Kurdistan syrien “Nos seuls amis sont dans les rues du monde entier!” Salih Müslim

“Nos seuls amis sont dans les rues du monde entier!”



Salih Müslim a été coprésident du Parti de l’Union démocratique syrienne (PYD) de 2010 à 2017. Il est actuellement coordinateur adjoint du Comité national de coordination pour le changement démocratique. Le 26 octobre 2019, il a pris position par rapport à la guerre d’agression du régime turc fasciste sur la Fédération démocratique du nord-est de la Syrie.

Salih Müslim a été invité pour prendre la parole lors de la manifestation du Parti communiste marxiste-léniniste de Turquie (MLKP)
i à Ludwigshafen/Allemagne le 26 octobre à l’occasion de son 25e anniversaire. En raison de la situation de guerre, Salih Muslim n’a pas pu entrer en Allemagne. Il a envoyé le message ci-dessous pour la discussion sur le podium via Skype. La Turquie demande l’extradition de Salih Müslim, car le démocrate convaincu est un terroriste à leurs yeux. Nous publions son message complet ici.

Salih Muslim :
« Depuis le 9 octobre, Rojava a été attaqué non seulement par la Turquie, mais également par des bandes terroristes islamistes. Le 17 octobre, un cessez-le-feu est intervenu. Nous sommes prêts à discuter, mais l’autre côté ne nous a pas respectés. L’accord, et avec les Russes et avec les États-Unis, nous ne les acceptons pas. Nous n’acceptons que la trêve. En outre, il n’existe pas de véritable cessez-le-feu, les attaques se poursuivent et la population civile est attaquée.

Pas le choix mais la résistance par tous les moyens
Tout le monde est uni et ces pouvoirs n’écoutent personne. Cela vaut en particulier pour l’AKP et le MHP (parti fasciste en Turquie, qui forme le gouvernement avec l’AKP d’Erdoğans, note de l’éditeur). Nous n’avons d’autre choix que de résister par tous les moyens. 300 000 personnes ont déjà pris la fuite. Beaucoup d’entre eux sont seuls, la plupart doivent dormir en plein air n’ayant pas d’abri. À Kobanê ou à Hasaka, ils viennent essayer de s’occuper d’eux, mais dans bien d’autres endroits, ils n’ont personne pour s’occuper d’eux.

Les organisations d’aide des organismes internationaux n’apportent aucune aide en matière de médicaments. Il y a de moins en moins d’hôpitaux en fonction. Du Kurdistan du Sud¹, nous recevons des marchandises, mais elles sont complètement insuffisantes. L’infrastructure est perturbée – les routes entre les villes ont été fermées.

L’espace aérien doit être bloqué
Nous ne sommes plus confrontés seulement à Daesh. Des drones et des avions de chasse des fascistes turcs menacent également nos vies. L’espace aérien doit être bloqué! Depuis plus de deux ans, la Turquie entretient de bonnes relations avec Daesh. Ils avaient occupé les puits de pétrole pendant une période à l’Est, développé un commerce de pétrole dynamique et la famille Erdoğans avait également gagné beaucoup d’argent grâce au gaz naturel.


La résistance de Kobanê est un signal énergique
La bataille de Kobanê a commencé alors que Daesh et les membres de gangs devaient se trouver à la frontière. Maintenant, ils se préparent à une nouvelle attaque. Ces gangs assassinent, détruisent et mutilent les gens.

Il y avait des rassemblements internationaux et des accords contre nous. L’ONU, les États-Unis et la Russie se sont rencontrés trois fois. C’est un ignoble plan, ils se sont tous mis d’accord contre les Kurdes. Nous connaissons le génocide des Arméniens, il s’agit en définitive d’un génocide des Kurdes. Surtout, l’attaque vise le système démocratique, les droits des femmes, l’autonomie gouvernementale et la coexistence pacifique multiethnique. Ils veulent détruire ça !


Nos seuls amis sont dans les rues du monde entier! Ils devraient le savoir : nous résisterons jusqu’au bout. Nous ne nous sentons pas seuls parce que vous existez ! Nous nous défendrons jusqu’au bout – et le but c’est la victoire. Cette victoire profitera à toutes les forces progressistes du monde. Nous n’avons jamais été séparés de vous ces dernières années. Et c’est pourquoi la victoire ne sera pas seulement la nôtre, elle sera aussi la vôtre. »

iLe MLKP est membre de l’ICOR

Le Service national universel que le gouvernement veut rendre obligatoire pour les jeunes de 16 ans

Une opération de soumission de la jeunesse : il s’agit d’inculquer un esprit d’obéissance aux règles, un respect absolu des normes… Règles et normes qui, pour la plupart, ne visent qu’à perpétuer les inégalités et injustices inhérentes à l’organisation actuelle de la société. Cette volonté de soumission passe aussi par un contrôle renforcé, notamment à travers la mise en fiches de tous les jeunes de 16 à 25 ans ; on sait comment ce genre de fichier peut être utilisé ! Volonté de soumission, enfin, car elle ne reconnaît comme « engagement » des jeunes que les dispositifs étatiques.Salih Müslim

La remise en cause des droits des travailleurs et travailleuses : les jeunes du SNU seront utilisé/es pour remplacer des emplois aujourd’hui occupés par des employé/es qui ont un salaire, une convention collective ou un statut, la possibilité de s’organiser syndicalement, des droits individuels et collectifs. Avec le SNU, chaque année, 800 000 jeunes seront exploité/es, sans aucun de ces droits, pour des durées variables ; ils et elles seront très vivement encouragé.es à poursuivre leur « engagement volontaire » par un service civique, dans les mêmes conditions de précarité.

