibilisation et la précarisation du travail.

Depuis 2018 se développe une des crises répétitives du capitalisme (comme en 2008) de suraccumulation du capital (amplifié par le corona). Les capitalistes ne peuvent plus vendre leurs trop de produits (voitures, etc), alors c’est l’heure de la destruction du capital qui ne leur sert plus à rien – donc aussi destruction du capital humain.

Attention à l’enfumage !

Le discours autour du plan de relance c’est de l’enfumage ! Le gouvernement ne changera pas les lois universelles du capitalisme dont il est le serviteur.

Fabien Roussel, chef du P « C »F déplore que l’on favorise les entreprises et leur production – et regrette des « oublis » dans la plan. Les partis sociaux-démocrates jusqu’à Martinez de la CGT exigent des « contreparties »aux subventions. Comme quoi ? Accompagner les chômeurs doucement dans leur queue d’attente à pôle emploi ?! Les illusions des partis réformistes jusqu’au P «C»F sont de la collaboration de classe !

Pas d’emplois dans les services publics

Le gouvernement ne crée pas d’emplois non plus dans les services publiques où la privatisation continuent, soit destruction d’emploi et précarisation. Dans les hôpitaux créer des postes serait urgent ! Voir la deuxième vague de la crise sanitaire ! Il n’en est rien ! A quelques exceptions près : juges + 1500 postes, police : + 1300 postes, mais seulement 700 pour les enseignants – avec un nombre d’élèves en augmentation.

Une attaque par les grands groupes internationaux

Sur les 100 milliards d’euros, 40 milliards seraient pris en charge par l’Union européenne, mais pas automatiquement. La condition  est de mettre en place la retraite à points, de démanteler l’assurance chômage qui restreint les conditions d’accès aux indemnités et qui les baisse. D’autres « réformes structurelles » vont suivre.

Le plan de relance est une attaque globale, brutale et renforcée des monopoles internationaux sur les travailleurs, attaque concerté des gouvernements Européens. Il augmentera le chômage et la misère !

Et les salaires et allocations ?

Les « experts » dans les médias nous disent que la population aurait une épargne de 100 milliards d’euros, pas la peine d’augmenter les salaires et allocations. La belle statistique !

La rémunération annuelle du PDG de Bridgestone, Masaaki Tsuya, est d’un million de dollars par an. La rémunération annuelle du PDG de General Electric, Lawrence Culp, dont le groupe licencie depuis l’année dernière des centaines de salariés du site de Belfort : 2,5 millions de dollars par an. Mais 9,3 millions de personnes en France vivant avec moins de 1 063 euros par mois – le niveau du seuil de pauvreté selon l’Insee – , qui correspond à 60% du revenu médian de 2018. Mais rien dans le plan de relance sur les salaires et allocations – et que des miettes ni pour le personnel hospitalier, les « premières de corvée » si appréciées et décorées après la vague catastrophique d’infections du covid.

Défendre les intérêts des ouvriers et employés, de la large majorité!

Ce n’est possible que par une large lutte politique et syndicale, en unifiant les revendications et en unifiant nos luttes, en liant les questions économiques aux questions politiques.

Un « programme d’urgence »sera bientôt publié sur notre blog.

Mais se battre sans fin contre un système à bout de souffle et désastreux ? Courage ! Osons discuter et nous organiser pour une société alternative dans l’intérêt général, socialiste, collective et de démocratie directe. La Commune de Paris, il y a 150 ans, en a été un exemple très précieux d’enseignements pour notre avenir. Son anniversaire en 2021 sera l’occasion de les mettre en lumière.

Apprendre du passé pour construire l’avenir !

