Appel à – Se fédérer –

Nous sommes nombreuses, nous sommes nombreux : nous sommes tant et tant à penser et éprouver que ce système a fait son temps. Mais nos voix sont dispersées, nos appels cloisonnés, nos pratiques émiettées. Au point que quelquefois nous doutons de nos forces, nous succombons à la détresse de l’impuissance. Certes, parfois cette diffraction a du bon, loin des centralisations et, évidemment, loin des alignements. Il n’empêche : nous avons besoin de nous fédérer. Sans doute plus que jamais au moment où une crise économique, sociale et politique commence de verser sa violence sans faux-semblant : gigantesque et brutale. Si « nous sommes en guerre », c’est bien en guerre sociale. D’ores et déjà les attaques s’abattent, implacables : le chantage à l’emploi, la mise en cause des libertés et des droits, les mensonges et la violence d’État, les intimidations, la répression policière, en particulier dans les quartiers populaires, la surveillance généralisée, la condescendance de classe, les discriminations racistes, les pires indignités faites aux pauvres, aux plus fragiles, aux exilé-es. Pour une partie croissante de la population, les conditions de logement, de santé, d’alimentation, parfois tout simplement de subsistance, sont catastrophiques. Il est plus que temps de retourner le stigmate contre tous les mauvais classements. Ce qui est « extrême », ce sont bien les inégalités vertigineuses, que la crise creuse encore davantage. Ce qui est « extrême », c’est cette violence. Dans ce système, nos vies vaudront toujours moins que leurs profits.

Nous n’avons plus peur des mots pour désigner la réalité de ce qui opprime nos sociétés. Pendant des décennies, « capitalisme » était devenu un mot tabou, renvoyé à une injonction sans alternative, aussi évident que l’air respiré – un air lui-même de plus en plus infecté. Nous mesurons désormais que le capitalocène est bien une ère, destructrice et mortifère, une ère d’atteintes mortelles faites à la Terre et au vivant. L’enjeu ne se loge pas seulement dans un néolibéralisme qu’il faudrait combattre tout en revenant à un capitalisme plus « acceptable », « vert », « social » ou « réformé ». Féroce, le capitalisme ne peut pas être maîtrisé, amendé ou bonifié. Tel un vampire ou un trou noir, il peut tout aspirer. Il n’a pas de morale ; il ne connaît que l’égoïsme et l’autorité ; il n’a pas d’autre principe que celui du profit. Cette logique dévoratrice est cynique et meurtrière, comme l’est tout productivisme effréné. Se fédérer, c’est répondre à cette logique par le collectif, en faire la démonstration par le nombre et assumer une opposition au capitalisme, sans imaginer un seul instant qu’on pourrait passer avec lui des compromis.

Mais nous ne sommes pas seulement, et pas d’abord, des « anti ». Si nous n’avons pas de projet clé en mains, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à théoriser, penser mais aussi pratiquer des alternatives crédibles et tangibles pour des vies humaines. Nous avons besoin de les mettre en commun. C’est là d’ailleurs ce qui unit ces expériences et ces espérances : les biens communs fondés non sur la possession mais sur l’usage, la justice sociale et l’égale dignité. Les communs sont des ressources et des biens, des actions collectives et des formes de vie. Ils permettent d’aspirer à une vie bonne, en changeant les critères de référence : non plus le marché mais le partage, non plus la concurrence mais la solidarité, non plus la compétition mais le commun. Ces propositions sont solides. Elles offrent de concevoir un monde différent, débarrassé de la course au profit, du temps rentable et des rapports marchands. Il est plus que jamais nécessaire et précieux de les partager, les discuter et les diffuser.

