La fabrique des pandémies, de Marie-Monique ROBIN

La fabrique des pandémies,

de Marie-Monique ROBIN

Editions La découverte, 2021

Dans sa lutte pour transformer la réalité sociale, le prolétariat doit impérativement renouer avec la culture scientifique contre les demi vérités et fantasmes propagés par la classe dominante et repris par beaucoup de média.

Marie-Monique Robin, journaliste et réalisatrice, lauréate du prix Albert Londres en 1995, est auteure d’ouvrages d’investigation, dont « Le Monde selon Monsanto », édition La Découverte 2008 et « Le Round UP face à ses juges », 2017.

Cette fois, à propos de la pandémie de Covid 19, M-M Robin relate ses interviews avec pas moins de 60 scientifiques, épidémiologistes, virologues, géographes … Tout en étant scientifique, ce livre est bien compréhensible.

La polémique démarre avec Luc Ferry, ancien ministre qui a déclaré : « Voir un lien entre la pollution de l’air, la biodiversité et la Covid 19 relève du surréalisme, pas de la science ! » En réalité, c’est pour protéger le mode de production capitaliste responsable des pollutions et atteintes à la biodiversité que ce prétendu philosophe « ignore » ou dissimule les véritables liens qui unissent depuis des millénaires l’homme et la nature.

Comme le dit un scientifique, « Jusqu’au début des années 80, la biodiversité n’existait pas, ni pour les politiques ni pour le grand public. » On ne se préoccupait que de créer et gérer des parcs nationaux.

Les activités et l’accaparement des richesses par les monopoles précarisent la biodiversité et créent les conditions favorables à la diffusion des épidémies. Sars, Sika, Ebola, HIV (Sida), pas de volonté de prendre du recul pour être capable d’affronter de nouvelles épidémies. Pourtant « On savait » Pour les monopoles internationaux de la santé, c’est surtout le traitement des conséquences des pandémies qui est facteur de profit, plus que la prévention.

Le mode d’exploitation propre au capitalisme atteint une phase ultime destructrice avec le capitalisme monopoliste d’Etat impérialiste. Extraction d’or, de minerais métalliques, fragmentation hydraulique (Gaz de schistes). De même l’UE a décrété que l’énergie nucléaire n’était pas polluante. En Serbie, la population rejette le projet de mine de lithium de Rio Tinto. En Allemagne, des mines abandonnées sont transformées en décharges de produits extrêmement toxiques polluant les eaux potables.

Serge Morand, parasitologue : « En finir avec les pratiques des grandes firmes de l’agro-industrie à l’origine des pandémies », déforestation, routes, le climat, l’élevage industriel et les monocultures comme celle de la pomme de terre touchée par le mildiou provoquant la famine en Irlande en 1845 ou celle des forêts d’épicéas aujourd’hui en Europe ravagées par la sécheresse et les scolytes …

Tout cela manifeste la crise de l’idéologie bourgeoise et de la science bourgeoise : il n’y a pas d’un côté les humains et de l’autre les écosystèmes.

Le Covid, comme les autres virus, n’a pas été créé. Mais les conditions favorables à son expansion ont été permises par la destruction des écosystèmes et non pas par la présence de nombreux virus dans la biodiversité.

La notion scientifique de « dilution »  est exposée ainsi : « Toutes les émergences [de virus] ont eu lieu dans des environnements perturbés par des activités anthropiques [humaines], comme le développement des monocultures ou l’élevage intensif et caractérisés par une très faible diversité animale et végétale. ». Ex : la maladie de Lyme. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, plus il y a de biodiversité, moins les agents pathogènes risquent d’atteindre les humains.

Les scientifiques interrogés constatent : « Les intérêts économiques à court terme priment toujours sur les intérêts à long terme », « Les deux raisons principales de l’effondrement [du système] sont la surexploitation des ressources naturelles couplées à une distribution inégalitaire de la richesse produite. Les élites détournent à leur profit la plus grosse part des ressources qui s’épuisent… ». Oui, le capitalisme s’approprie et détruit la nature.

Mais le livre n’appelle pas à un changement du mode de production et encore moins à un renversement du capitalisme. Il reste malheureusement fidèle au cloisonnement qu’il a dénoncé par ailleurs, en coupant la vie sur notre planète de toute perspective politique et sociale révolutionnaire.

On ne peut se contenter d’être observateur des dégâts provoqués dans la tête des gens par les religions, les fausses sciences, le culte du dernier cri de la technologie, protégeant toutes la recherche du profit, ni de soigner les conséquences en oubliant les causes, les interactions.

La vraie science a besoin du matérialisme dialectique : objectivité de l’examen, sous tous ses aspects, compréhension du développement historique des phénomènes et engagement politique pratique.

C’est pourquoi, comme complément indispensable à « la Fabrique des pandémies », nous ne saurions trop recommander le livre « Alerte à la catastrophe. Que faire contre la destruction délibérée de l’unité de l’homme et de la nature ? », de Stefan Engel (édition en français 2015 Verlag Neuer Weg, 17,5 euros). Ce livre lie la lutte contre la destruction de la nature à la nécessité du renversement du capitalisme.

A commander à l’UPML, contact-upml@riseup.com.

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