Canicules : les profits contre la santé

Canicules : les Profits contre la santé

Les canicules n’arrêtent pas le travail des ouvriers du BTP et de nombreuses autres professions, mettant leurs vies en danger. Les syndicats réclament l’instauration d’une température maximale de travail, et soutiennent une campagne européenne en ce sens.

« Le gouvernement … pleinement mobilisé…vigilance est totale pour… protéger la santé des travailleurs. » Déclarait le 13 juillet le ministre du Travail, Olivier Dussopt à l’occasion d’une visite d’un chantier de travaux publics en Seine-Saint-Denis. On connaît bien ces discours politiciens — sans conséquence concrète. Il parlait sans doute des chantiers des Jeux Olympiques qui évidemment n’attendent pas! Et qui ont fait depuis le début tant de blessés (et de morts?). Le 19 juillet on apprenait que, depuis le 12 juillet, « deux accidents du travail mortels en lien possible avec une exposition à la chaleur » lui ont été notifiés par l’Inspection du travail .

Le dérèglement climatique (lié au développement anarchique du capitalisme) met particulièrement en danger la santé et la sécurité des travailleurs physiques. Plusieurs études récentes mettent en évidence les effets transmissibles du dérèglement climatique sur leur santé et leur sécurité. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que la température optimale au travail se situe entre 16 et 24 °C — très loin, donc, des pics de chaleur que la France a connu la semaine du 18 juillet, et qu’elle connaît à nouveau en août.

Le prix du sang !

Les employeurs sont légalement tenus de garantir la sécurité et la santé de leurs salariés. Mais comme l’explique Julie Court, membre du bureau national de la CGT-Travail Emploi Formation professionnelle, l’absence de « disposition précise » dans le Code du travail en cas de canicule a pour conséquence de tout faire reposer sur « le bon vouloir de l’employeur et sur sa propre évaluation des risques » (l’on sait par expérience que c’est le profit immédiat qui lui importe!) : « Les inspecteurs du travail ne peuvent pas contraindre l’employeur à arrêter l’activité. »

« Pendant la canicule de 2003, j’ai vu un collègue qui, avec la chaleur, s’était senti très mal et qui avait eu des problèmes d’élocution. Là, dernièrement, bosser par 40 degrés à Paris, je n’avais jamais vu ça. C’est très difficile », nous dit par exemple Laurent, rencontré sur un chantier du BTP de la capitale.

Le Code du travail oblige les employeurs du BTP à fournir au moins 3 litres d’eau par jour et par travailleur; pour le responsable de la santé au travail de la fédération construction et ameublement de la CGT : « Là encore, on voit des gens qui ne connaissent pas le sujet pondre des textes totalement à côté de la plaque : quand vous bossez sur un toit en ardoise, ce n’est pas 3 litres que vous buvez dans la journée, mais 10 litres ! Dans la plupart des cas, l’immense majorité des employeurs laisse les mecs bosser en période de canicule, peu importe le prix du sang. »

Si la plupart des ouvriers rencontrés par la revue « Reporterre » affirment avoir pu boire à leur soif ces derniers jours, d’autres racontent avoir dû aller acheter eux-mêmes leurs bouteilles. Un ouvrier qui s’occupe de l’étanchéité de terrasses en Île-de-France dira: « On a eu zéro prévention de la part de notre employeur concernant la canicule : il s’en fout. Qu’il fasse très chaud, qu’il fasse froid, tu fais tes heures : on n’a pas le choix. »

Des réformes qui ont fait empirer la situation

Comme l’indique la sociologue de la santé Annie Thébaud-Mony, la suppression des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) au profit des comités sociaux et économiques (CSE) en 2020 a encore compliqué la mise en œuvre de ce droit. « C’était déjà un droit fragile auparavant, avec notamment un chantage à l’emploi pour les personnes précaires. La suppression des CHSCT fragilise à présent l’ensemble des salariés. »

Julie Court (CGT), qui déplore le fait que les inspecteurs du travail « se retrouvent actuellement très limités dans leur capacité d’action », est du même avis : « Il faut faire évoluer la réglementation, avec des règles précises et contraignantes pour les employeurs. C’est toute une façon d’organiser le travail qui est à réfléchir du fait de ces évolutions climatiques. »

Son camarade de la CGT Frédéric Mau propose ainsi que l’ensemble des chantiers soient arrêtés à chaque alerte orange ou rouge de la part de Météo France, et que la rémunération des travailleurs se fasse alors via la caisse intempéries du BTP utilisée l’hiver. Et d’ajouter : « Il est impossible de ne pas voir que les épisodes caniculaires vont s’aggraver. Il va donc falloir, à un moment donné, prendre des mesures : l’ensemble de nos professions est exposé aux intempéries, et les intempéries d’hier ne sont plus les mêmes que celles d’aujourd’hui. Or, les limites supportables par le corps humain sont désormais atteintes. Il va donc falloir sérieusement réfléchir à comment on fait, car, sinon, on va avoir plein de morts. »

Mais il ne faut pas simplement « déplorer » ou « organiser le travail » capitaliste ou encore constater l’insupportable situation que vivent de nombreux salariés comme le disent ces syndicalistes ! Il faut organiser quotidiennement la lutte de la base en l’inscrivant dans la lutte de classe pour transformer le mode de production capitaliste source à la fois des canicules et de ses conséquences sur la santé ! (à ce sujet voir notre « projet de programme » sur le site : upml.org)

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