Nous savons encore que cela ne suffira pas : nous avons conscience que la puissance du capital ne laissera jamais s’organiser paisiblement une force collective qui lui est contraire. Nous connaissons la nécessité de l’affrontement. Il est d’autant plus impérieux de nous organiser, de tisser des liens et des solidarités tout aussi bien locales qu’internationales, et de faire de l’auto-organisation comme de l’autonomie de nos actions un principe actif, une patiente et tenace collecte de forces. Cela suppose de populariser toutes les formes de démocratie vraie : brigades de solidarité telles qu’elles se sont multipliées dans les quartiers populaires, assemblées, coopératives intégrales, comités d’action et de décision sur nos lieux de travail et de vie, zones à défendre, communes libres et communaux, communautés critiques, socialisation des moyens de production, des services et des biens… Aujourd’hui les personnels soignants appellent à un mouvement populaire. La perspective est aussi puissante qu’élémentaire : celles et ceux qui travaillent quotidiennement à soigner sont les mieux à même d’établir, avec les collectifs d’usagers et les malades, les besoins quant à la santé publique, sans les managers et experts autoproclamés. L’idée est généralisable. Nous avons légitimité et capacité à décider de nos vies – à décider de ce dont nous avons besoin : l’auto-organisation comme manière de prendre nos affaires en mains. Et la fédération comme contre-pouvoir.

Nous n’avons pas le fétichisme du passé. Mais nous nous souvenons de ce qu’étaient les Fédérés, celles et ceux qui ont voulu, vraiment, changer la vie, lui donner sens et force sous la Commune de Paris. Leurs mouvements, leurs cultures, leurs convictions étaient divers, républicains, marxistes, libertaires et parfois tout cela à la fois. Mais leur courage était le même – et leur « salut commun ». Comme elles et comme eux, nous avons des divergences. Mais comme elles et comme eux, face à l’urgence et à sa gravité, nous pouvons les dépasser, ne pas reconduire d’éternels clivages et faire commune. Une coopérative d’élaborations, d’initiatives et d’actions donnerait plus de puissance à nos pratiques mises en partage. Coordination informelle ou force structurée ? Ce sera à nous d’en décider. Face au discours dominant, aussi insidieux que tentaculaire, nous avons besoin de nous allier, sinon pour le faire taire, du moins pour le contrer. Besoin de nous fédérer pour mettre en pratique une alternative concrète et qui donne à espérer.

Dès que nous aurons rassemblé de premières forces, nous organiserons une rencontre dont nous déciderons évidemment ensemble les modalités.

Pour rejoindre cet appel : appelsefederer@riseup.net

Premières et premiers signataires :

