La grande éclaircie de la révolution culturelle chinoise

Notes de lecture :

« La grande éclaircie de la révolution culturelle chinoise,
Ouverture à la politique communiste comme urgence et possible »

De Cécile Winter, Postface d’Alain Badiou, Editions DELGA, 2021

Nous sommes très touchés par le décès de Cécile Winter survenu peu après la parution de son livre. Nous espérons contacter le courant qu’elle incarnait avec beaucoup d’exigence, pour contribuer à faire ce qu’elle proposait : par exemple, la création d’écoles marxistes théoriques et pratiques pour former des communistes liés au prolétariat comme Lénine l’a fait avec les cercles ouvriers de Saint Pétersbourg.

Cette année le Parti Communiste Chinois a fêté le centenaire de sa fondation. Le livre très documenté de Cécile Winter arrive à point pour illustrer le développement capitaliste-impérialiste de la Chine et de son régime par une observation minutieuse de ce moment clé : la révolution culturelle prolétarienne déclenchée par le courant maoïste.

On peut ne pas être d’accord avec certaines formules ou conclusions de Cécile Winter, mais s’interroger sur le contenu politique d’une révolution prolétarienne, sur le rôle d’un parti communiste avant et après la prise du pouvoir, sur celui de l’État, sur la dictature du prolétariat et le déroulement réel de la révolution culturelle en Chine ne peut être que bénéfique. Pour lancer la deuxième vague de révolutions prolétariennes, nous avons besoin d’abord, de nous dégager de l’histoire telle que la bourgeoisie et ses mercenaires de la plume l’écrivent et puis, de la confusion qu’entretiennent aussi « à leur insu » des organisations « communistes » ou « marxistes-léninistes » aussi bien sur la révolution culturelle que sur le caractère plus ou moins socialiste du régime chinois actuel.

Où en était le Parti Communiste Chinois en 1966 : C. Winter montre que sa direction avec les Deng Siao-ping ou Liu Shao-shi s’opposait au courant maoïste qui promouvait les transformations socialistes comme les Communes Populaires à la campagne. Éditer les œuvres de Mao en Chine était impossible jusqu’au déclenchement de la révolution culturelle. Avant août 1966, n’arrivaient en France, hormis les textes de la controverse sino-soviétique, que ceux de la direction prônant l’arrêt de la lutte de classes sous le socialisme, la « fusion » des classes, le carriérisme des apparatchiks, toutes choses totalement étrangères au communisme.

Dans ces conditions, la critique de C. Winter n’est pas anti parti, contre toute construction d’un parti communiste – elle fait justement la proposition d’écoles du marxisme – mais contre ce qu’était devenu concrètement le PCC, un parti dominé par une nouvelle bourgeoisie bureaucratique posant des jalons pour restaurer le capitalisme, imitant en cela le courant révisionniste de Khrouchtchev en 1956.

Empêcher la restauration du capitalisme en Chine, servir les intérêts du peuple, tel était l’objectif du courant maoïste qui a déclenché la révolution culturelle. Le contenu politique concret « qui dirige, comment et pour quoi faire ? Quel est le rôle des ouvriers et des paysans dans la transformation de la société héritée du capitalisme» doit être la priorité absolue. Quand un parti communiste, si glorieux soit-il, recule sur son rôle de moteur dans la lutte de classe, qu’il s’oppose aux intérêts des masses, alors le courant révolutionnaire a le devoir de mobiliser celles-ci contre ce nouveau parti bourgeois. Mao a eu raison !

En France aussi, nous avons vécu cette mutation du PCF et d’autres organisations dites communistes. Dans son livre, C. Winter amorce la critique du PCF, de la Gauche Prolétarienne, de l’anti autoritarisme de la petite bourgeoisie, du « faussaire » Simon Leys … Il invite, arguments à l’appui, chaque militant, chaque organisation, à analyser de façon critique sa pratique, le sens de son activité politique avec les principes et la méthode d’analyse du matérialisme dialectique et historique.

Une critique cependant : contrairement au travail sur la révolution culturelle chinoise, l’évocation de l’expérience soviétique est superficielle. Dommage !

En reprenant la réflexion sur les 4 points du programme de Marx, à savoir la question de la propriété, de la transformation des rapports de production, de l’État et de l’internationalisme – plus important que jamais -, ce livre contribue à nous remobiliser !

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