Manifestations de masse en France : Colère, mais aussi lutte d’orientation dans la résistance à Macron

Pas facile de se faire un point de vue: nous ouvrons le débat par cet article:

Les dernières mesures du gouvernement dans la gestion de la crise de la covid-19 ont provoqué un vaste mouvement de protestation. Ce sont des centaines de milliers de personnes qui descendent dans la rue, tous les samedis dans plus de 200 villes et en pleine période estivale — du rarement vu !

Une nouvelle loi répressive

La nouvelle loi entérine la vaccination obligatoire des soignants et des soignantes. Elle prendra effet le 15 septembre. Elle s’étend aussi aux pompiers, aux personnels des EHPAD, à certains militaires et aux bénévoles auprès des personnes âgées. Passé cette date, ceux et celles qui refusent la vaccination seront interdits d’exercer leur profession.

L’accès à l’hôpital et aux maisons de retraites pour des « visiteurs ou les patients non urgents » sera également soumis au pass-sanitaire (qui atteste de la vaccination, de la guérison ou d’un teste négatif de la covid). Le pass s’appliquera dans les cafés et restaurants, y compris en terrasse.

A partir du 9 août, dans certains centres commerciaux et grands magasins, le pass pourra être exigé selon les circonstances. Plus largement :  les employeurs pourront mettre à pied sans solde pour les CDI en cas de non-respect de la loi.  Cette loi est applicable, selon les dispositions actuelles, jusqu’au 15 novembre.

Un vaste mouvement populaire

Dès le 14 juillet, ces dernières annonces ont déclenché un mouvement de protestation dans de nombreuses villes françaises, pour dénoncer aussi bien la nouvelle restriction des libertés que la mauvaise gestion de la crise sanitaire. La résistance au pass-sanitaire est au centre de la contestation, on voit de nombreuses personnes vaccinées dans les manifestations. Plusieurs syndicats soutiennent ces protestations contre la menace de licenciements (ou de suspension du contrat de travail) en cas de non-respect de la loi. Beaucoup de personnes manifestent pour la première fois. Le mouvement regroupe plusieurs milieux et sensibilités politiques (en proportions certainement différentes selon les villes et les manifs). On y trouve des militants syndicaux, des soignants en colère, des gilets jaunes de la première heure, des conspirationnistes radicalisés, des militants anti-vaccins parfois adeptes de médecines parallèles, et des groupes d’ultra-droite.  La composition des manifestations change d’une ville à l’autre, ce qui rend difficile de généraliser une analyse.

Le mouvement et les Gilets-Jaunes

Par son caractère large, par son orientation contre la gestion du gouvernement, le mouvement suscite des comparaisons avec le mouvement des Gilets Jaunes de 2018.  Mais ce nouveau mouvement anti-pass n’a pas les mêmes motivations centrales ni la même base sociale que celui des gilets jaunes. L’ultra-droite certes est en minorité, mais le sujet est plus « accessible » pour la réaction que les positions sociales des Gilets Jaunes qui attaquaient le gouvernement sur des questions sociales : taxes, salaires, misère dans les régions. L’ultra-droite par des positions anti-vaccin, complotiste et antisémite par exemple cherche à influencer le mouvement ; dans certaines villes, des manifestants de gauche ont été attaqués ouvertement par des fascistes. Il est évident qu’il faut les chasser des manifestations !

Les raisons profondes du mouvement.

Il se construit sur la détestation des institutions et sur le rejet des classes dominantes. Car, oui, la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement est désastreuse, et cela depuis le début. Elle est désastreuse parce que le gouvernement n’a jamais agi de manière rigoureuse et transparente. Sa gestion a toujours visé d’abord la rentabilisation du capital (entre autres la continuité de la production capitaliste, maintien privé des brevets sur les vaccins, hausse prévue du prix des vaccins …). La pénurie des lits et du personnel hospitalier, déjà criante avant la crise de la covid n’a pas changé d’un iota, pire même les réformes hospitalières ont continué. Et maintenant, les mêmes salariés sont les cibles des sanctions. Cela passe mal. De plus la gestion de l’épidémie est surtout sécuritaire : attestations, confinement total ou partiel ; mais avant tout ne pas gêner la production capitaliste ! Et bien sûr ce sont les individus, nous tous, qui  coupables !