Nicole Abravanel, Étienne Adam, Christophe Aguiton, Omar Aktouf, Dominique Alcalde, Jean-Claude Amara, Anne-Laure Amilhat Szary, Franck Antoine, Sonia Anton, Philippe Arnaud, Emmanuel Arvois, Jacky Assoun, Claude Bailblé, Bernard Baissat, Benjamin Ball, Philippe Banka, Ludivine Bantigny, Philippe Barre, Christophe Baticle, Franc Bardou, Stefan Bekier, Gilbert Belgrano, Olivier Belmontant, Cecilia Benevides, Rémi Bénos, Camille Besombes, Judith Bernard, Alain Bertho, Jacques Bidet, Stéphane Bikialo, Philippe Blanchet, Evelyne Bleu, Françoise Bloch, Christophe Boëte, Pascal Boissel, Françoise Boman, Thierry Borderie, Mathieu Borie, Benoit Borrits, Bernard Bosc, Claude Boucher, Stephen Bouquin, Aïcha Bourad, Leila Bourad, Driss Boussaoud, Jacques Boutault, Sarah Boyé, François Brun, Pascal Buresi, Noëlle Burgi-Golub, Laurent Bussière Saint-André, Marie-Claire Cailletaud, Claude Calame, Jérôme Camus, Cécile Canut, Pépita Car, Jean-Pierre Castex, Jean-Noël Castorio, Aurélien Catin, Thierry Cayot, Marc Cefallo, Christian Celdran, Dominique Cellier, Jean-Marc Cerino, Frédéric Certain, Maureen Chappuit, Bernard Charlot, Luc Chelly, Nara Cladera, Charlotte Cléro, Yves Cohen, Gérald Collas, Hélène Collon, Marie-Agnès Combesque, Jean-Louis Comolli, Antonella Corsani, Annick Coupé, Léon Crémieux, Marcel Cunin, Laurence D., Alain Damasio, Guillaume Davranche, Vincent Debierre, Marielle Debos, Hugues Débotte, Laurence De Cock, Eric Decamps, Stéphanie Dechezelles, Hervé Defalvard, Christian Delacroix, Frédéric Delarue, Jean-René Delépine, Jean-Étienne Delerue, Christine Delphy, Bruno Della Suda, Christian de Montlibert, Robert Descimon, Emmanuel Dessandier, Catherine Deston-Bottin, Rom Desh, Sophie Desrosiers, Michel Defalvard, Serge D’Ignazio, Paul Dirkx, Joss Dray, Marnix Dressen-Vagne, Jean-François Dubost, Frédéric Dufaux, Jean-Michel Dufays, Anne Dufresne, Stéphane Elmadjian, Jean-Paul Engélibert, Didier Epsztajn, Annie Ernaux, Kévin Espinas,  Ignacio Eyraud, Jean-Claude Eyraud, Laurent Eyraud-Chaume, Guillaume Faburel, Patrick Farbiaz, Dimitris Fasfalis, Jean Fauché, Daniel Faugeron, Pascale Fautrier, Mathieu Ferradou, Alexandre Ferran, Mathieu Fernandez, Renaud Fiévet, Yann Fiévet, Gérard Filoche, Sylviane Finucci, Marianne Fischman, Fabrice Flipo, Jeremie Foa, Alain Frappier, Désirée Frappier, Bernard Friot, Karën Fort, Fanny Gallot, Alain Gallucci, Edith Galy, Florent Gaudez, Franck Gaudichaud, Bertrand Geay, Julie Gervais, Jean-Pierre Gesbert, Denis Gheerbrant,  Guy Giani, Pascale Gillot, Pierre-Eliel Girard, Julien Gonthier, Renée Gramaize, Christophe Granger, Lena Grigoriadou, Jannine Guespin, Bernard Giudicelli,  Elie Haddad, Jean-Marie Harribey, Samuel Hayat, Benoît Hazard, Odile Hélier, Leila Hicheri, Thomas Hippler, Maryvonne Holzem, Thierry Huve, Mathias Isimat-Mirin, Magali Jacquemin, Nicole Jacques-Lefèvre, Bruno Jacquin, Daniel Jeanneteau, Sylvain Jay, Samy Johsua, Anne Jollet, Claude Kaiser, Claudine Katz, Jacques Kebadian, Hervé Kern, Marjorie Keters, Pierre Khalfa, Mohamed Khenniche, Jean-Luc Kop, Isabelle Krzywkowski, Anne Kubler, Dominique Labourier, Marc Lacreuse, L’1consolable, Francis Landron, Patrick Lao, Mathilde Larrère, Sylvie Larue, Fabienne Lauret, Ginette Lavigne, Stéphane Lavignotte, Louise Loubrieu, Pascal Le Brun, Michelle Lecolle, Sylvie Le Cocq, Hervé Le Crosnier, Dominique Lefèvre, Corinne Le Fustec, Bernard Lemann, Christophe Lemasson, Romain Le Meur, Alain Lenud, Yann Leredde, Benoît Leroux, Michel Letté, Pascal Liberatore, Wenceslas Lizé, Olivier Long, Camille Louis, Michael Lowy, Raymond Macherel, Fanny Madeline, Christian Mahieux, Chowra Makaremi, Pascal Maillard, Henri Maler, Jean Malifaud, Jean-Claude Mamet, Françoise Maquin, Rémi Marie, Philippe Marlière, Killian Martin, Gilles Martinet, Gustave Massiah, Alain Masson, Christian Maurel, Laurence Maurel, Julie Maurice, Olivier Mayer, Sylvie Mayer, Éliane Meillier, Véronique Melchior, Irène Menahem, Rémi Merindol, Denis Merklen, Henri Mermé, Isabelle Mestre, Valérie Mettais, Stéphane Michot, Noufissa Mikou, Sylvain Milanesi, Jacques Millet, Sylvie  Monchatre, Ana Doldan Montiel, Bénédicte Monville De Secco, José-Luis Moraguès, Corinne Morel-Darleux, Marc Moreigne,  François Mortamet, Mikael Motelica-Heino, Séverin Muller, Alain Munier, Philippe Nabonnand, Claire Nancy, Corinne Nativel, Joël Nayet, Toni Negri,  Olivier Neveux, Jean Noviel, Pierre Odin, Bertrand Ogilvie, Denis Orcel, Cléo Pace, Luca Paltrinieri, Dominique Paturel, Frédéric Paschal, Dolores Pazos, Willy Pelletier, Irène Pereira, Évelyne Perrin, Anita Perez, Elsa Peyronne, Christian Pfohl, Valerie Phelippeau, Nicole Phelouzat, Olivier Piazza, Stéphane Pichelin, Alexandre Pierrepont, Suzanne Piot, Alain Pires, Francky Poiriez,Jacques Pompon, Raphael Porteilla, Emmanuelle Posse, Antoine Poulain, Paul Poulain, Claude Pourcher, Stéfanie Prezioso, Pierre Prim, Claudio Pulgar-Pinaud, Isabelle Quaglia, Yves Quintal, Makan Rafatjou, Marie  Rama-Menahem, Nelly Rintaud, Jacqueline Roche, Daniel Rome, Floréal Romero, Patrick Rossignol, Marc Roudet, Benoît Rougelot, Théo Roumier, Pierre Rousset, Gilles Sabatier, Isabelle Saint-Saëns, Catherine Samary, Kahena Sanaâ, Maria Eleonora Sanna, Gaëlle Santin, Pierre Sauve, Hélène Schneider, Edouard Schoene, Michel Seigneuret, Pinar Selek, Marie Sellier, Alexandre Siguier, Patrick Silberstein, Isabelle Sire, Frédérique Sitri, Camille Six, Alessandro Stella, Benjamin Tauziac, François Ternynck, Jacques Testart, Edwige Thaille, Fanny Thomas, Sylvie Thomas, Lucky Tiphaine,  Vincent Touchaleaume,  Véronique Tribouilloy, Julien Troccaz, François Tronche, Marc Tzwangue, Sixtine van Outryve, Patrick Vassallo, Sarah Vaucelle, Françoise Vergès, Francis Verne, Frédéric Verhaegen, Julien Vigouroux, PierrVila, Bastien Villeflayoux, Pascal Vitte, Elise Voguet, Nicolas Voisin, Christiane Vollaire, Sophie Wauquier, Louis Weber, Roger Winterhalter, Béa Whitaker, Sylvie Wolf, Catherine Wolff, Carole Yerochewski, Isabelle Yhuel, Philippe Zarka, Pierre Zarka, Olivia Zemor, Serge Zetlaoui, Jeanne Zoundjihekpon, Élisabeth Zucker  

