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9 février 1934 : résistance antifasciste dans l’Est parisien

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9 février 1934 : résistance antifasciste dans l’Est parisien

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Anti-capitaliste, pour le socialisme révolutionnaire

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Beaucoup de gens présents autour de la gare de l’Est ont assisté, dans ces jours derniers, aux manifestations fascistes. Ils disent tout leur émerveillement devant l’héroïsme des manifestants ouvriers, qui ne ressemblent en rien aux nationalistes qui, sur les boulevards et autour de la Concorde, mettaient le feu aux kiosques et essayaient avec des cris ignobles de se concilier les agents.

À 22h20, deux ambulances remontent lentement par le boulevard Magenta, venant de la République, en direction de l’hôpital Lariboisière.

Canal Saint-Martin

Le long du canal Saint-Martin, à partir de 7 heures et demie du soir, des groupes s’étaient formés et des charges ne sont pas parvenues pendant des heures à les disperser. Les manifestants se sont organisés derrière des barricades, dont une notamment au bout de la rue Albouy et de la rue des Récollets, faite avec les débris de la balustrade du canal. À deux reprises, police-secours vient démolir la barricade. À deux reprises, après le passage de Police-secours, la barricade est reconstituée.

Au bout de la rue Louis-Blanc, sur le quai Valmy une cinquantaine de prolétaires sont cernés par plusieurs camions de flics qui tirent dans le tas. Quelques-uns sautent dans le canal. 30 à 40 ont été assommés ou blessés par des balles.

Les agents démolissent une barricade que les manifestants avaient montée hâtivement avec des matériaux pris à un chantier voisin

Une colonne de manifestants va du Temple à la Bastille

À 8 heures, des forces énormes de police à cheval et à pied ont fait dégager le terre-plein de la place de la République. Les rues Meslay et Notre-Dame-de-Nazareth sont barrées également. Des groupes de manifestants stationnent dans toutes les rues. Des autocars de flics circulent à toute vitesse dans les rues de Bretagne et Turenne et boulevard Beaumarchais.

Au coin des rues de Turenne et de Bretagne, à 8h30, un fort groupe arrive chantant l’Internationale. Un autocar surgit. Des cris sont poussés : « Assassins ! » Les flics descendent, matraquent à droite et à gauche, entrent dans le café à l’angle de ces deux rues, fouillent et font sortir les consommateurs. Quelques arrestations sont opérées à cet endroit.

À 9 heures, une colonne débouche venant de la direction de la République par la rue de Turenne. À l’angle des rues Vieille-du-Temple et de Bretagne, tenant toute la rue, se tenant par le bras, ils sont plusieurs centaines, des jeunes en tête, s’avançant résolument. L’Internationale alterne avec « Chiappe en prison ! » « Les Soviets partout ! »

Des groupes massés sur le trottoir les rejoignent. Un peu plus loin, les manifestants s’arrêtent, tiennent un meeting dans la rue. Un camarade alerte la foule contre le fascisme. Puis une colonne, grossie encore cent fois. Elle suit toute la rue de Turenne en criant les mots d’ordre et chantant l’Internationale. Et plus forte encore, la manifestation arrive à la Bastille, vers 9h20, toujours lançant cris et chants révolutionnaires.

Plusieurs cars de flics les chargent sur le trottoir, des camarades sont blessés. Vers 9h30, sur la place de la Bastille, d’autres groupes se reforment. Il y a de nouvelles charges. On entend le cri renouvelé : « Assassins ! ».

Rue Vieille-du-Temple

Entre 21 et 23 heures, les manifestations par petits groupes et des bagarres ont eu lieu un peu partout. Rue Vieille-du-Temple, rue Meslay, rue Volta, etc. Vers 22 heures, rue Saint-Antoine, une colonne de manifestants montait vers la Bastille. Elle a été dispersée par des autocars de police dont les flics ont tiré des coups de feu.

La place de la Bastille est sillonnée de camions de gardes mobiles et de flics. Rue Vieille-du-Temple, coin de la rue Belleymes, par trois fois, des autos de police ont chargé et les flics ont matraqué tous les passants sans distinction. Les manifestants se reformaient en groupes après chaque charge. Rue Dupetit-Thouars, les gardes à cheval et en autocar ont chargé des manifestants qui se sont défendus à coups de bouteilles.

