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Offensive du Hamas : une victoire à la Pyrrhus

En guise d’introduction à l’article de J. Lancier

L’UPML n’est pas pacifiste et nous sommes résolument pour la résistance palestinienne contre Israël colonialiste, fasciste et qui pratique l’apartheid. Toutes les luttes de libération nationale et sociale du passé jusqu’à aujourd’hui prouvent la nécessité du combat armé. Nous rejetons néanmoins la tactique, la politique et l’idéologie du Hamas et son attaque du 7 octobre.

On réplique souvent que le Hamas serait mis en avant par la bourgeoisie et servirait de prétexte pour la guerre génocidaire d’Israël à Gaza et en Cisjordanie. On nous dit que plusieurs organisations ou même toutes les organisations palestiniennes, ainsi que les organisations démocratiques de gauche, tout comme le Front Populaire de Libération de la Palestine, auraient participé à l’attaque militaire du 7 octobre avec le Hamas comme force dirigeante.

Eh bien, on ne nie pas ce fait, cela n’enlève en rien notre opposition au Hamas. Si les organisations ont agi ensemble, cela s’appelle une “tactique d’union transversale” – faire front contre Israël ennemi avec tous ceux qui s’y opposent. Mais c’est un piège ! Non, l’ennemi de mon ennemi n’est pas nécessairement mon ami.

Dans un cadre moins dramatique, en France, Le Pen est fortement opposé au gouvernement en place. Le Pen n’est pas pour autant l'”alternative à Macron” c’est ce que pensent certains électeurs ayant faible une conscience de classe.

Dans d’autres révolutions nous avons vu les conséquences tragiques de cette tactique erronée du “front transversal”. Un exemple édifiant est la Révolution de 1979 en Iran qui a portée – bien sûr avec le soutien des impérialistes internationaux – les Ayatollahs au pouvoir.  Plus récemment en Egypte en 2011 où les Frères Musulmans ont pu prendre le pouvoir, pour le perdre rapidement. Une barbarie a été remplacée par une autre barbarie.

La tactique de l'”unité transversale” est une erreur fondamentale. Elle n’éduque pas les masses populaires à voir claire sur les conditions et les forces pour leur véritable libération. La condition pour cette libération c’est de pouvoir distinguer nettement les camps ennemis pour forger l’unité des peuples contre le système impérialiste mondial. Dans le cas de la Palestine, l’unité internationale des peuples — tout comme celui du peuple israélien — contre l’impérialisme et le colonialisme est impérative. Il faut voir clairement qui est l’ennemi dans le système impérialiste. Nous avons confiance dans les masses ouvrières et populaires qui vont se libérer de l’oppression nationale et sociale ; et qui au final installeront le socialisme et le communisme dans le monde – mais pas sans le travail d’éducation nécessaires que doivent mener les communistes.

C’est pourquoi, le Front Uni auquel l’UPML a adhéré cette année, déclare dans son appel qu’une tâche essentielle c’est de faire comprendre ce qu’est l’impérialisme. Il faut agir et argumenter CONTRE les idéologies qui prônent la haine religieuse, le racisme ou la haine entre les peuples.  La tactique de l'”union transversale” fait de la lutte pour la libération nationale et sociale une proie facile pour les impérialistes qui financent, qui arment et qui mettent en avant par tous les moyens, les forces et les “leaders” à leurs bottes, compatibles avec la continuation du capitalisme et impérialisme (voir encore une fois l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Qatar etc).

 

Enfin en affirmant cela nous nous plaçons du point de vue de la lutte pour le socialisme dans le monde ; la lutte démocratique et nationale n’est qu’une étape nécessaire pour les pays dominés par l’impérialisme et qui ne se maintiendra qu’en allant vers le socialisme.

 

Offensive du Hamas : une victoire à la Pyrrhus.*

Par Jacques Lancier ** le 10 octobre

Tragédie de jeunes assassinés, innocents, inconscients de danser à 6kms d’une prison affamée de 2,3 millions de personnes ! Il est tentant pour les palestiniens, la « rue » arabe, les amis du peuple palestinien de jubiler ostensiblement ou discrètement en voyant que pour une fois la panique change de bord.

