Appel final de l’Assemblée des assemblées des Gilets Jaunes du 7 avril

Dans les luttes, les prolétaires et les masses populaires font leurs expériences. Ils s’organisent, trouvent des moyens, des formes d’action pour satisfaire leurs revendications. Ainsi les Gilets Jaunes parlent de démocratie populaire, de justice sociale, de protection de l’environnement… C’est le devoir des communistes d’être dans ces luttes, d’apporter leur soutien et expériences, mais aussi parfois d’amener nos critiques. Nous avons pris position par rapport au mouvement des gilets jaunes à plusieurs reprises sur ce blog.

L’appel final de l’AG des AG de Saint-Nazaire que nous relayons ci-dessous, est intéressant à plus d’un titre : Les GJ se structurent, s’organisent et se donnent des objectifs à courts et longs termes ; s’engageant sur la durée.

Ils affirment leur opposition au libéralisme, au capitalisme ; ils unissent le combat économique et sociale au combat pour sauver l’environnement ; ils réaffirment leur indépendance politique.

Ils s’inscrivent dans les luttent politiques d’aujourd’hui, en particulier contre l’UE, contre la répression. C’est pourquoi ils appellent « à une semaine jaune d’action à partir du 1er Mai ».

Enfin ils sont « conscients de combattre un système global… et qu’il faudra sortir du capitalisme » pour satisfaire toutes les revendications. Nous serons de ces combats.



Réunie du 5 au 7 avril à Saint-Nazaire, l’Assemblée des assemblées des Gilets jaunes a adopté dimanche 7 un appel final. En voici le texte.

« Nous Gilets jaunes, constitués en assemblées locales, réunis à Saint-Nazaire, les 5, 6 et 7 avril 2019, nous adressons au peuple dans son ensemble. À la suite de la première assemblée de Commercy, environ 200 délégations présentes poursuivent leur combat contre l’extrémisme libéral, pour la liberté, l’égalité et la fraternité.

Malgré l’escalade répressive du gouvernement, l’accumulation de lois qui aggravent pour tous les conditions de vie, qui détruisent les droits et libertés, la mobilisation s’enracine pour changer le système incarné par Macron. Pour seule réponse au mouvement incarné par les Gilets jaunes et autres mouvements de lutte, le gouvernement panique et oppose une dérive autoritaire. Depuis cinq mois partout en France, sur les ronds-points, les parkings, les places, les péages, dans les manifestations et au sein de nos assemblées, nous continuons à débattre et à nous battre, contre toutes les formes d’inégalité et d’injustice et pour la solidarité et la dignité.

Nous revendiquons l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux, ainsi que des services publics pour tous et toutes. Nos solidarités en lutte vont tout particulièrement aux neuf millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Conscients de l’urgence environnementale, nous affirmons, fin du monde, fin du mois, même logique, même combat.

Face à la mascarade des grands débats, face à un gouvernement non représentatif au service d’une minorité privilégiée, nous mettons en place les nouvelles formes d’une démocratie directe.

Concrètement, nous reconnaissons que l’assemblée des assemblées peut recevoir des propositions des assemblées locales, et émettre des orientations comme l’a fait la première assemblée des assemblées de Commercy. Ces orientations sont ensuite systématiquement soumises aux groupes locaux. L’Assemblée des assemblées réaffirme son indépendance vis-à-vis des partis politiques, des organisations syndicales et ne reconnaît aucun leader autoproclamé.

Pendant trois jours, en assemblée plénière et par groupes thématiques, nous avons tous débattu et élaboré des propositions pour nos revendications, actions, moyens de communication et de coordination. Nous nous inscrivons dans la durée et décidons d’organiser une prochaine Assemblée des assemblées en juin.

Afin de renforcer le rapport de forces, de mettre les citoyens en ordre de bataille contre ce système, l’Assemblée des assemblées appelle à des actions dont le calendrier sera prochainement diffusé par le biais d’une plateforme numérique.

L’Assemblée des assemblées appelle à élargir et renforcer les assemblées citoyennes souveraines et de nouvelles. Nous appelons l’ensemble des Gilets jaunes à diffuser cet appel et les conclusions des travaux de notre assemblée. Les résultats des travaux réalisés en plénière vont alimenter les actions et les réflexions des assemblées.

Nous lançons plusieurs appels, sur les européennes, les assemblées citoyennes populaires locales, contre la répression et pour l’annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement. Il nous semble nécessaire de prendre un temps de trois semaines pour mobiliser l’ensemble des Gilets jaunes et convaincre celles et ceux qui ne le sont pas encore. Nous appelons à une semaine jaune d’action à partir du 1er mai.