Les manifestants de la Fédération autonome matraqués

La fédération autonome [7] avait convoqué hier soir, à 18h30, rue de Dunkerque, tous ses éléments de Seine et de Seine-et-Oise. Ils étaient environ 600. Une réunion rapide a été tenue, présidée par Piquemal et Métayer, au cours de laquelle Cazaubon, secrétaire fédéral ; Guilbeaux, secrétaire des douanes actives et Boursicot, secrétaire des indépendants, ont fait un exposé de la situation et invité leurs camarades à participer à la manifestation de la place de la République, et lundi, à faire la grève générale, ce qui est voté à l’unanimité.

̃Immédiatement, le cortège s’est constitué, qui s’est dirigé vers la place de la République par le boulevard Magenta, aux cris de : « À bas le fascisme ! À bas la guerre ! » Au cours du parcours, le cortège s’est grossi de nombreux manifestants et ils étaient environ 2 500 à 3 000 en arrivant aux abords de la place de la République. Ils ont été sauvagement chargés par la garde républicaine et les flics, et un certain nombre d’entre eux ont été blessés.

De Belleville… de Charonne…

Les manifestants descendent en grand nombre des 20e, 11e et 19e arrondissements. Ils se dirigent vers la place de la République. Ils sont refoulés à Parmentier. Il y a eu une grosse charge. Dans le métro des manifestants sont matraqués par les flics. On a tiré. La rumeur circule qu’il y aurait deux tués.

Les manifestants se reforment dans la rue Oberkampf. Ils sont très nombreux. Ils manifestent de nouveau, en lançant les mots d’ordre, dans les rues avoisinantes. Une nouvelle charge les disperse à nouveau. Ils se retrouvent vers Couronnes au nombre de 500 à 600. Là aussi des coups de feu sont tirés par la police sur les manifestants.

D’autres manifestants parcourent les rues avoisinantes, en particulier rue de Ménilmontant, aux cris de : « Chiappe en prison ! », « Les Soviets partout ! » Il y a encore beaucoup de monde dans les rues. On apporte un blessé à la Bellevilloise. À 22h15, on charge dans les rues de Belleville et on tire sur le boulevard.

Boulevard Voltaire

À 20 heures, une trentaine de manifestants se rassemblent à l’angle de la rue Voltaire et place de la Nation aux cris : « En prison, Chiappe ! » En cinq minutes, 500 manifestants sont rassemblés et partent lentement en cortège en direction République. À la tête du cortège : Monjauvis, député de Paris ; Rigaud, maire de Vitry. La manifestation grossit de plus en plus et, en chantant l’Internationale et criant « les Soviets ! », « Chiappe en prison ! », « unité d’action ! », atteint la rue des Boulets.

Un autocar de flics bat en retraite. C’est seulement après une manœuvre, en attaquant la manifestation par derrière, avec brutalité, que les policiers réussissent à disperser les manifestants, qui partent par petits groupes vers la place de La République.

Plus tard, le poste central de la mairie du XIe, place Voltaire, est encerclé par les manifestants et il n’est dégagé que par de nombreux renforts de police. À signaler la sympathie des ménagères qui ouvrent les maisons pour abriter les manifestants poursuivis.

Beaux exemples de combativité boulevard Voltaire

Vers 20h30, aux métros Temple et Voltaire, les flics chargèrent les rassemblements qui s’étaient formés. Ils les poursuivirent jusque dans le métro. Une femme fut jetée du haut en bas des escaliers au métro Voltaire. Mais se regroupant, les manifestants partirent à 500 par les rues ouvrières du XIe vers Belleville et redescendirent sur le Père-Lachaise aux cris de « Policiers assassins ! Vivent les soviets ! » et au chant de l’Internationale.

La flicaille a tiré dans le tas à coups de revolver

Rue Saint-Ambroise, la police étant arrivée et ayant chargé, nos camarades avec un cran magnifique se sont défendus à coups de pierre. Alors, la flicaille a tiré dans le tas à coups de revolver. Un ouvrier est tombé. Aussitôt ses compagnons ont contre-attaqué et plusieurs agents ont été renversés à terre.