D’autant que l’horreur des assassinats terroristes du Hamas ne peut masquer le déferlement révoltant d’hypocrisie de l’appareil politique et médiatique français, la plupart du temps muet sur les assassinats terroristes israéliens souvent perpétrés par les forces officielles de l’état. Il semble que seuls des israéliens aient le droit de critiquer le pouvoir israélien ! Certaines de leurs déclarations si elles étaient signées LFI ou NPA feraient bondir ces médias, François Hollande et la « gauche de gouvernement », celle qui veut gouverner à tout prix ! Au moins étant israéliens ils ne sont pas traités d’antisémites !

La « victoire » du Hamas, à la fois son caractère terroriste, assassinat à l’aveugle, et son caractère kamikaze mène cependant à l’impasse comme l’histoire du terrorisme en témoigne, y compris celle des organisations palestiniennes.

 Guerre, politique, idéologie

Les 9,3 millions d’israéliens, même si la création de cet état a été artificielle (encore une erreur entre autres de Staline !) est aujourd’hui un fait. Les 15 millions de palestiniens (3,5 en Cisjordanie, 2,3 à Gaza, 1,7 en Israël, plus de 7,5 millions de réfugiés essentiellement dans les pays arabes, dont 2,5 millions en Jordanie, 500 000 au Liban, encore des centaines de mille en Syrie etc.) aussi. A terme il faudra donc que ces gens trouvent un accord pour vivre en paix. Tout conflit militaire se termine sinon par un accord tout au moins par une situation politique. Si le politique l’emporte au final sur le militaire, l’idéologie l’emporte sur le politique. Tant que le peuple palestinien sera représenté par une organisation telle que le Hamas qui partage avec son adversaire, le pouvoir israélien, la même idéologie obscurantiste religieuse (même si ces religions sont concurrentes), le nationalisme et le capitalisme, le conflit n’aura pas de solution et les « victoires » seront illusoires. On sait qu’une « victoire » comme celle-ci engendrera une haine symétrique ou pire : « Nous combattons des animaux et nous les traiterons comme tel. Plus d’électricité, plus de nourriture, plus d’eau, plus de gaz, » a déclaré le ministre israélien de la défense Yoav Gallant lundi 9 octobre lors de l’annonce du « siège complet » de Gaza. Outre que c’est un crime contre l’humanité d’annoncer affamer 2,3 millions de personnes, qu’attendre d’un ministre qui semble aussi avoir pour habitude d’affamer les animaux ? Mais surtout on doit constater que des Frères musulmans à Daech, du FIS algérien à Al-Qaïda, toutes les organisations islamistes ont mené les gens en lutte à l’échec et aux désastres. Lorsque cette idéologie est au pouvoir comme en Iran, Afghanistan ou Arabie Saoudite c’est pire.

Les peuples, y compris le peuple palestinien, devraient au lieu de suivre des stratégies perdantes, s’appuyer plutôt sur l’expérience de ceux qui ont mené leurs peuples à la victoire comme Mao Zedong et Zhu Deh en Chine ou Ho Chi Minh et Giap*** au Vietnam. Leur enseignement principal pour être victorieux, et ils l’ont prouvé, c’est la guerre du peuple.

La guerre du peuple

La guerre du peuple c’est certes être « comme un poisson dans l’eau » et il est possible que le Hamas le soit à Gaza, mais c’est aussi être dans son « bon droit ». Ce que Mao Zedong traduit en terme militaire par « se battre à l’intérieur des lignes ». La lutte est difficile, il faut rallier toutes les forces qui peuvent l’être, obtenir le soutien le plus large en rendant évident pour tous d’être dans « son bon droit », en convainquant, y compris des forces proches de l’adversaire de nous rallier et en divisant le reste.