Aggiornamento histoire-géo, ACU (Association des communistes unitaires), Association De(s)générations, CAPJPO-Europalestine, Cerises la coopérative, Changer de Cap, Collectif des révolutionnaires, Collectif Droit à la Belle Ville, Collect’IF paille, EcoRev’, Émancipation collective, Ensemble!-PACG 05, Fédération des syndicats SUD-Rail, Gilets jaunes enseignement recherche, Gilets jaunes de Plaine Commune, Jardins Communs, Jarez Solidarités, La Suite du monde, Le Paria, On prend les champs, PEPS (Pour une écologie populaire et sociale), Questions de classe(s), Réseau pour l’Autogestion, les Alternatives, l’Altermondialisme, l’Ecologie, le Féminisme, SUD éducation Loiret, Union prolétarienne ML, Union syndicale Solidaires, Union syndicale SUD Industrie, Unité Communiste de Lyon

Discours de Stefan Engel – 75 ans de libération du fascisme hitlérien

8 Mai 2020

A l’occasion de la célébration du 75e anniversaire de la libération du fascisme hitlérien le Parti Marxiste Léniniste d’Allemagne nous envoie les discours de Gabi Fechtner, présidente du MLPD et de Stefan Engel, directeur de la rédaction de l’organe théorique Revolutionärer Weg. Ils ont été tenus lors d’un événement digne, le 8 mai, devant le siège du MLPD, avec une cérémonie de dépôt de couronne en honneur de la victoire de l’Armée rouge de l’Union soviétique, à l’époque encore socialiste. Partout en Allemagne, il y avait en plus environ 60 événements – initiés par le MLPD ou en coopération avec le MLPD. Il y a une vidéo de 5 minutes et un enregistrement en direct de l’événement à Gelsenkirchen sur : www.rf-news.de qui s’est tenu avec des mesures de protection liées à Corona. À cette occasion, des salutations révolutionnaires de l’Ukraine et de la Russie ont été rapportées.

