La Commune et les Femmes en armes

La Commune et les Femmes en armes

Comme précédemment pendant la Révolution française, les femmes revendiquent le droit de porter des armes, pour la défense de l’œuvre sociale en cours. Le 11 avril, l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés est fondée, notamment par Nathalie Le Mel et Élisabeth Dmitrieff, Marceline Leloup, Aline Jacquier, Thérèse Collin, Aglaé Jarry et Blanche Lefevre.

Le même jour, par voie d’affiches sur les murs de Paris, l’Union déclare que « toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes constituent une des bases du pouvoir des classes gouvernantes ». Rappelons que les femmes ne sont ni électrices ni éligibles, cependant, elles sont présentes et actives dans les institutions sociales et politiques de la Commune. Lors de la création de l’Union, Elisabeth Dmitrieff avait proposé la formation d’une ligue militaire des ouvrières de Paris. Plus tard, au club de Saint-Séverin, la proposition de la formation d’un bataillon de femmes est applaudie, y compris par les hommes présents dans l’assemblée.

Le 12 avril 1871, André Léo, membre du Comité des citoyennes du 17e arrondissement, déclare « […] Paris est loin d’avoir trop de combattants ; […] le concours des femmes devient nécessaire. A elles de donner le signal d’un de ces élans sublimes […] On les sait anxieuses, enthousiastes, ardentes […]à se donner tout entières (les femmes du peuple surtout) à la grande cause de Paris. Qu’elles entrent donc d’action [1] dans la lutte autant qu’elles y sont de cœur […] Louise Michel, Mme de Rochebrune, bien d’autres, ont déjà donné l’exemple […] Que le général Cluseret ouvre donc immédiatement trois registres sous ces titres : Action armée, Postes de secours aux blessés, fourneaux ambulants. Les femmes s’inscriront en foule […] »

Le 13 mai, une manifestation d’une centaine de femmes se rend à l’Hôtel-de-Ville, pour demander des armes. La veille, une affiche interpellait les gardes nationaux de la 12ème Légion, et proclamait : « Un grand exemple vous est donné : des citoyennes, des femmes héroïques […] ont demandé des armes au Comité de salut public pour défendre […]la Commune et la République. » En réponse, le colonel commandant la 12ème Légion, « heureux et fier d’avoir à enregistrer un pareil dévouement, a pris la décision suivante : la première compagnie des citoyennes volontaires sera immédiatement organisée et armée […] Ces citoyennes marcheront à l’ennemi avec la Légion […] »

Ce fut un des rares exemples où la Commune reconnut aux femmes un statut de combattantes à part entière. De son côté, le Comité des Femmes de la rue d’Arras avait « recueilli trois cents inscriptions pour la Légion des Femmes qui veulent s’armer sur les remparts ». Quelque mois plus tôt, en octobre 1870, alors que Paris était assiégé par les troupes prussiennes, ce club de femmes avait déjà déclaré « nous sommes décidées à tout pour repousser l’ennemi, nous faisons avec joie le sacrifice de notre vie, mais malheureusement la volonté ne suffit pas, il nous faut un costume et des armes » [2]. Un peu avant, le 8 septembre, une manifestation composée en majeure partie de femmes, sous la direction de Louise Michel et André Léo, avait demandé des armes.

Cependant, cet engagement ne fait pas l’unanimité. André Léo de l’Union dénonce la façon dont certains officiers et chirurgiens des avant-postes traitaient les ambulancières : « […] il y a dans Paris un très grand nombre de républicains, très forts en logique, et que cet amour des femmes pour la République indigne et désole. Les faits de ce genre, que l’histoire, à d’autres époques, enregistre comme héroïques, leur semblent admirables dans le passé, mais tout à fait inconvenants et ridicules aujourd’hui ». En dépit de ces initiatives, les femmes seront le plus souvent enfermées dans le rôle de cantinières ou d’infirmières.

Le 23 mai, c’est l’appel des Parisiennes aux barricades. Joséphine Dulembert, une ancienne rédactrice du Moniteur des Citoyennes, Brossert, cantinière au 84ème bataillon, et Ladoïska Caweska participent à l’organisation de la défense de la gare de Montparnasse. Environ 120 femmes construisent et défendent la barricade de la place Blanche. Une cinquantaine de femmes, sous la direction de Nathalie Le Mel, construit une autre barricade place Pigalle et aident à sa défense. André Léo est présente sur une barricade aux Batignolles, Louise Michel à celle de l’entrée de la Chaussée Clignancourt. Ce sont plusieurs milliers de femmes qui se battirent sur les barricades. De cette participation active est née la légende des « Pétroleuses ». Elles en paieront un prix du sang élevé pendant la Semaine sanglante.

Patrick Le Tréhondat

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