Le cortège s’est reformé et, boulevard Voltaire, de petites barricades ont été élevées. Pour tenir contre les charges policières, les camarades ont renversé des bennes. La résistance des camarades a été très énergique et très courageuse contre les charges sauvages des flics. Pour se défendre contre ces charges, les travailleurs ont renversé sur le pavé les bennes, les planches, les outils, les matériaux de construction.

Pendant que les camarades se battaient, les flics passaient dans tous les quartiers, faisant fermer portes et fenêtres et faisant rentrer tous les habitants dans leurs maisons. Cela prouve la combativité des gars. On signale qu’il y de nombreux blessés dans les hôpitaux.

Faubourg du Temple

II est à peine 19 heures quand partent de la rue du faubourg-du-Temple des escadrons de gardes mobiles qui manœuvrent pour barrer l’accès de la place de la République qu’il est impossible d’aborder. Mais déjà des groupes importants de travailleurs sont massés. Des huées s’élèvent à l’adresse des gardes mobiles. Un peloton de flics à pied charge, la matraque haute. Trois ouvriers tombent. Le groupe se disperse, mais se reforme aussitôt. Des barrages de flics sont établis. Mais tout à coup, un car bondé de gardes mobiles débouche à toute vitesse, fonçant sur la foule qui se disperse.

Une manifestation se forme. 400 ouvriers remontent la rue du faubourg du Temple et crient : « Les Soviets ! Chiappe en prison ! » Un second car arrive. Un coup de frein. 30 gardes mobiles sont descendus, frappant à coups de matraque. Il y a de nouveaux blessés dont une femme. Et pendant plus d’une heure, les cars déblaient la rue du faubourg-du-TempIe et la rue de Belleville.

Des barricades s’élèvent.

Mais vers 21h30, la résistance des ouvriers s’affirme. L’effervescence est grande. Dans tous les coins, des groupes se forment les chants révolutionnaires fusent de toute part. Un car de police est lapidé à coups de pavés.

À l’angle de l’avenue Parmentier et du faubourg-du-Temple, une première barricade est édifiée avec des barreaux de fer. Pendant vingt minutes les cars de police sont arrêtés ; mais une charge d’agents à pied déblaie la place. À l’angle de la rue Saint-Maur, une seconde barricade est élevée. Plus de 300 ouvriers résistent à la police à coups de pierres.

Les fusillades

Un car de police arrive. Les gardes mobiles ne descendent pas, mais debout, le revolver au poing, ils tirent à bout portant. Plus de 30 coups de feu éclatent. Quatre ouvriers s’affaissent dont l’un a une balle dans la tête, un autre est blessé au bras. Les blessés sont emmenés par les manifestants.

Dès lors, Belleville est en véritable état de siège. Toutes les rues sont sillonnées par les cars de police. Des charges brutales se déroulent. Les passants sont assommés.

Rue de l’Orillon, un groupe de manifestants se reforme cependant, aux cris : « Les soviets ! Chiappe en prison ! » Une centaine d’agents vont les matraquer, cependant que les cars viennent à la rescousse.

Dans les rues avoisinant la rue de Belleville et le faubourg-du-Ternple, des groupes se reforment. La flicaille charge sans cesse, mais les chants révolutionnaires ne cessent de monter. L’indignation est générale dans tout le quartier. Au métro Couronnes, un fort groupe de jeunes ouvriers manifeste. Nouvelle charge. Au métro Parmentier, les agents matraquent violemment ; un ouvrier de 60 ans tombe, le crâne fendu.

Boulevard Jules Ferry

Un cortège de plusieurs centaines de manifestants se forme boulevard Jules-Ferry. Les mots d’ordre révolutionnaires se répercutent longuement. La police charge et disperse ; mais les ouvriers se reforment aussitôt. Une barricade est élevée, à coups de pierre, à coups de planches. Elle est défendue vaillamment, mais un car de police fonce et déblaie la place. Cependant les manifestants ne s’éloignent pas.

Aussitôt une seconde barricade est élevée. À nouveau, c’est la bagarre, et les cars foncent encore. La barricade est enlevée, mais la manifestation continue au chant de l’Internationale. Dans tout le quartier, malgré la police et les cars qui sillonnent en tous sens, des manifestations se déroulent et des milliers d’ouvriers sont dans les rues.