Des dépenses considérables : 6 milliards €/an, selon un rapport sénatorial de 2017. Ces milliards seraient bien plus utiles pour le service public de l’Éducation, qu’aux mains des militaires !

Le renforcement de la militarisation. Encadrement militaire, levée du drapeau, chant guerrier, uniforme, parcours du combattant, raid commando, etc. contribueront à l’endoctrinement des jeunes. La propagande visera à banaliser encore plus le rôle de l’armée, alors que celle-ci est en pointe dans la répression, sur le territoire français, dans les colonies et diverses régions du monde. Sans surprise, il n’est nullement question dans le programme de pacifisme, de non-violence, ni de remise en cause du rôle de l’armée.

Le gouvernement nous dit : Il faut que les jeunes s’engagent.

Mais c’est déjà le cas !

Ils et elles s’engagent pour lutter contre le racisme, pour que cesse la destruction de la terre, pour défendre leur droit à étudier, pour le partage des richesses, pour le droit au logement, pour l’égalité des droits et contre les discriminations, etc.

Ce n’est pas à l’État de les forcer à s’engager !

Comment peut-on parler d’apprendre la citoyenneté, lorsqu’on confie l’encadrement à l’armée (qui, par ailleurs, n’était pas demandeuse) ?

Non au SNU ! Abrogation du SNU !

Campagne unitaire contre le SNU : Union Prolétarienne Marxiste Léniniste, Union pacifiste, Union syndicale Solidaires, Solidaires Étudiant.e.s, ASSO-Solidaires, SUD éducation, SUNDEP Solidaires Sud Enseignement privé, Solidaires Jeunesse et Sports, Fédération Éducation de la Confédération Nationale du Travail, Émancipation tendance intersyndicale, Mouvement National Lycéen, Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne, Fédération nationale de la Libre Pensée, Droits Devant !!, Ni guerres ni état de guerre, Causes communes, Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre, Parti Communiste des Ouvriers de France, Europe Écologie – Les Verts, Fédération Anarchiste, Union Communiste Libertaire, L’insurgé, Les Jeunes écologistes, Union des Jeunes Révolutionnaires, Radio-Libertaire, Revue Silence.

Les racines de la crise du système éducatif

Le 21 septembre dernier, Christine Renon, collègue directrice d’école de Pantin, a mis fin à ses jours sur son lieu de travail. Elle avait pris soin d’adresser un long courrier à ses collègues afin d’expliquer son geste désespéré.

Par ce courrier, largement diffusé pendant plusieurs jours, elle souhaitait dénoncer les dérives de l’institution. Le constat qu’elle porte est sans appel et reflète parfaitement le sentiment de très nombreux-ses collègues : un métier et des missions largement vidés de leur sens, une accumulation excessive de tâches, des attentes/exigences administratives et hiérarchiques qui nient l’humain et le lien social… La longueur de la liste des reproches suffit à comprendre ce qui l’a amenée à cette décision sans retour.

Maltraitance des enfants et des personnels

A l’Éducation Nationale comme ailleurs sévit un management du travail qui cherche en permanence à astreindre l’activité humaine à des pressions de rentabilité, à des obsessions de normalisation et tout cela dans l’ignorance de la réalité quotidienne de souffrance et d’incompréhension que ces impératifs produisent. Christine Renon exprimait dans sa lettre la perte de sens d’un métier où l’administration prône la bienveillance à l’égard des élèves, tout en créant des conditions de maltraitance des enfants et des personnels. Christine Renon expose des situations de travail partagées où chacun est amené à se reconnaître. Pour preuve, le mouvement de grève du jeudi 3 octobre a compté plus de 200 écoles fermées en Seine-Saint-Denis et des milliers d’enseignants grévistes dans le premier et le second degré à travers la France !

L’école n’est pas un îlot isolé, elle reflète la société, les courants qui la traversent. Si elle a permis à de plus larges couches de jeunes d’acquérir une certaine culture, et par là même une certaine ouverture sur le monde, elle reste un moyen pour la bourgeoisie de contrôler, ou du moins de tenter de contrôler les esprits, et d’assurer la pérennité du cadre bourgeois, a fortiori dans sa phase de mutation néo-libérale.