« Les luttes de classe en France au XXIème siècle » : quelques notes sur le livre d’E. Todd


Les luttes de classe en France au XXIème siècle » (éditions seuil, janvier 2020)

E Todd regarde l’avenir avec les lunettes du passé

Une lecture plaisante, Todd sait nous amuser, nous interroger, nous provoquer et nous instruire…

En positif des données, des chiffres, des courbes, des « statistiques », ce démographe et historien a voulu nous convaincre. Du point de vue des idées, il nous confirme sur certaines évolutions de la société française : appauvrissement lent mais assuré de nombreuses couches de la société au profit d’une mince couche sociale (de 1 à 10%) ; une désindustrialisation entraînant une baisse importante du nombre d’ouvriers industriels ; un nombre croissant d’employés de plus en plus précarisés (de ça il en parle beaucoup moins) ; des « couches intermédiaires » (centre de ces interrogations) qui s’atomisent déstabilisées sur leur avenir et celui de leurs enfants ; une société qui « s’effondre », ne sait plus où elle en est… Des gouvernements qui jouent la « comédie » démocratique tout en se droitisant… Tout cela nous pouvons tous le constater. La cause c’est « l’euro qui plombe la nation au profit de l’Allemagne. C’est le point de vue, très « patriote », sous lequel il analyse tous ces phénomènes.

Enfin il voit le monde en évolution, en changement permanent et il en tire différentes hypothèses qui nous intéressent fortement.

Jamais il ne parlera d’impérialisme français

E. Todd parle des monopoles de toutes Nations qui dominent l’Europe, et déterminent son orientation politique, très juste. Toutefois, il ne parle jamais des États (en tant qu’appareil) qui ont fusionné avec les grands groupes financiers et industriels qui dominent réellement tous les États. Todd invente des classes (ou des regroupements de classe) en fonction de critères intello et moraux sans jamais tenir compte des conditions matérielles et économiques qui sont, qu’on le veuille ou non, les fondements de nos sociétés. Plus même, pour l’auteur ce sont les idées qui déterminent le monde — d’où une place importante faite aux intellos des grandes écoles (ENA, ENS, Polytechnique…)

Todd abuse de ses références à Marx dont il ne reprend que le trait vif et humoristique pour tracer une égalité entre Napoléon III et Macron — qu’il déteste.

E. Todd défend les institutions de la 5ème République et apparaît de fait comme un gaulliste sociale et patriote.

L’analyse des résultats électoraux et des consciences

Ses chiffres et analyses partent et s’appuient toujours sur les résultats électoraux sans jamais vraiment tenir compte des abstentionnistes, des votes blancs ou nuls et des non-inscrits qui constituent entre 60 et 80% des adultes en âge de voter. Alors toutes les analyses qu’ils tirent de ces chiffres sont nécessairement partielles, partiales et donc faussées.

Comment peut-on, par exemple, toujours prétendre que les ouvriers sont pour Parti le Rassemblement National (RN) et non l’abstention ? Que ceux qui votent ont des votes fluctuants mais toujours pour dire non aux dominants, même quand ils votent pour leur pire ennemi (le RN). Comment ne pas voir que la base sociale du RN c’est la base traditionnelle des Partis ultra-réac, les « petits », en tout genre, mais principalement les commerçants, artisans et paysans – qui sont en voie de disparition comme le dit Todd lui-même – et aujourd’hui les petits industriels et de petits cadres poussés . « Petits » en disparition rapide ce qui affaiblit le RN, l’obligeant à aller vers les vieux et les petits industriels, en butte à la mondialisation. RN qui d’année en année s‘affaiblit comme le montre encore une élection forte celle des municipales —- où le RN régresse en nombre de voix et en pourcentage…

Cette vérité étant dite, il ne s’agit pas de nier le danger de l’ultradroite et fasciste, promue et implanté par la bourgeoise « nationale » dans de plus en plus de pays aujourd’hui, parfois avec quelques succès (Trump, Bolsonaro, Urban, Salvini…). Mais un danger fasciste concret et massif n’existe actuellement pas en France. Le point de vue de Todd exprime plutôt son incompréhension et ses préjugés vis-à-vis des couches populaires.

La solution par l’éducation et les « élites » ?

L’auteur dissocie toujours (inconsciemment ?) « L’économie française » du contexte international. Mieux, il voit l’économie comme une réalité particulière non liée aux classes sociales et à leurs luttes.

Se réclamer (petitement) de Marx et parler d’une tendance humaine universelle à « avancer » qui n’est pas déterminée, fondamentalement par l’économie, pourrait surprendre K. Marx.