À Ménilmontant

Dans le quartier de Ménilmontant, l’effervescence est aussi grande qu’à Belleville. Des milliers d’ouvriers sont disséminés par petits groupes. Partout les cars de police sont conspués. Les gardes mobiles et les agents matraquent à tort et à travers. Une ouvrière est gravement atteinte à la tête. À 11 heures, les cars sillonnent toutes les rues, mais des manifestations se déroulent dans tout le quartier.

Rue Ménilmontant, un cortège de 300 ouvriers manifeste longuement, puis se disperse. Les ambulances passent à plusieurs reprises, emportant des blessés. À 23 heures, le chant de l’Internationale retentit encore dans le quartier.

1 500 manifestants avenue Parmentier

À 20 heures, une colonne de 1 500 manifestants remonte l’avenue Parmentier au chant de l’Internationale et aux cris de « Chiappe en prison ! Les soviets ! » Les flics chargent, repoussés par nos camarades. Un car bondé arrive, mais les flics ne peuvent en descendre, bloqués par les manifestants. Deux coups de feu partent de la voiture. Un camarade tombe, ramassé immédiatement. Le cortège se reforme et poursuit sa marche en avant.

Aux Filles du Calvaire

Des barrages, dès avant 20 heures, empêchent la foule d’arriver à la République. Mais, boulevard Voltaire, boulevard des Filles-du-Calvaire, partout, des groupes se dirigent vers la place de la République. Les commerçants ont tous fermé leur boutique. Les grilles des arbres sont enlevées. Des cris retentissent : « Les Soviets partout ! » L’Internationale monte puissante dans ces différentes artères. Des groupes discutent avec force. Les flics qui sillonnent en cars le quartier chargent les travailleurs, et, matraque à la main, se ruent sur les ouvriers. Les passants ne trouvent pas pitié devant les brutes déchaînées. Des hommes tombent. D’autres passent la tête en sang. Un homme matraqué est porté vers une ambulance

Un manifestant tombe devant le métro Filles-du-Calvaire. Une fois à terre, des flics s’acharnent sur lui à coups de pied. Chassés des rues adjacentes, les travailleurs se reforment en groupes et reviennent sur le boulevard, courageusement. Ils font face aux charges de police. Des camarades prennent la parole, très applaudis.

Cependant, vers 21h30, une colonne se forme devant le Cirque d’Hiver au chant de l’Internationale et aux cris de « Les Soviets partout ! » et descend vers la République. On entend encore les cris de « Chiappe en prison ! » Les flics et les gardes sont hués. Une charge de policiers arrive, appuyée par la garde à cheval. Les travailleurs résistent. L’Internationale gronde. Les flics retournent à leurs cars et chargent avec leurs voitures.

Partout, dans tout le quartier, des groupes pourchassés se reforment, discutent, commentent sévèrement le nouveau ministère et clament leur haine du fascisme. Des coups de feu sont tirés boulevard Voltaire, rue Oberkampf et à la Bastille. Il y a des blessés.

Boulevard Voltaire, au cours d’une charge, les travailleurs se sont défendus. On voit encore des brouettes renversées, des planches, des pierres derrière lesquelles ils se sont abrités pour résister à la charge. Un car de flics a dû rebrousser chemin, et les travailleurs furent chargés par la garde à cheval.

Au métro des Filles-du-Calvaire, au cours d’une charge, le chef de gare veut fermer la station pour empêcher les déprédations des policiers, qui brutalisent les voyageurs. Les flics menacent de le matraquer !

Barricades rue Saint-Maur

Un camarade, Grégoux, domicilié 18, rue Beccaria, dans le 12e, a été blessé d’une balle de revolver au cou, du côté droit, à l’angle de la rue Saint-Maur, vers 9 heures. À cet endroit, un groupe de 600 manifestants avait élevé quatre barricades pour se protéger contre les agents qui les chargèrent à six reprises différentes. La porte de l’église Saint-Joseph, rue Saint-Maur, est enfoncée.

Et aussi rue Sainte-Ambroise

Rue Saint-Ambroise, 3 à 400 manifestants dressent une barricade. Un flic est grièvement blessé. Un camarade de Villejuif est, de son côté, frappé brutalement à coups de matraques. Les manifestants se dirigent vers la place Voltaire.