Nous invitons toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires, un nouveau mouvement social, écologique, populaire. La multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l’unité d’action.

Nous appelons à tous les échelons du territoire à combattre collectivement pour obtenir la satisfaction de nos revendications sociales, fiscales, écologiques et démocratiques. Conscients que nos avons à combattre un système global, nous considérons qu’il faudra sortir du capitalisme. Ainsi nous construirons collectivement le fameux « tous ensemble » que nous scandons et qui rend tout possible. Nous construisons tous ensemble à tous les niveaux du territoire. Ne nous regardez pas, rejoignez-nous. Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. »

ICOR : Appel à regrouper les forces pour un front uni anti-impérialiste

Nous reproduisons l’appel de l’ICOR, dont nous sommes signataires, appelant à la construction d’un large front uni anti-impérialiste. Étant une organisation présente dans un Etat impérialiste, et, qui plus est, dans une de ses citadelles, nous sommes voués à cibler en priorité les actions criminelles de notre propre impérialisme. L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste sont unanimes à exprimer leur désir de réunir, dans un groupe de travail dédié, toutes les organisations qui luttent contre la domination exercée par l’impérialisme français, que cela soit sur des régions du globe possédant leur indépendance formelle, comme sur les colonies toujours possédées. Nous appelons ainsi les organisations luttant contre cette domination à se mettre en rapport avec nous.


Les membres de l’ICOR appellent à construire un front uni anti-impérialiste.
Unissons-nous au-delà des frontières !
Construisons un front uni anti-impérialiste mondial !


1. Au niveau mondial, l’impérialisme montre son visage réactionnaire. La guerre couve. L’exploitation de l’humanité et de la nature s’intensifie de façon brutale. Le chômage de masse et la misère sont endémiques. L’oppression et la violence contre les femmes sont quotidiennes. Chaque jour, la nature, qui est la base qui permet la vie de l’humanité, est davantage menacée. Ces facteurs provoquent de grands déplacements de populations, qui fuient la guerre et la misère. Les gouvernements, de la droite jusqu’aux fascistes, se renforcent et renforcent leur emprise parmi les masses. L’avenir promis à la jeunesse apparaît comme bien sombre. Voici les conséquences de l’action des impérialistes.


2. Dans leurs actions, nos ennemis bénéficient d’un très haut degré d’organisation. Qu’en est-il de nous ? Les forces révolutionnaires et anti-impérialistes demeurent très fragmentées et se livrent des conflits pour des questions secondaires. Changer cela est une urgence, pour que le monde ne soit pas englouti dans la barbarie capitaliste. Cependant, il existe des débuts remplis d’espoir, en termes d’alliance, de regroupements, mais aussi de la reconnaissance croissante du besoin de coopération.


3. La productivité du travail des ouvriers et des paysans a explosé pendant les dernières décennies. Les ressources humaines et naturelles seraient en mesure de donner à toute l’humanité du travail, de la nourriture, de l’éducation et de l’espace pour la culture et l’épanouissement social. Mais cela ne peut émerger que dans une société où l’Homme et la nature sont mis au centre, et non, comme aujourd’hui, considérés comme des sources d’un profit maximal, soumis au pouvoir impérialiste et à la concurrence. 


4. Parmi les masses, la conscience du caractère injuste des conditions sociales et de l’exploitation s’est accrue de manière nette. La volonté d’un changement général de société s’affirme, tout comme celle de rechercher une alternative sociétale. Pour le moment, il manque encore, parmi les larges masses populaires, la diffusion des conceptions qui expliquent les causes impérialistes du désastre. Il en résulte un manque de confiance et d’assurance dans la possibilité de bâtir une société en harmonie entre l’humanité et la nature, démocratique et libre, ainsi que des perspectives socialistes pour l’avenir.


5. Dans beaucoup de pays, des partis, organisations et mouvements révolutionnaires, anti-impérialistes ont surgis et se sont renforcés pendant les dernières années. Le désir de coopérer augmente, au-delà des divergences qui existent encore. Le même désir alimente la volonté de résoudre pas à pas ces contradictions politiques et idéologiques.


6. Prenons l’initiative pour construire un front uni anti-impérialiste.
– qui se dirige contre tous les impérialismes et lutte en priorité contre l’impérialisme US en tant que fauteur de guerre principal, superpuissance et ennemi de tous les peuples !
– qui fait progresser le processus de clarification sur l’impérialisme au niveau mondial, afin de renforcer la confiance en nos forces, le degré d’organisation et l’assurance dans le traitement des tâches au niveau national et international ;
– qui organise et coordonne des mesures efficaces de la lutte commune ;
– qui construit les fondements permettant de devenir une force supérieure à l’impérialisme.