Nous soutenons les revendications des personnels hospitaliers concernant les salaires, création de postes et l’amélioration des conditions de travail, réquisitionnés pendant leurs vacances.

Le style arrogant et l’autoritarisme de Macron et de son gouvernement sont dénoncés. Mais quelles en sont les conclusions positives ? Des débats passionnés se sont déclenchés, aussi parmi les marxistes-léninistes, dont plusieurs organisations appellent à ne pas ignorer ni stigmatiser ce mouvement, mais au contraire à s’en mêler tout en combattant les positions et la présence des racistes et fascistes.

Quelles ripostes ?

Parmi les révolutionnaires, la nécessité de la vaccination fait en gros l’unité, tout comme le respect des gestes barrières, l’usage des masques et du gel hydroalcoolique. Aussi l’obligation de se faire vacciner dans certaines professions de santé, tout en refusant les mesures répressives de la Loi du gouvernement : licenciement, mise pied avec suspension du salaire, etc.

L’OMS ne préconise pas l’obligation, mais recommande la vaccination et l’amélioration des services. Rendre la vaccination facile surtout pour les couches souvent marginalisées dans notre société (migrants, précaires, campagnes appauvries, etc.), informer et convaincre s’avèrent beaucoup plus efficace que la vaccination imposée, comme le montre la résistance à Macron qui veut passer en force.

De quelle liberté parle-t-on ?

Mettre la « liberté individuelle » au premier plan nous détourne de la lutte collective contre ce système dans son ensemble qui est à l’origine de la crise sanitaire. « Liberté » est écrit sur beaucoup de pancartes. Mais de quelle liberté parle-t-on ? Au nom du néolibéralisme, Bolsonaro et Trump ont parlé eux aussi de ‘liberté’ tout en sacrifiant d’innombrables vies (plus d’un million). Leur liberté c’est celle d’être égoïste et individualiste. Nous avons besoin de libertés individuelles et collectives pour organiser un mouvement collectif défendant les intérêts du plus grand nombre ? Dans l’épidémie subordonner la liberté individuelle au collectif, à la solidarité internationale est nécessaire.

Sortir de la crise de la covid-19 passe par une lutte collective. Activons-nous pour une campagne internationale de vaccination accompagnée de mesures pour améliorer notre système de santé ! Les drapeaux bleu-blanc-rouge vont dans le mauvais sens, car la crise sanitaire n’est pas une affaire patriotique, mais mondiale. Résistance aux attaques réactionnaires du gouvernement sur nos retraites, sur les chômeurs, sur nos droits, qui engendrent misère et maladies. Pour un programme d’urgence défendant nos intérêts de classe, ouvriers, employés, gens du peuple. L’urgence déjà développée par plusieurs organisations de l’ICOR, dont l’UPML.

A des problèmes sociaux majeurs comme la pandémie, la crise écologique, les crises économiques et financières du capital international ou la guerre, on ne peut pas répondre en tant que classe exploitée et opprimée, par des solutions simplistes, dangereuses ou illusoires comme « Non aux vaccins !», « Adaptons-nous au réchauffement climatique !» ou « Attendons du capital des jours heureux ! ». Le capitalisme a fait son temps ! Organisons-nous ! Soyons solidaires !

Renforçons les forces révolutionnaires – pour l’alternative socialiste, collectiviste, pour notre idéal communiste de liberté sans lequel il n’y aura pas de libération de l’exploitation et de l’oppression et pas de liberté individuelle !

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