Vers 8 heures, à la station de métro Oberkampf, une charge d’agents est descendue dans le métro et a jeté un ouvrier sur les rails du métro, où il a été électrocuté. Un voyageur qui rentrait chez lui, rue Saint-Maur, a été matraqué comme il sortait du métro.

En colonne volante, 500 travailleurs parcourent le 11e et bataillent dur

Vers 20h30, aux métros Temple et Voltaire, les flics chargèrent les rassemblements qui s’étaient formés. Ils poursuivirent quelques ouvriers jusque dans le métro. Une femme fut jetée du haut en bas des escaliers au métro Voltaire. Mais se regroupant, les manifestants partirent à 500 par les rues ouvrières du 11e vers Belleville et redescendirent sur le Père-Lachaise, aux cris de « Policiers assassins ! Vivent les Soviets ! » et au chant de l’Internationale.

Rue Saint-Ambroise, la police étant arrivée et ayant chargé, nos camarades, avec un cran magnifique, se sont défendus à coups de pierres. Alors la flicaille a tiré dans le tas à coups de revolver. Un ouvrier est tombé. Aussitôt ses compagnons ont contre-attaqué et plusieurs agents ont été renversés à terre. Le cortège s’est reformé et, boulevard Voltaire, de petites barricades ont été élevées. Pour tenir contre les charges policières, les camarades ont renversé des bennes, planches, outils, matériaux de construction et se sont retranchés.

Pendant que les camarades se battaient, les flics passaient dans tout le quartier, faisant fermer portes et fenêtres et faisant rentrer tous les habitants dans leurs maisons.

Les grands boulevards en état de siège

Dès 17h30, obéissant à une consigne donnée par la préfecture, les petits commerçants et les grands magasins de toutes les artères menant à la place de la République commençaient à rentrer leurs étalages, leurs terrasses, et certains même à baisser leurs rideaux de fer. Dans un large périmètre, les grilles d’arbres, les pavés, etc. ont été ramassés au cours de la journée par des camions de la Ville ou d’entreprises privées.

À 18 heures, on achevait d’enlever les pavés boulevard Magenta et boulevard Sébastopol, à proximité de la gare de l’Est. À 19 heures, tout le quartier compris entre la place de la République et les boulevards prenait son aspect des jours de grande manifestation prolétarienne, tandis que sur la place de la République, où étaient déjà massées des forces de police, des gardes mobiles, mousqueton à l’épaule, ont commencé à faire circuler les travailleurs, de plus en plus nombreux qui s’amassaient.

Des précautions aussi grandes étaient prises à tous les points importants en direction des grands boulevards. C’est ainsi qu’au carrefour du boulevard Sébastopol et du boulevard Saint-Denis étaient massés 200 gardes mobiles, une centaine d’agents et un grand nombre de gardes municipaux à cheval. Des colonnes de 200 à 300 agents circulant sans arrêt sur le boulevard Saint-Denis s’efforçaient de faire circuler la foule, mais sans y parvenir.

Un vaste campement de police

Toutefois, vers 20 heures, à force de filtrage et de refoulements successifs, la police arrive à dégager complètement le boulevard Saint-Martin entre la Porte-Saint-Martin et la République. À ce moment, toute cette partie du boulevard est complètement déserte et est transformée en une sorte de vaste campement où stationnent des forces de police formidables, à côté desquelles les troupes mobilisées les jours de manifestation fasciste apparaissent comme une plaisanterie dérisoire.

Sur les boulevards, jusqu’à la rue Montmartre, des flics de chaque côté. D’autres patrouillent. À partir du carrefour de la Porte-Saint-Martin, impossible de passer. Défense de circuler au milieu des boulevards, même en voiture. Au carrefour Turbigo, à partir du métro jusqu’à la place, flics et gardes mobiles à cheval. Devant l’Ambigu [8], stationnent par centaines des gardes mobiles et par dizaines des gardes républicains à cheval. Au carrefour Sébastopol-Strasbourg, on voit défiler des camions de l’armée. Tout rassemblement est systématiquement dispersé.

Si l’on remonte vers la place de la République, on constate que celle-ci est littéralement investie par les forces répressives. Toutes les avenues sont gardées par les formations à cheval. De tous côtés, on voit de petits groupes de travailleurs qui semblent attendre.