Discours de Stefan Engel:

Cher.e.s ami.e.s et cher.e.s collègues,
cher.e.s camarades !

Il est important que nous intégrions de telles journées de commémoration dans notre travail. Ces journées de commémoration sont avant tout des journées de débat idéologique. Gabi Fechtner a déjà expliqué que la lutte contre l’anticommunisme est l’une des tâches les plus importantes pour les marxistes-léninistes de notre temps.

L’anticommunisme pratique une falsification de l’histoire. Il élimine la démocratie. Il bouleverse le concept de liberté. Il contribue à l’exploitation et à l’oppression continues de l’humanité et les justifie. Aucune alternative au système dominant ne devrait apparaître possible.

Lorsque nous disons aujourd’hui que le 8 mai est un jour de libération du fascisme et de la guerre, nous disons en même temps que la principale raison idéologique et la cause principale du fascisme était l’anticommunisme – et non l’antisémitisme comme le présente l’historiographie bourgeoise aujourd’hui. Ce n’est pas Hitler qui a inventé l’antisémitisme. Il a été inventé par l’Église catholique il y a plus de 1 800 ans. Martin Luther était un antisémite fervent. Le premier congrès du Reich des « Chrétiens allemands » protestants en 1933 a déclaré : « L’État d’Adolf Hitler appelle l’Église, l’Église doit entendre l’appel. »

Non, l’antisémitisme n’était pas le fond du fascisme. L’antisémitisme était une composante importante du fascisme, de son racisme haineux, avec lequel il a construit une base de masse. La haine des Juifs était déjà profondément ancrée dans la population avant cela et s’était très largement répandue au cours des siècles de calomnies et de discriminations à l’encontre du peuple juif.

L’anticommunisme était dirigé contre l’Union soviétique socialiste, mais aussi contre les personnes qui ont lutté contre le fascisme dans notre pays. Il n’y avait pas que Willi Dickhut, il y avait aussi de nombreux mineurs, qui à cette époque – à la fin de la guerre – cachaient leurs collègues de travail dans des caisses de pommes de terre dans la cave de la maison, afin que les fascistes ne puissent pas les trouver. Ils les ont sauvés. De nombreux soldats de l’Armée rouge et autres travailleur.se.s forcé.e.s russes ont été protégé.e.s ici à Gelsenkirchen par les mineurs, par les employés de la société Gelsenberg de l’époque, afin qu’ils ne soient pas liquidés par les fascistes à la fin de la guerre, comme c’était l’usage. Nous savons par les anciens mineurs qu’ils apportaient quelques briquets supplémentaires au travail pour les travailleurs forcés pour leur donner quelque chose à manger. Cela était strictement interdit, celui qui se faisait prendre, était menacé de la peine de mort. Ils l’ont fait quand même et ils en étaient fiers. Aucune de ces personnes n’est honorée aujourd’hui, si le jour de la lutte pour la libération et les libérateurs ne sont pas correctement définis. Nous nous inscrivons dans la tradition du mouvement ouvrier et nous honorons également ces mineurs, les travailleurs et les nombreuses familles qui, à l’époque du fascisme – au risque de leur propre vie – ont assuré le succès de cette lutte de libération de l’Armée rouge et de la lutte antifasciste.

C’est aussi un mensonge que les fascistes aient d’abord amené les Juifs dans les camps de concentration. Au début, il y avait des communistes – dont de nombreux juifs communistes – des sociaux-démocrates et des criminels. Ce n’est que plus tard, avec la Nuit de Cristal, que le vent a tourné. Ensuite, c’étaient surtout des Juifs qui ont été arrêtés. Au début, on leur a demandé d’acheter leur liberté. Hitler s’intéressait surtout à l’argent. En 1938, le fascisme était en proie à une profonde crise financière. Il était ruiné parce que les banques internationales ont cessé de lui donner de l’argent. Le fascisme hitlérien était complètement endetté et s’est assaini par l’expropriation brutale de riches juifs et par le fait que ceux-ci s’achetaient partiellement la liberté pour pouvoir émigrer avec leurs familles aux États-Unis.

