Un grand nom de notre classe

Martha Desrumeaux (1897-1982)

« Le souffle de Martha », Fierté de la classe ouvrière du Nord et une héroïne modeste

Originaire de Comine dans le Nord de la France Martha naquit le 18 octobre 1897. Sixième enfant d’une grande famille. Très vite, elle fût exposée aux débats ouvriers — cette classe qui montait en puissance dans une régions connaissant un tissu industriel de masse (Charbon, textile, sidérurgie…). Suite à la mort tragique de son père, la famille Desrumeaux se retrouve plongée dans la misère. Âgée de 9 ans, la petite Martha quitte sa scolarité pour se retrouver bonne à tout faire  dans une famille bourgeoise de Lille. Elle s’en échappera le plus tôt possible pour ensuite devenir ouvrière dans le textile 2 ans plus tard. Face aux conditions de travail épouvantable et aux misérables salaires, Martha adhère à la CGT à 13 ans. Tout cela débouchant sur de nouvelles connaissances (des adhérents de la SFIO) qui la lance dans l’arène politique.  Elle adhère à la jeunesse socialiste à 15 ans. Durant la première guerre mondiale, elle et sa famille se retrouvent dans l’usine textile de Hazebrouck.

De retour dans le Nord, elle réintègre une usine textile à Comines. Elle mène une activité syndicale auprès des ouvrières de la région de Tourcoing. Et prend une part de plus en plus grande dans les grandes grèves de 1921.  Exclus de la CGT réformiste, elle participe à la fondation de la CGT-U. Martha regarde alors de façon fixe la Révolution Russe de 1917 avec un grand espoir pour le nouvel ordre économique et social qui s’annoncent. Avec son frère elle rejoint tout naturellement le PCF — autrement plus communiste et  révolutionnaire qu’aujourd’hui et de ses dernières décennies. Martha va sur le terrain, en lisière des usines, tracte, vend le « Prolétaire », puis « l’Enchaîné » qui deviendra « Liberté » après 1945. Elle se bat pour des allocation pré et post natales. Elle crée le journal l’Ouvrière pour les droits des femmes au travail.

Avec les « classes léninistes » organisées par la PCF, un organisme interne à ce Parti, permettant aux ouvriers et ouvrières d’accéder aux fondamentaux de Marx, Engels et Lénine — elle poursuit son apprentissage du marxisme-léninisme. C’est donc tout logiquement qu’elle se rend à Moscou pour le 10ème anniversaire de la Révolution.

Ensuite Martha est élue au Comité Central du PCF. En 1931-32, elle séjourne 16 mois à l’école léniniste à Moscou, où elle étudie le russe, l’économie et la philosophie. Elle y rencontrera Louis Manguine, son futur mari. En 1933, toujours syndicaliste active, elle est responsable régionale du Nord de la CGT-U. Elle participera à la Marche des chômeurs du Nord à Paris. En Mai 36, elle est active dans les luttes menant aux avancées sociales acquises. Elle sera approchée par le cinéaste Jean Renoir pour jouer son propre rôle dans « La vie est à Nous ».

Après l’interdiction du PCF à la fin septembre 1939, suite au Pacte Germano-Soviétique Martha jouera un rôle dans le passage en Belgique d’une partie des cadres du PCF, dont le très controversé et discuté Maurice Thorez (1)

Sous l’occupation Martha fût active, elle crée les premiers groupes d’OS (organisation spéciale) chargée des sabotages. Elle déploya une activité dans la préparation de la grande grève ouvrière de Mai 41. Arrêtée en août 41, après déjà plusieurs séjours en prison, Martha sera déportée en mars 42 au camp de Ravensbrück où la faim, la violence, le travail forcé sont son quotidien. Elle résistera autant que possible…

Après 45, forte de son aura, Martha sera élue à la première assemblée constituante en octobre 45 pour quelques mois. Consciente des désillusions et les déceptions qu’entraînèrent la dégénérescence de l’URSS, elle préférera se concentrer sur les luttes ouvrières en France avec une reprise de responsabilité à l’UD CGT du Nord.

Elle finira sa vie à militer pour le droit des femmes et des ouvrières, à s’opposer à toutes formes de domination ainsi qu’à témoigner de son expérience. Elle se retirera dans un certain anonymat dans le Var, pour s’éteindre quelques heures après son mari en novembre 82.

(1) Opportuniste et révisionniste avant l’heure. Mao dira à la fin des années 40 : « je ne comprends pas que les camarades Togliatti et Thorez offrent à leurs bourgeoisies nationales (capitalistes) leurs dernières cartouches ».

Un lecteur (avril 2022)

     Voir un film de Télérama sur le « Souffle de Martha »: https://youtu.be/NJSeyDJZBSQ?t=13

 

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