La classe ouvrière et la question nationale par Lénine

   Écrit le 3 (16) mai 1913. Publié le 10 mai 1913 dans le n° 106 de la Pravda

La Russie est un pays mêlé sous le rapport national. La politique gouvernementale, qui est celle des grands propriétaires fonciers soutenus par la bourgeoisie, est tout entière imprégnée par un nationalisme cent-noir.

Cette politique est pointée contre la majorité des peuples de la Russie, qui constituent la majorité de sa population. En même temps, le nationalisme bourgeois des autres nations (polonaise, juive, ukrainienne, géorgienne, etc.) relève la tête et s’efforce, au moyen de la lutte nationale ou de la lutte pour une culture nationale, de détourner la classe ouvrière de ses grands objectifs mondiaux.

  La question nationale exige d’être posée et résolue clairement par tous les ouvriers conscients.

Lorsque la bourgeoisie luttait pour la liberté avec le peuple, avec les travailleurs, elle prenait la défense de la liberté complète et de l’égalité en droits complète des nations. Des pays d’avant-garde comme la Suisse, la Belgique, la Norvège, etc., nous montrent en exemple comment des nations libres, vivant sous un régime démocratique réel, vivent ensemble en bonne intelligence ou se séparent pacifiquement.

Aujourd’hui, la bourgeoisie craint les ouvriers ; elle recherche l’alliance des Pourichkévitch et de la réaction ; elle trahit la démocratie, prend la défense de l’oppression ou de l’inégalité des nations et cherche à corrompre les ouvriers par des mots d’ordre nationalistes.

  Seul, de nos jours, le prolétariat défend la liberté véritable des nations et l’unité des ouvriers de toutes les nations.

Pour que des nations différentes puissent, dans la liberté et la paix, vivre unies ou bien se séparer (lorsque cela les arrange davantage) en formant des États distincts, il faut la démocratie complète dont la classe ouvrière se fait le champion. Pas le moindre privilège pour aucune nation, pour aucune langue. Pas la moindre vexation, pas la moindre injustice à l’égard d’une minorité nationale. Tels sont les principes de la démocratie ouvrière.

Les capitalistes et les grands propriétaires veulent à tout prix diviser les ouvriers des différentes nations ; mais pour leur part, les grands de ce monde vivent en parfaite intelligence, comme les actionnaires d’«affaires» qui «rapportent» des millions (du genre des mines d’or de la Léna) : qu’ils soient orthodoxes ou Juifs, Russes ou Allemands, Polonais ou Ukrainiens, tous ceux qui possèdent un capital exploitent à qui mieux mieux les ouvriers de toutes les nations.

Les ouvriers conscients sont pour l’unité complète des ouvriers de toutes les nations au sein de toutes les organisations ouvrières, qu’elles soient éducatives, syndicales, politiques, etc. Laissons à messieurs les cadets le déshonneur de nier ou d’amoindrir l’égalité en droits des Ukrainiens. Laissons à la bourgeoisie de toutes les nations le passe-temps des phrases mensongères sur la culture nationale, sur les problèmes nationaux, etc.

Les ouvriers ne permettront pas qu’on les divise à l’aide de quelque discours doucereux que ce soit sur la culture nationale ou l’«autonomie culturelle nationale». Les ouvriers de toutes les nations s’unissent pour défendre ensemble, au sein de leurs organisations communes, la liberté complète et l’égalité en droits complète, gage de la culture véritable.

Les ouvriers créent dans le monde entier leur culture à eux, une culture internationale, à la préparation de laquelle ont œuvré de longue date les champions de la liberté et les ennemis de l’oppression. Au monde ancien, monde de l’oppression nationale, des querelles nationales ou du particularisme national, les ouvriers opposent le monde nouveau de l’unité des travailleurs de toutes les nations, dans lequel pas un seul privilège, pas la moindre oppression de l’homme par l’homme ne peuvent avoir place.

 

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