Polémique sur la Chine avec le Rassemblement Communiste

Union Prolétarienne Marxiste Léniniste 30 août 2021

Camarades,

Nous vous remercions pour vos envois sur notre adresse de contact-upml@riseup.net. Nous apprécions nombre de vos prises de position sur des points importants de la lutte de classe : contre l’impérialisme français, contre le réformisme, vos efforts pour développer vos liens avec la classe ouvrière. Tout cela nous rapproche énormément.

Cette année, nous aurions aimé qu’on crée ensemble les conditions pour célébrer le 150° anniversaire de la Commune de Paris (voir notre lettre ouverte) afin de constituer un pôle communiste bien visible.

En juillet vous nous avez envoyé un texte intéressant à l’occasion du centenaire de la création du Parti Communiste Chinois.

Pour retrouver le texte critiqué:

http://cercles.communistes.free.fr/rcc/publi.php?idArticle=2021_07_01_pcc

Camarades,

Nous souhaitons nous placer sur le plan de l’analyse objective de l’évolution du PCC, comme vous le proposez vous-mêmes à la fin de l’article : « Les communistes doivent … réévaluer leurs appréciations du PCC et de la Chine populaire … à la lumière des faits, des rapports de forces évolutifs, de la lutte des classes …etc »

Pour avoir été partisans de la révolution chinoise dès le début de notre militantisme dans les années 60, avoir suivi de près ce qui se passait, nous nous permettons la proposition suivante : nous rencontrer dans le Sud (Marseille par exemple) pour renouer avec les faits. Nous avons en effet quantité de documents qui montrent l’inverse de ce que vous affirmez dans votre article : Le « consensus va de Mao Ze-dong, Zhou En-laï, Deng Xiao-ping et Xi Jin-ping. » La révolution culturelle prolétarienne et la suite des événements après la mort de Mao ont amplement montré qu’il y avait deux voies de développement « Voie capitaliste ou voie socialiste » (titre d’un article du « drapeau rouge » / printemps 1966) en contradiction antagonique.

Un exemple : dans la zone qu’il contrôlait Liu Shao-shi, président de la république, avait rétabli le salariat, l’usure, la vente des terres.

Dans votre article, il y a aussi une confusion vis-à-vis des tâches qui évoluent dans la période socialiste : développer la production, mener la lutte de classe contre les partisans du capitalisme et développer les connaissances scientifiques.

Vous écrivez : « la supériorité du système socialiste est démontrée, en dernière analyse, par un développement plus rapide et plus important de ces forces (productives) que dans le système capitaliste. A mesure qu’elles se développent, la vie matérielle et culturelle du peuple s’améliore constamment… le socialisme signifie l’élimination de la pauvreté … Le paupérisme n’est pas le socialisme et encore moins le communisme ».

Élimination de la pauvreté en Chine ?

Aujourd’hui la Chine est devenue un pays relativement développé, un nouveau pays impérialiste qui exporte des capitaux par dizaines de milliards d’euros (ex en Afghanistan : mines de cuivre -3,7 Md- pétrole et gaz). L’exportation de capitaux est la caractéristique principale d’un pays impérialiste sous la domination d’un capitalisme monopoliste d’Etat.

Il y a dans son assemblée nationale plus de milliardaires que n’en compte le Congrès américain, des gens comme le propriétaire du groupe international de commerce en ligne Alibaba, concurrent d’Amazone. La richesse des milliardaires se construit sur l’exploitation des prolétaires en Chine et dans le monde. De nombreuses luttes en témoignent.

Mener la lutte de classe est essentiel pour développer la production, changer les rapports de production et mettre les connaissances scientifiques les plus récentes à la portée du peuple. En insistant sur le développement économique, vous mettez complètement de côté la question du pouvoir politique et de la dictature du prolétariat qui doit éliminer, systématiquement par la mobilisation de masse tous les rapports de production hérités du capitalisme pour arriver progressivement à une société sans classe. Il faut nécessairement chasser du pouvoir l’ancienne bourgeoisie et la nouvelle qui peut se constituer dans les appareils du parti, de l’Etat et dans les organismes économiques.