Nombre de ceux qui ont été persécutés par le régime nazi ont continué à l’être après 1945. Après l’interdiction du KPD, plus de 100 000 communistes ont été privés de leur pension en tant que persécutés du régime nazi. Les gens n’avaient alors aucune pension du tout. Je tiens à souligner que l’anticommunisme n’a pas cessé après 1945, mais la victoire sur le fascisme hitlérien a été une grande victoire sur l’anticommunisme.

L’anticommunisme est inhérent au système du capitalisme et de l’impérialisme. Il fait partie des fondements idéologiques du système capitaliste. Par conséquent, l’anticommunisme ne disparaîtra que lorsque le capitalisme disparaîtra. La discussion sur l’anticommunisme jouera un rôle important même sous le socialisme ! Il faut en être conscient. C’est pourquoi la lutte contre l’anticommunisme est également une partie essentielle de notre travail depuis le début.

Nous devons être conscients que l’anticommunisme a également pénétré profondément dans la population. Nous connaissons les réserves : le sentiment qu’« avec les communistes et les “staliniens” », comme ils nous appellent toujours – ce qui est bien sûr absurde – « il faut être un peu prudent ». « Vous ne savez rien de sûr, mais vous devez être prudent », « vous feriez mieux de rester loin d’eux ».

Ne pensez pas que le MLPD aurait pu être mis dans un isolement relatif pendant des décennies sans anticommunisme. Personne parmi nous n’a jamais été arrêté pour son travail politique. Ils ne le font toujours pas aujourd’hui. Ils essaient de nous isoler politiquement en ne nous permettant pas d’apparaître dans les médias, en nous excluant des syndicats, des associations de femmes, des organisations de jeunesse, etc. Ils essaient de nous isoler et ils essaient aussi d’empêcher des rassemblements comme celui que nous organisons aujourd’hui. Et ce, pour des raisons aussi scandaleuses que celles invoquées par le chef de gouvernement de Thuringe « de gauche » Bodo Ramelow et ses amis à l’occasion de l’interdiction des commémorations sur le terrain de l’ancien camp de concentration de Buchenwald. Ils ne peuvent absolument pas tolérer l’idée que nous aidons le socialisme et l’Union soviétique à l’époque de Staline à regagner un nouveau prestige.

La lutte contre l’anticommunisme reste une tâche majeure. Si elle n’est pas menée, alors nous n’obtiendrons pas la victoire. Si la population ne surmonte pas l’anticommunisme dans ses pensées, ses sentiments et ses actions, nous ne pourrons pas préparer et mener à bien une nouvelle révolution socialiste.

C’est pourquoi il est si important de réaliser de telles journées de lutte, comme aujourd’hui, et de se battre pour que nous contribuions ainsi à clarifier l’histoire. Nous ne suivons pas ce courant général, selon lequel on ne discute plus du tout du communisme, selon lequel on n’est plus du tout autorisé à apparaître dans les discussions publiques. Chaque jour, nous regardons trois ou quatre talk-shows à la télévision. Ne pensez pas qu’à un moment donné, un marxiste-léniniste sera autorisé à y dire quelque chose comme ici au rassemblement. Cela n’arrivera pas. L’anticommunisme est devenu une religion d’État en Allemagne. Ce fait n’est pas à discuter, c’est tout simplement le cas. Nous travaillons à partir d’une position minoritaire ici. Afin de sortir de cette position minoritaire, nous devons accorder une plus grande priorité à la lutte contre l’anticommunisme.

« Aucune chance à l’anticommunisme ! » est notre slogan actuel. Certaines personnes reculent un peu devant cette discussion et conseillent : « N’en faites pas un sujet de votre part ». Quand on s’attaque à l’anticommunisme, certains bronchent un peu. Non, si nous n’en faisons pas un thème, personne n’en fera un thème du tout. Et puis l’anticommunisme continue de fonctionner. Si les gens ne surmontent pas consciemment cet anticommunisme, ces réserves qui sont fomentées contre les communistes, nous ne pourrons pas les gagner à un nouveau démarrage dans la lutte pour le socialisme et pour une société libérée.