L’école des « valeurs de la République » …

L’école publique a certes quelque peu changé depuis les années 1880 et Jules Ferry, qui voulait transformer chaque écolier en patriote, en futur soldat prêt à mourir pour la France. Mais, sur le fond, l’idéologie qu’elle diffuse reste la même. Les ministres de l’Éducation successifs, de droite comme de gauche, ne cessent de le répéter : l’école doit apprendre le respect des « valeurs de la république ». Il faut entendre par là celles que la bourgeoisie veut inculquer aux jeunes.

La nécessité de donner un minimum d’instruction aux enfants des classes populaires ne s’imposa à la bourgeoisie française qu’à la fin du 19e siècle. Elle avait de plus en plus besoin de trouver sur le marché du travail une main-d’œuvre ayant un minimum d’instruction, c’est-à-dire sachant lire, écrire et compter. Dans le contexte politique de l’époque, les bourgeois républicains ne tenaient pas à ce que cette instruction populaire soit dominée par le clergé. L’État devait donc se charger de développer l’éducation des enfants des classes populaires indépendamment de l’Église, en finançant la construction d’écoles dans chaque commune et en les remettant dans les mains d’instituteurs rémunérés par lui, d’instituteurs qui seraient les « hussards » de la république.

et du colonialisme-impérialiste français

L’œuvre de Ferry ne peut décemment pas être dissociée de la politique de la bourgeoisie républicaine au pouvoir en France à partir de 1879. J. Ferry en fut un des principaux idéologues et promoteurs. Au-delà du mythe du vertueux républicain, c’est la nature de classe de sa politique qui doit être étudiée. Le rôle de mobilisation idéologique assigné à l’école prend tout son sens si on le relie à la politique extérieure portée par Jules Ferry et les Républicains modérés. Continuant l’action des régimes précédents, qui ont conquis et colonisé l’Algérie et le Sénégal, ils donnent une nouvelle impulsion à l’impérialisme français.

Il s’agit pour eux de se tailler en Afrique et en Asie des zones économiques exclusives, où les industriels nationaux pourraient écouler leurs produits, mettre au travail une main-d’œuvre bon marché ou s’approvisionner en matières premières. Par la conquête militaire, les gouvernements offrent ainsi aux bourgeoisies nationales des marchés réservés, qui leur permettraient de conforter leurs taux de profit. L’école développe les attitudes, les valeurs et le savoir confortant la colonisation.

Et aujourd’hui où en sommes nous ?

Le processus à l’œuvre au sein de l’Éducation épouse les contours de la mutation du Capital opérée depuis des décennies. Même si chaque pays garde apparemment la maîtrise de sa propre organisation scolaire, une politique mondiale s’élabore dans les commissions et réunions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dans les rapports de la Commission Européenne et de la Banque mondiale. L’école se voit de plus en plus privée de toute autonomie vis-à-vis de la production et de sa logique. Les enseignants sont assimilés à des techniciens de la pédagogie ou à des cadres. L’école tend ainsi à se privatiser, non pas nécessairement sur les plans juridique et financier – du moins pas encore – mais par sa transformation interne en un marché où la concurrence entre individus et établissements devient la règle.

Au service de la guerre économique internationale

Les connaissances, compétences et capacités individuelles constitue une matière première exploitable source de compétitivité dans la guerre économique généralisée. Pour l’OCDE, La Banque mondiale et la Commission européenne, c’est là la seule véritable justification de l’investissement éducatif. Cette subordination de l’enseignement aux impératifs économiques s’étend à l’ensemble des cursus. Pour la Commission européenne, les « compétences personnelles liées à l’esprit d’entreprise devraient être enseignées dès le plus jeune âge » (dans L’Esprit d’entreprise en Europe, Bruxelles, janvier 2003). Pour l’OCDE, l’une des conditions de la compétitivité et de l’emploi est la « souplesse du marché », ce qui suppose une transformation des mentalités à laquelle devrait contribuer l’école. Quoi de mieux alors que de définir l’école elle-même comme une entreprise, chargée de la production de compétences ou de formation de capital humain ?

C’est dans cet esprit que s’inscrit la récente loi Blanquer. C’est ce qui se tapit derrière l’obligation de scolarité dès l’âge de 3 ans. C’est ce qui s’inscrit derrière chaque article et préconisation : les méthodes de l’entreprise, sa culture managériale, son langage, ses pratiques. Il s’agirait maintenant de s’organiser pour contrer ces attaques virulentes. Refusons cette soumission de l’école aux exigences du patronat. L’heure de la riposte a sonné ! En s’inscrivant dans la contestation générale et grandissante de la société capitaliste.

Kroupskaïa (commissaire à l’éducation après la révolution d’Octobre 17 en URSS), disait dans «Instruction Publique et démocratie, » en 1915 : « L’objectif de cette école nouvelle doit être d’assurer le plein épanouissement d’individus ayant une vision globale des choses, comprenant clairement la nature et la société qui les entourent, aptes, aussi bien en pratique qu’en théorie, à exercer toute forme de travail tant physique qu’intellectuel et capables de se forger une vie en société sensée, riche de contenu, pleine de joie et de beauté ».

Un camarade de l’UPML