Le socialisme est une période de transitions’affrontent le prolétariat et la bourgeoisie qui n’a pas disparu d’un coup de baguette magique après la prise du pouvoir par le prolétariat et ses alliés. L’enjeu en est la transformation ou non des rapports de production qui permet le développement plus complet et rapide des forces productives. Le développement des forces productives (dont les hommes sont l’élément essentiel) existe aussi dans le capitalisme mais avec des crises dues à l’appropriation privée du travail collectif, crises qui engendrent famines, destruction de marchandises, de la nature, de forces productives jusqu’aux guerres de repartage du monde. Donc le développement des FP ne peut pas être le seul critère de construction du socialisme.

C’est bien parce que le prolétariat exerce sa dictature après la prise du pouvoir qu’il peut supprimer le salariat, la vente de la force de travail, qu’il peut garantir un travail à tous et toutes, un revenu décent, l’égalité homme-femmes, la construction des coopératives agricoles etc.

L’alliance des 4 classes, laissant une certaine marge de manœuvre à la bourgeoisie nationale comme dans la NEP en URSS pour relancer l’économie, ne correspond qu’à la 1° phase de Démocratie Nouvelle et pas à la période centrale de construction du socialisme. Parce qu’elle autorisait le salariat et le patronat, cette étape de Démocratie Nouvelle n’avait pas de raison de se prolonger, pas plus en Chine qu’ailleurs.

Durant la révolution culturelle, le courant maoïste a dénoncé la position de Deng Siao-ping : « peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape des souris … etc ». Ce qu’on doit traduire politiquement par « ne vous préoccupez pas de savoir qui dirige la société – prolétariat ou bourgeoisie – et donc comment elle va évoluer, si vous avez de quoi vivre. Continuez à bosser le nez dans le guidon ! On sait ce qui est bien pour vous. »

Ce qui est radicalement opposé à la perspective communiste : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

Le lexique de philosophie (Pékin, 1974, p. 213) explique ainsi l’opposition radicale sur le plan théorique au courant liquidateur de Deng :

« La théorie des forces productives nie que la contradiction entre forces productives et rapports de production, entre base économique et superstructure, est la force motrice fondamentale du développement de la société et elle supprime le rôle déterminant que jouent les masses populaires pour faire avancer le développement de l’histoire de la société ; elle nie foncièrement la théorie marxiste sur la lutte des classes, la révolution prolétarienne, la dictature du prolétariat et la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat ».

Comment affirmer après cela que le PCC n’a pas changé de couleur ?

Avez-vous oublié la répression du printemps 1989 dont des étudiants et des ouvriers qui voulaient des syndicats indépendants du pouvoir ont été victimes par centaines ?

Cette dure réalité de la restauration du capitalisme en Chine ne nous fait pas abandonner notre idéal. Le capitalisme a fait son temps et le socialisme viendra. Pour ça faisons ensemble la lumière sur la situation et nos tâches actuelles de communistes ! Traçons une ligne de démarcation fondée sur des faits ! Travaillons ensemble !

Un livre très bien documenté intitulé « La grande éclaircie de la révolution culturelle en Chine » de Cécile Winter vient de paraître aux éditions Delga. Il montre bien l’affrontement et le rapport de force réel entre le courant maoïste et le courant révisionniste des Deng et autres qui, selon la juste formule des maoïstes, « bien que du parti suivaient la voie capitaliste ».

Votre organisation, le Rassemblement Communiste, a eu le mérite de se construire contre la prétention du PCF à rester une organisation communiste malgré son renoncement à la révolution. Vous avez eu raison. Il ne faut pas s’en tenir à l’étiquette, à l’apparence quand le contenu est toxique. Le même travail critique (et autocritique) doit être fait pour la Chine ou d’autres pays.

En attendant de vous lire et de vous rencontrer pour une polémique constructive, recevez notre fraternel salut.

UPML

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