Il est important de bien comprendre l’anticommunisme. Il affirme que le communisme est un système de pouvoir basé sur la violence. Mais cela détourne complètement du système de dictature des monopoles que nous avons ici – des monopoles qui disposent de tout l’appareil d’État répressif, de tous les médias, de l’opinion publique.

Avec cette crise économique et financière mondiale liée à la crise du coronavirus, nous sommes dans une situation où nous nous dirigeons vers une crise du système impérialiste mondial qui touche toute la société. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, le système impérialiste mondial n’a connu une crise aussi profonde. Nous nous y dirigeons – malgré ou peut-être à cause de toutes les « mesures d’assouplissement » et de tous les débats qui ont lieu. Ce n’est pas pour rien qu’une stratégie de l’OTAN est préparée pour écraser les soulèvements et les luttes révolutionnaires dans tous les pays du monde.

L’anticommunisme joue un rôle important dans ce conflit à venir. Est-ce que nous nous y opposons, est-ce que nous pouvons gagner les masses populaires dans cette crise de la société dans son ensemble pour une nouvelle société sans exploitation et sans oppression ? Cela ne peut se faire que si elles sont capables de faire face à l’anticommunisme. Le socialisme n’est pas une société de violence, le socialisme est une société libérée, libre de l’exploitation et de l’oppression de l’homme par l’homme sur la voie vers la société sans classes du communisme. Une société libérée, dans laquelle l’environnement est protégé et où l’accent est mis non pas sur le profit, mais sur l’homme dans son interaction avec la préservation de la nature. Il est la perspective pour la jeunesse pour laquelle nous luttons ici. La lutte pour le socialisme est la lutte de libération la plus démocratique qui puisse être menée aujourd’hui.

Dans ce sens, le 75e anniversaire de la libération du fascisme et de la fin de la Seconde Guerre mondiale devrait être l’occasion de porter cette lutte contre l’anticommunisme dans nos cœurs sous le slogan « Aucune chance à l’anticommunisme ! » et de lui accorder une plus grande priorité dans nos activités.

En ce sens, Glückauf [bonne chance] !

Vive la lutte contre le fascisme !

Vive la lutte pour le socialisme/communisme – pour une société libérée !

Discours de Monica Gartner : http://upml.org/wp-content/uploads/2020/05/200518-MLPD-Discours-Gabi-Fechtner-75-ans-de-liberation-du-fascisme-hitlerien_FR_ec.pdf

Message de l’ICOR aux organisations communistes de France

Ce document est un message envoyé par la coordinatrice principale de l’ICOR aux organisations communistes et anti-impérialistes présentes en France. Ce message a été distribué le plus largement possible aux organisations dont l’ICOR possède les adresses. Mais plus largement il s’adresse à tous ceux et toutes celles qui se retrouvent dans la volonté de participer à la lutte pour la construction d’une coordination internationale. Nous saluons cette initiative que nous jugeons pertinente dans la période actuelle, et nous appelons nous même à rejoindre l’ICOR et à rejoindre le Front Uni des organisations impulsé par l’ICOR et l’ILPS.

Chers camarades,
Chères camarades,

En tant que coordinateur principal de l’ICOR, nous vous adressons ce courrier.

Nous pensons que nous partageons plusieurs constats sur la situation actuelle. Elle est particulièrement grave et emplie d’incertitude. Nous pensons également que nous partageons tous et toutes la volonté de pouvoir poursuivre et intensifier les luttes. Nous vous adressons donc ce courrier, dans le but de proposer de coopérer ensemble.

Nous voulons serrer les rangs, accroître la coopération entre les différentes forces, et permettre de faire face aux défis de la situation actuelle.

Il existe des incertitudes immenses sur les issues politiques et sociales de la crise économique et sanitaire. Des incertitudes sur le bilan humain, des incertitudes sur le bilan économique, des incertitudes sur la situation géopolitique.