7. Discutons partout la nécessité de ce regroupement et de la nécessité d’y investir des forces.


8. Recueillons des signataires pour cet appel jusqu’au 1er mai 2019 !


9. Proposons des représentants dignes de confiance, qui prennent en main la coordination d’une première conférence !


10. Célébrons une première journée de lutte anti-impérialiste au niveau mondial, convenue d’un commun accord, en 2020 !

Tout groupe et toute organisation intéressés par cette initiative peut se mettre en rapport direct avec nous ou avec l’ICOR. Construisons ensemble le front anti-impérialiste mondial !

https://www.icor.info/fr

Projet de réforme : “L’école de la confiance” : Attention – les casseurs sont à l’œuvre !

La loi Blanquer, ministre de l’éducation nationale, a été adoptée en première lecture par l’Assemblée Nationale le 19 février dernier. Elle vient renforcer l’arsenal libéral destiné à dissoudre ce qu’il reste de dignité à l’École publique. « École de la confiance » nous dit-on, labellisée Macron, loi de casse méthodique qui voudrait que l’école finisse de se plier aux lois du marché et de la concurrence, avec l’économie budgétaire comme seul et unique paradigme / absolu. Un camarade analyse quelques aspects de cette loi qui déclenche un mouvement de grève et de protestations en extension.

Ces objectifs d’économie (d’échelle) sont à peine dissimulés par un habillage pédagogique grotesque, accompagné de la petite rengaine habituelle sur la prétendue volonté de réduire les inégalités. La loi compile en effet toute une somme de mesures autoritaires, dont le seul but est de mettre au pas le corps enseignant et de désintégrer la dimension collective / publique de l’action éducative.

Assommés de réforme, les enseignants n’étaient évidemment pas demandeurs d’une nouvelle loi. Leurs attentes se situent davantage sur une revalorisation salariale pour TOUS, et des moyens supplémentaires (notamment humains) pour améliorer leurs conditions de travail et infléchir/contrer le diktat des programmes utilitaristes du ministère. A l’heure de la promotion tous azimuts (des résultats – de la synthèse) de la farce démocratique du Grand Débat, cette loi Blanquer vient rappeler l’essence, le socle matriciel de l’idéologie libérale-macronienne : autoritarisme, dérégulation, concurrence entre individus / établissements, saccage du service public. Cet article se limitera à quelques-uns des multiples aspects mortifères de cette loi.

L’enseignant « exemplaire et irréprochable »

L’article 1 annonce la couleur – et provoque la colère : il pourra être invoqué sous couvert « d’exemplarité et d’irréprochabilité » lorsqu’un collègue critiquera l’institution, une réforme ou la politique générale. Déjà, des formes de pression sont constatées. Une collègue ayant tenu un rouleau de scotch pour que des parents fixent une banderole contre une fermeture de classe s’est vue rappeler à l’ordre. Nul doute que les situations litigieuses vont se multiplier. Mais l’application de cette mesure dépend également du rapport de forces qu’il nous appartient de construire.

Savoirs fondamentaux = Savoirs minimum ?

L’article 6 illustre de manière éclairante la « méthode Blanquer ». Est introduite la possibilité de créer des « établissements publics des savoirs fondamentaux », structures regroupant administrativement dans un même établissement collège et école situés dans la même zone. La direction de ces Établissements Publics serait confiée au chef d’établissement du collège exerçant à la fois les compétences du premier et du second degré. A ses côtés exercera un adjoint en charge des classes du primaire, supposément issu du premier degré et dont les modalités de recrutement seront fixées par décret. L’objectif ici est de liquider la direction d’école sous sa forme actuelle en introduisant un nouveau statut hiérarchique et en dépossédant les directeurs actuels de leurs missions qui met fin à leurs fonctions (actuellement, les directeurs/trices d’écoles NE SONT PAS les supérieurs hiérarchiques de leurs collègues).

Cette fusion des écoles maternelles, élémentaires et des collèges aurait pour conséquence la fermeture MASSIVE de classe (voire d’écoles, en zone rurale particulièrement). Les effectifs par classe augmenteraient significativement, oscillant entre 30 et 35 élèves. La gestion budgétaire des écoles maternelles et élémentaires passerait de la ville au département. La Seine-Saint-Denis étant déjà en grande difficulté financière, on peut aisément imaginer ce que cela occasionnerait. Par ailleurs, il est intéressant de noter que la suppression de la carte scolaire amène la fin des écoles de « secteur ». Concrètement, s’il n’y a plus de place pour accueillir votre enfant dans l’école près de chez vous, il n’y aura évidemment pas d’ouverture de classe, l’enfant sera envoyé dans une autre école, là où des inscriptions demeurent encore possibles.