Après 22 heures, la police envahit systématiquement les cafés boulevard Sébastopol et dans les rues avoisinantes. Revolver au poing, les agents arrêtent les passants isolés, leur font lever les mains et les fouillent brutalement. Ces opérations se poursuivent jusqu’à un kilomètre de la République.

Pour rejoindre la Bastille en partant du boulevard Sébastopol, il faut faire un long détour si l’on veut circonscrire le champ des manifestations et aussi des actions policières. Les manifestants sont divisés en petits groupes et continuent à lancer des mots d’ordre dans les différentes rues.

Les mensonges des assassins de la préfecture

Bonnefoy-Sibour communique  : « Vers minuit, l’ordre paraissait entièrement rétabli. Au cours des échauffourées de la soirée, 12 gardiens de la paix ont été grièvement blessés par des balles de revolver. 4 d’entre eux ont été transportés à leur maison de santé, les autres à Lariboisière. D’autre part, 25 gardiens ont été blessés par des projectiles divers. Du côté des manifestants, on ignore le nombre des blessés. Plus de 800 arrestations ont été opérées. Les manifestants seront interrogés cette nuit. Ceux qui portaient des armes ou qui commirent des dépradations [9] seront envoyés au Dépôt. »

Ce communiqué cache systématiquement l’importance de la démonstration qui s’est étendue sur tout l’Est de Paris. Il cache les assassinats multiples commis par les agents du gouvernement d’Union nationale et se borne à mentionner une partie des blessés du côté de la police.

D’autre part, il a l’audace de prétendre que les ouvriers ont commis des « déprédations » alors que pas une vitrine n’a été pillée. À l’inverse des nationalistes et de leur tourbe, les ouvriers ne sont pas des pillards.

La répression de la manifestation fait quatre morts parmi les manifestants : Vincent Perez, Maurice Bureau, Ernest Scharbach et Louis Lauchin. Leurs obsèques, organisées le 17 février, réunissent des milliers de manifestant·es.

Photos tirées de la une du journal Paris-Soir, édition du 11 février 1934.

Notes

[1] Suite à la scission de la CGT en 1921, deux confédérations syndicales coexistent : la CGTU, proche du parti communiste, et la CGT, proche de la SFIO.

[2Édition du 10 février 1934.

[3] Proche de l’extrême-droite, Jean Chiappe est préfet de police de Paris du 14 avril 1927 au 3 février 1934. Sa révocation est une condition posée par les socialistes à leur soutien au nouveau gouvernement Daladier. C’est pour protester contre la révocation de Chiappe que les ligues d’extrême-droite manifestent le 6 février. Bonnefoy-Sibour est son successeur au poste de préfet de police.

[4] Jeunesses communistes.

[5] Actuelle station Jacques Bonsergent.

[6] Comme le note Gilles Vergnon à propos des affrontements du 6 février 1934, où la presse d’extrême-droite évoque également l’utilisation de mitrailleuses contre la foule, on peut douter de la réalité de telles affirmations, puisque les unités de maintien de l’ordre engagées ne disposent pas de telles armes. Mais « il est révélateur de la violence des affrontements que des hommes, parfois anciens « poilus », accoutumés au son spécifique des différentes armes, aient pu croire de bonne foi qu’ils étaient sous le feu des mitrailleuses ». Gilles Vergnon, « Le 6 février 1934 dans La Galère d’André Chamson : une parabole antifasciste », in Revue Aden n°15, octobre 2016.

[7] Lors de la scission syndicale de 1921, la fédération des fonctionnaires se constitue en Fédération autonome des syndicats de fonctionnaire ; elle n’est affiliée ni à la CGT, ni à la CGTU.

[8] L’Ambigu était une salle de spectacle située boulevard du Temple.

[9] Le terme « dépradation » n’est pas reconnu par le Littré et constitue un « emploi fautif » d’après le dictionnaire de l’Académie française. D’ailleurs, plus bas, le rédacteur de l’Humanité corrige le communiqué de la préfecture en utilisant « déprédations » (« pillage avec dégats »). Pourtant, on retrouve le mot « dépradations » dans la bouche du préfet de Paris Didier Lallement le 23 mars 2019, en lien avec les manifestations des Gilets Jaunes. Les temps changent, pas les communiqués de la préfecture de police.

 

 

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