Mais il existe également des certitudes. Deux d’entre elles peuvent être tenues pour acquises :

  • Les bourgeoisies vont essayer de tirer profit autant que possible de la situation. Les méthodes ne sont pas forcément tout à fait connues, mais les buts le sont  : compenser les pertes et engranger de nouveaux profits. 
  • Les forces progressistes, révolutionnaires, et particulièrement le mouvement communiste auront un rôle de premier plan à conquérir et à jouer. 

Dans cette situation, la manière dont le mouvement communiste réagira peut être décisif. Nous pouvons sortir renforcés de cette épreuve et en capacité de pouvoir mener de nouvelles batailles. Nous pensons qu’il est essentiel que, partout où cela est possible, la voix communiste, la voix des intérêts du prolétariat, des classes exploitées, de ceux et celles qui subissent le plus la crise, soit la plus forte possible.

Nous vous invitons, d’ailleurs, à devenir un participant de l’AIAFUF (Front uni international anti-impérialiste et antifasciste). Cette initiative a été lancée par les deux formations internationales les plus importantes et les plus actives à l’heure actuelle, l’ICOR et l’ILPS.  Avec ces deux formations internationales, environ 500 organisations du monde entier forment la fondation. Les participants du front uni peuvent être des formations internationales, des organisations individuelles ou des personnes. La construction résolue de ce front uni nous semble nécessaire de toute urgence dans un monde où la rivalité inter-impérialiste s’accroît, où le danger de guerre augmente et où les possibilités même de la vie sont détruites de plus en plus rapidement. Le front uni est plus large dans sa diversité politique que l’ICOR, c’est une forme d’organisation plutôt large : c’est un mouvement organisé, dans laquelle chaque organisation peut choisir de s’impliquer et chacun décide lui-même comment et sous quelle forme il participe aux activités. 

Cependant, nous n’en faisons pas une condition pour coopérer. Nous respectons les stratégies et les positionnements des organisations politiques. Cependant, nous désirons pouvoir travailler localement, régionalement, au niveau des États et plus largement avec toutes les forces qui veulent coopérer. Cela dans le but notamment d’organiser une solidarité locale, de répondre politiquement aux projets de la bourgeoisie, mais aussi de préparer les mouvements de masses qui naîtront lors de la décrue. 

Nous partageons certains constats simples et unitaires  : 

  • Le système de production capitaliste est incapable de répondre aux besoins matériels et culturels de la population. Il est également incapable de pouvoir exister sans ravager la planète et sans exposer l’humanité à de nouvelles pandémies. 
  • A terme, il met en péril les possibilités même de survie de l’humanité. 
  • La loi du marché a montré ce qu’elle signifie en pratique  : la pénurie pour faire monter les prix, la recherche de la rentabilité maximale, quitte à sacrifier les travailleurs et les travailleuses. Elle génère également des coût astronomiques pour le matériel médical, dont la production est contrôlée par des monopoles immenses.
  • Le système capitaliste n’est pas réformable, il n’est pas conçu dans le but de satisfaire les besoins des masses populaires, dans le respect des capacités de régénération de la planète.

Nous pensons qu’il existe des tâches immédiates sur lesquelles il est possible de travailler.

  • Impulser & renforcer les réseaux d’entraide et de solidarité. 
  • Faire en sorte de pouvoir mutualiser nos forces pour les faire vivre, les faire grandir et les faire fusionner. Nous voulons rationaliser les efforts, non les disperser. 
  • Construire des réseaux de solidarité d’auto-organisation de la classe ouvrière et des masses populaires pour soutenir les personnes les plus touchées dans leur vie quotidienne. 
  • Lutte pour les revendications sociales et politiques de masse au sens de la résolution ICOR – Corona au niveau local, régional, national et international. 


Nous pensons que ces éléments forment la base minimale de travail commun et de mise en œuvre de campagnes communes. Ils peuvent être discutés. Nous voudrions proposer un communiqué unitaire le plus largement partagé possible entre toutes les organisations politiques qui veulent lutter pour le socialisme et pour la révolution. Nous voulons, camarades, parler avec vous, vous connaître, coopérer, répondre à l’immense tâche qui s’ouvre devant nous ! 

A lire :

Appel à la construction d’un front uni anti-impérialiste et Anti-faciste international