Être dans son bon droit ne signifie pas uniquement l’être de façon générale comme d’être opprimé depuis 75 ans, d’être comme Gaza, sous blocus depuis 15 ans, d’avoir de ce fait un PIB par habitant de 6700 $ pour la Cisjordanie-Gaza contre 50 000$ pour Israël, d’avoir des millions de réfugiés car expulsés par la Nakba dans des camps depuis des dizaines d’années, d’avoir eu 5600 palestiniens tués entre 2008 et 2020 contre 250 pour Israël, d’avoir eu 200 palestiniens tués depuis le début de cette année avant l’attaque du 7 Octobre, de subir 10 fois plus de victimes que son adversaire (y compris avec le dernier décompte) etc…  Bien sur cette situation est la cause du conflit mais cela ne suffit pas. C’est le lot des opprimés, des peuples comme des classes, d’avoir à justifier d’être dans son bon droit à chaque étape de la lutte. C’est aussi une question d’efficacité pour rallier le maximum de forces.

Bien que la lutte du peuple palestinien soit tout à fait juste, l’offensive du Hamas n’aura pas séparé le peuple israélien de sa direction, elle n’aura pas divisé son adversaire, le pouvoir israélien, qui au contraire aura à cette occasion surmonté ses désaccords. Elle n’aura pas rallié l’appui des peuples à l’international. Elle aura fait subir aux deux peuples des désastres humains considérables. La cause en est l’idéologie même du Hamas, l’obscurantisme religieux, l’oppression des femmes, le refus de la recherche de solidarité avec le peuple israélien que prouve les assassinats à l’aveugle, l’approbation du capitalisme. Cette idéologie que le Hamas partage avec ses ennemis et qui mènent aux drames d’aujourd’hui dessine en creux l’alternative : l’unité des travailleurs, la solidarité entre eux quelques soient les nationalités et les religions, l’internationalisme que porte le mouvement communiste. Cette orientation nouvelle aurait des conséquences sur la façon de mener les actions militaires mais aussi surtout pour dégager des solutions au conflit, pour l’unité des deux peuples, pour le soutien international à la lutte du peuple palestinien.

Et nous ?

Une autre leçon se dégage pour nous en Occident : Suivre l’exemple israélien de citadelle riche assiégée, soi-disant protégée par des murs et des armées invincibles, est un leurre. Notre intérêt est de prendre en compte les intérêts des pays du Sud. Nous ne danserons pas impunément à côté des milliers de noyés qui ont cherché à gagner les cotes de l’Europe. Là aussi la perspective réaliste est clairement : « prolétaires de tous les pays unissez-vous ! », la devise communiste.

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* Une victoire à la Pyrrhus est une victoire obtenue au prix de pertes si lourdes pour le vainqueur qu’elle équivaut quasiment à une défaite. Une telle victoire est contraire à tout sentiment d’accomplissement ou de gloire, et compromet le progrès à long terme du vainqueur.

** J. Lancier se défini comme « Communiste sans parti. Auteur de: “Étrangers, immigrés, bienvenue! vous aussi êtes ici chez vous”, “L’Irruption des prolétaires”, “Gilets Jaunes une lutte ouvrière décapante”, “Réinventer le communisme” »

*** Respectivement les dirigeants politiques et militaires des révolutions chinoises et vietnamiennes.

2 réflexions sur “Offensive du Hamas : une victoire à la Pyrrhus

  • L’ennui de ton propos c’est qu’il ne donne aucun argument démontrant en quoi l’article de J. Lancier est ce que tu en dis “pro-sioniste et pro-israelien”. Nous transmettons à J. Lancier ton affirmation. Par ailleurs, nous avons sur ce site publié plusieurs autres points de vue sur la résistance palestinienne que nous soutenons sans toutefois faire l’impasse sur les forces qui y participent. Nous avons un point de vue critique sur l’orientation stratégique du Hamas (voir nos articles) et nous sommes prêts à en débattre encore faut-il qu’on nous donne des arguments.

  • Hatem Aouini

    C’est vraiment scandaleux et honteux !! Une position reactionnaire pro-Sioniste et pro-Israelienne.

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