Il conclura d’ailleurs sa première partie de réflexion : « Le développement social de l’intelligence », par ces quelques mots (p.84): « J’ai mis en évidence la primauté de l’éducation dans le développement de l’humanité. Elle définit l’axe de l’histoire. Plus que les guerres ou les révolutions, sociales ou économiques, elle est l’histoire » [souligné par nous] — on est loin de l’idée marxiste comme quoi l’histoire c’est l’histoire de la lutte de classe.

Mais ne se contredit-il pas à propos de « l’intégration » ou non des immigrants ? Il dira (p.106) : « la principale cause du début de recommunautarisation auquel on a pu assister…. me semble d’ordre économique. Elle représente l’un de ces cas de rétroaction de la strate consciente de la vie sociale sur les strates plus profondes, de l’économie sur l’anthropologie… »

A côté de cela il note des choses forts justes (mais infiniment répétées et unilatérales en fait) : « le monde ouvrier ne joue plus de rôle directeur, même inconscient, dans la vie politique française » (p.113). Et son analyse des classes sociales en France ne manque pas d’intérêts (p.119 à 125)

Il note également (p.120) : « une intrication entre les grands corps de l’État d’une part, la haute finance et les grandes entreprises de l’autre…. ». Enfin un constat réaliste que Lénine avait déjà appelé : le capital monopoliste d’État. Il le redécouvre (si l’on peut dire), toutefois il ne le mettra pas vraiment en valeur et ne s’en servira pas dans son analyse de classe.

Pour l’auteur tout commence avec Maastricht, c’est « le péché originel….  l’entrée dans l’euro a permis la fin de la démocratie représentative en France » (p.167). Tous les évènements chiffrés que l’auteur nous donne, vont être vu par cette fenêtre d’analyse.

Un culte de sa « classe », ainsi il écrit (en p.185) à propos des Gilets Jaunes (qu’il dit avoir soutenu) : « je ne crois pas à la possibilité de la démocratie directe. Une démocratie sans représentants et plus généralement une démocratie sans élites, ne peut mener qu’à l’anarchie ou au totalitarisme.

La solution par le nationalisme et le chauvinisme ?

La conclusion du livre ne manque pas d’intérêt et de piquant. Après avoir donné quantité de chiffres et de références objectives forts utiles à sa démonstration, il va se déclarer pro-américain et anti-Allemand. Ainsi il « comprend de Gaulle », car « dans un pays qui a perdu son indépendance, la reconquête de l’indépendance est la priorité absolue. Tout autre programme est une escroquerie » (p.358). Et il développe son programme très gaulliste pourrait-on dire : « Un seul pays peut permettre à la France d’échapper à l’euro… c’est celui qui ne veut pas d’un système impérial européen dominé par l’Allemagne : les États-Unis. Le salut de la France passe par l’aide des Américains » (p.359). Et enfin, il en appelle à un « sursaut moral collectif… condition d’une restructuration politique, ce qui permettrait de susciter les dévouements individuels et de bâtir une action collective structurée. Pour se sacrifier à une cause il faut avoir la foi, et la seule foi envisageable aujourd’hui est l’Amour de la patrie. » (p.365 et 66). Pas très nouveau comme perspective ! Compte-t-il qu’un haut fonctionnaire nord-américain bien placé propose à Trump de recevoir ce « grand intellectuel français » ?

On a envie de rire (à moins qu’il faille pleurer) d’une pareille conclusion : alors comme en 14 et en 39 reprenons le fusil pour chasser l’ennemi traditionnel de la « grande France » : l’Allemagne.

Todd enclenche la marche-arrière : un soutien à notre impérialisme « moins méchant ?» comme solution. Erreur et même dangereux dans une période où nationalisme et chauvinisme montent dans une période de concurrence inter-impérialiste exacerbée d‘un système en crise.

« La lutte des classes en France  au 21ème siècle» après tant de chauvinisme, de colonialisme de notre pays impérialiste ne doit-elle pas être tournée vers le socialisme révolutionnaire ?

Un militant