Grève massive dans l’éducation.

Nous avons emprunté à nos camarades de l’Unité Communiste leur dernier article sur l’éducation:

Grève massive dans l’éducation.

Vertuis

Aujourd’hui, 13 janvier, une grève massive s’est lancée, à l’appel de toutes les organisations syndicales du milieu scolaire – sauf la CFDT. Cette grève de l’enseignement à mobilisé au minimum 40 % des enseignants. Elle est un succès important en terme de mobilisation, mais qui révèle l’ampleur de la crise interne à l’éducation.

Protocoles ratés.

Les protocoles réalisés à l’arraché, annoncés sur BFM-TV plus que par les moyens de communication adéquats, ont jeté de l’huile sur le feu. La colère du monde éducatif, traité comme un sas de décompression de l’économie, comme un stockage à élèves, débouche aujourd’hui sur une grève d’ampleur. Ainsi, 75  % de grévistes sont annoncés dans les écoles primaires. C’est un taux extrêmement élevé, lequel révèle une sourde colère contre le ministre de l’Éducation Nationale le plus haï par ses administrés.

Ce protocole entraîne un chaos indescriptible dans les établissements et surcharge les vies scolaires. Ainsi, des classes perdaient parfois 30  % de leurs effectifs en une seule journée, du fait de l’éviction des élèves cas contact. A la suite de cela, il fallait une série de tests pour permettre de vérifier le caractère non-contaminant de l’élève, qui pouvait rentrer en classe.

Ces évictions reflétaient surtout les contaminations constantes et l’illusoire sécurité des établissements scolaires. Mais la réponse du ministère n’a pas été le moins du monde un renfort  : au contraire, c’est un assouplissement, encore un, qui a été décidé.

Cet assouplissement se traduit par la non éviction des cas contacts dès leur identification, mais surtout par le recours à des autotests à la fiabilité douteuse – on ne s’improvise pas laborantin ou laborantine – et à des attestations sur l’honneur. En réalité, cela signifie purement et simplement l’abandon des mesures de contrôle de la pandémie.

Objectif n°1  : l’économie.

Ce n’est pas par compassion pour une administration et une vie scolaire saturée que cet assouplissement a été décidé, mais pour des raisons bien plus crapuleuses. L’école doit permettre aux parents d’aller travailler. Elle doit donc faire office de garderie. Le protocole «  infect & collect  » imposait un dérèglement des activités salariés, les parents (très souvent les mères) devant aller chercher leurs enfants malades ou soupçonnés de l’être. A la suite de cela, il fallait les accompagner dans des lieux de test saturés et faire la queue des heures durant. Comme les capacités d’analyse sont saturées, il fallait ensuite attendre patiemment pour savoir quoi faire de l’enfant ou de l’ado. Blanquer décide donc de s’asseoir sur le facteur risque pour fluidifier l’économie. Pour faire accepter cela, Blanquer a compté sur la bonne volonté des enseignants et des enseignantes, qui mettent bien souvent de côté leurs conditions de travail pour ne se focaliser que sur leur responsabilité vis-à-vis de l’avenir des enfants. Ce sacerdoce, cette mission, fait que les profs ont accepté bien des choses inacceptables.

La grève qui se déroule aujourd’hui n’est pas tant le protocole en tant que tel que le sentiment d’être traité comme des supplétifs de l’économie. C’est aussi un retour de bâton  : enseigner est un métier, un job. En traitant l’enseignement comme un prestataire de service, Blanquer réussit un tour de force  : il brise cette injonction morale à se sacrifier pour l’avenir des enfants. Il renvoie la communauté éducative à des employés et employées.

Et les employés ont des limites. Comme les employeurs les ont trop longtemps menés en bateaux, ces limites sont aujourd’hui franchies.

Le malaise Blanquer.

Les promesses n’ont pas été tenues  : pour arracher la réouverture des écoles après le premier confinement, Jean-Michel Blanquer n’a pas lésiné. Il a promis des capteurs de CO², des systèmes de traitement de l’air, des masques en abondance et la priorité sur les vaccinations pour les enseignants. Cela s’est traduit, par la suite, par bien peu de choses  : un protocole sur l’ouverture des fenêtres (sachant que certaines ne s’ouvrent pas), des masques toxiques… et point barre.

Dans le même temps, le corps enseignant a vu son niveau de vie divisé par deux depuis 2000. Quant à d’autres fonctions, comme celles d’auxiliaires de vie scolaire ou d’AESH (Accompagnant1 des élèves en situation de handicap), les situations sont encore plus catastrophiques.

Le mépris dans lequel les enseignants et enseignantes ont été tenus n’a d’égal que celui pour la jeunesse. Si Blanquer, si fier de ses écoles ouvertes, tenait un tant soit peu aux écoliers et écolières, collégiens et collégiennes, lycéens et lycéennes, il n’aurait pas agi ainsi.

L’entassement toujours plus important dans des classes (avec des 6e approchant les 30 élèves), empêche toute pédagogie adaptée aux différents profils et aux spécificités des publics. Il en résulte une école à plusieurs vitesses, et avec des écarts toujours croissants entre elles.

De même, il ne serait pas en train de liquider les diplômes délivrés durant cette période. La valeur du bac, déjà fortement attaquée, est mise en pièces. De diplôme national conférant un semblant d’égalité juridique, il devient un diplôme maison, indexé sur la valeur supposée de l’établissement. C’est aujourd’hui une vraie foire aux notations des établissements, car c’est ce critère qui conditionne l’avenir des lycéens et des lycéennes. Ceux-ci et celles-ci se sont parfois mobilisés en solidarité, se retrouvant aux prise avec la police et ses violences.

Alors que Blanquer se lance dans un maccarthysme-bis, avec une chasse au «  wokisme  », l’éducation est à genoux. 5 ans de Blanquer ont montré un accroissement des écarts, une hausse de la reproduction sociale. Entre sorties autoritaires et volonté de faire de l’école un prestataire de service, le ministère ne s’est attiré que colère et haine.

La grève d’aujourd’hui porte préjudice à l’économie. C’est une preuve éclatante de la capacité de pouvoir obtenir un rapport de force. Si la pandémie est un moment critique, le besoin vital des écoles ouvertes dote aussi ceux et celles qui y travaillent d’un fort pouvoir de négociation.

Avec les élections présidentielles, nul doute que cette grève va attirer les candidats comme les papillons de nuit autour de la lumière. Certains pour dénigrer les fonctionnaires, comme les LR et consorts, mais d’autres aussi pour faire des promesses qui ne seront jamais tenues.

La réalité est la suivante  : l’école est vue comme une annexe de l’économie. Elle est subordonnée chaque fois davantage à des objectifs de production de plus-value en termes de formation, avec des moyens toujours plus faibles. Malgré les efforts de la communauté éducative, elle forme une main d’oeuvre qui sera toujours plus corvéable à merci. La seule vraie réponse à cette crise interne passe par une hausse des moyens, dans un premier temps, mais surtout par une transformation de sa fonction  : l’école, l’éducation, doit permettre aussi une émancipation des individus. Seule la fin de la tutelle du profit, de l’économie capitaliste, peut permettre d’en faire ce lieu épanouissant et formateur. Et cela, aucune candidature à cette élection ne peut l’apporter. Il faudra l’arracher par nous-même.

1Bien que dans 90  % des cas ce soit accompagnante.

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