Avec un personnel formé à minima ?

Cette loi entraîne une gestion identique à celle d’une entreprise, ne pensant qu’aux chiffres et aux économies, sans jamais penser à l’intérêt suprême des enfants. Le recours aux contractuels sans exigence de diplôme et sans formation va devenir monnaie courante, à plus forte raison en Seine-Saint-Denis où déjà 600 contractuels opèrent dans tout le département. Dans le secondaire, des étudiants, pendant qu’ils préparent leur concours, se verront confier des tâches allant jusqu’à l’enseignement. Ils se verront remplacer les enseignants sans être formés au métier et en étant naturellement sous-payés. L’inclusion des enfants handicapés se fera sans aucune garantie autour des moyens pour les accueillir dans de bonnes conditions. L’instruction obligatoire à 3 ans (alors que près de 98% des enfants sont déjà scolarisés à cet âge…) amènent les collectivités à participer aux dépenses de maternelles privées. (Autant d’argent pris sur le public qui assure mixité scolaire et sociale).

La lutte s’organise !

Les fonctionnaires de l’Éducation Nationale ne sauraient être réduits à de simples exécutants de lubies libérales. C’est pourquoi ils s’organisent ! La journée de grève du mardi 19 mars 2019 a été très fortement suivie par les collègues de Seine-Saint-Denis. Avec plus de 60 % de grévistes et près de 200 écoles fermées, les enseignants du 93 ont manifesté fortement le rejet de la loi Blanquer. Assemblées Générales, nouveaux rassemblements, manifestations et grèves sont prévus. Nouvelle manifestation le 30 mars 2019, puis semaine de mobilisations autour d’une journée de grève le jeudi 4 avril 2019. Les parents commencent à adhérer à la logique de lutte et c’est éminemment encourageant.

Évaluation par compétences et sélection = éducation?

Il est intéressant de noter qu’en ces périodes qu’on pourrait qualifier de « chômage massif », les politiques d’éducation se recentrent essentiellement sur l’apologie de l’évaluation par compétences, et sélection. Ce qui illustre une des fonctions historiques de l’École sous le capitalisme, à savoir l’établissement de programmes comme investissement PRODUCTIF pour les besoins de MAIN d’OEUVRE et/ou « d’EMPLOYABILITE ». La casse des statuts et des diplômes et la diminution du nombre de personnels vient renforcer cette logique globale qui sous-tend chaque réforme ( voir notamment les Accords européens de Lisbonne en 2007.)

Depuis Jules Ferry, l’école a TOUJOURS été au service du capital. L’École est un service public d’éducation à qui le pouvoir en place fixe des objectifs comme pour la Poste ou EDF. Avec la construction de l’Union Européenne et la mondialisation des économies, cette école ne correspond plus aux ambitions du capitalisme. On veut nous faire accepter la situation actuelle comme intangible, il n’y aurait pas d’autres choix possibles, pas d’alternative. L’école de Blanquer a cette ambition : enfermer idéologiquement les jeunes dans l’illusion d’une pensée INDIVIDUELLE de leur vie, de leur devenir et du monde. Or il n’y aura pas d’autre école, pas d’autre société sans visions COLLECTIVES.

Pour une autre école !

Une École qui permette à chacun de voir et de comprendre les potentialités que recèle la société humaine, notamment en matière de pédagogie. Les jours qui viennent peuvent être difficiles, mais ils seront exaltants. Ils auront une perspective si les élèves des écoles, des collèges, des lycées, des ateliers, si les parents et les professeurs se donnent la main pour refuser la soumission au pouvoir du capital financier. Contre l’asservissement et la diffusion de la misère dans l’École Publique. Pour un épanouissement global et social de l’enfant dans un monde d’entraide et de coopération.

Un lecteur, professeur des écoles

pour aller plus loin, voir l’analyse de nos camarades de l’UCL sur la réforme de la Fonction Publique :
https://unitecommuniste.fr/france/cap-catastrophe-leducation-en-solde-et-la-liquidation-du-corps-professoral/

Voir aussi l’Initiative de collègues mobilisé-es de 25 collèges des Bouches-du-Rhône
réuni-es en Assemblée Générale les 6 et 13 mars 2019 :
Pétition Manifeste pour une école publique gratuite démocratique et populaire