9 janvier 2026

Crise agricole : la terre aux mains du capital ou à celles des paysans ?

Un siècle de bouleversements : du paysan à l’entrepreneur agricole
En un siècle, le monde agricole français a été radicalement transformé, non seulement par le progrès social et technique, mais principalement par l’offensive continue du grand capital monopoliste.
En 1900, la France comptait plus de 5 millions de cultivateurs. Ils sont aujourd’hui moins de 400 000. En 70 ans, les trois quarts des exploitations ont disparu. La taille moyenne des fermes a explosé : d’une agriculture paysanne fondée sur la petite propriété et le travail familial, nous sommes passés à une agriculture mécanisée (et beaucoup plus productive), mais endettée et dépendante. Ce processus va s’accélérer à partir des années 50 pour aller vers la monopolisation et l’industrialisation de toute l’agriculture.
Cette transformation s’appuie sur un processus capitaliste spontané lié à « l’économie de marché », au libéralisme. Elle est le produit :
  • de la concentration foncière,
  • de la mécanisation qu’exige la concurrence,
  • de l’endettement structurel,
  • de la subordination aux industries agroalimentaires et à la grande distribution.
Le paysan « indépendant » n’a pas disparu à cause d’une faible productivité , mais parce que le capitalisme ne tolère pas ce qui ne se soumet pas à sa loi : accumuler le maximum de profit ou mourir. La crise agricole actuelle, comme toutes les autres, est l’expression avant tout d’une crise du capitalisme.
La crise que traversent aujourd’hui les agriculteurs n’est pas conjoncturelle. Elle est structurelle. Les faits sont accablants :
  • Revenus agricoles parmi les plus faibles de la population active.
  • Endettement massif, souvent supérieur à 200 000 euros par exploitation.
  • Dépendance totale aux subventions de la Politique Agricole Commune (PAC) de l’Union Européenne, elles-mêmes orientées vers les plus gros — en France à travers des coopératives gérées par eux.
  • Pression constante des marchés à produire plus pour vendre moins cher.
  • Une vague de suicides agricoles qui ne choque plus personne.
A l’opposé et en contradiction :
  • Les groupes agro-industriels engrangent des profits records.
  • La grande distribution tend à imposer ses prix.
  • Les banques prêtent, encaissent, puis saisissent les biens si non-remboursement.
  • L’État bourgeois feint de soutenir, tout en organisant la disparition des petits producteurs.
Cette crise n’est pas seulement française : elle est mondiale. Du Brésil à l’Inde, de l’Europe à l’Afrique, les mêmes mécanismes opèrent. Le capital détruit les paysanneries, les transforme en prolétaires agricoles précaires ou les expulse vers les bidonvilles.
Le monde agricole est-il en déclin ? Oui — mais pour quoi et au profit de qui ?
La « modernisation » de l’agriculture , comme de celle de l’industrie, se fait selon les lois objectives du capitalisme :
la petite propriété est avalée par la grande, non principalement par supériorité morale ou technique (la petite propriété doit être très technique (gros matériels agricoles) et par conséquent très endettée aussi, mais parce que la concurrence capitaliste (le Marché, cette « main invisible ») élimine mécaniquement les plus faibles. C’est la réalisation d’une loi bien connue depuis Karl Marx celle de la concentration du capital pour augmenter la productivité.
Le résultat de ce processus est bien visible : moins d’exploitations, plus de dépendance, moins d’autonomie. plus de domination.
Le paysan se doit d’être soit un chef d’entreprise (s’il n’a pas été absorbé ou dépendant d’une multinationale agro-industrielle), soit en fait un ouvrier agricole sans droits ou encore un chômeur rural.
Ce déclin n’est pas celui de la production de plus en plus importante (et souvent en surproduction locale) pour répondre aux besoins nationaux et internationaux — mais qui nécessite de plus en plus la « maîtrise populaire » de l’agriculture et non celle d’une minorité de l’agrobusiness.
Concurrence ou coopération ? Quelle classe dirige ?
La classe dominante, la bourgeoisie nous enferme dans une fausse alternative : s’adapter ou disparaître — et nous en voyons les conséquences : concentration dans les mains d’une minorité des richesses agricoles n’ayant pour seul soucie que l’accumulation à court terme de capital.
Du point de vue marxiste, la réponse est claire : la concurrence est une impasse et la coopération socialiste est la seule issue. C’est en fait de savoir quelle classe dirige la société ?
En conclusion l’histoire nous montre que :
  • La concurrence détruit les petits producteurs.
  • Elle pousse à l’intensification, à l’empoisonnement des sols, de l’air et des aliments. A l’industrialisation non contrôlée.
  • Elle oppose les petits et moyens paysans entre eux, au lieu de les unir contre leurs véritables ennemis : le capital monopoliste.
La coopération socialiste, au contraire :
  • La mise en commun des moyens de production — comme la socialisation par les Groupements d’exploitation en Commun (GAEC) — est un exemple de résistance, mais aussi d’adaptation au système.
  • Supprime les intermédiaires parasites et favorise une production correspondant aux besoins locaux.
  • Réoriente la production vers les besoins populaires, non vers le profit.
C’est en fait de savoir quelle classe dirige la société ? La bourgeoisie ou le prolétariat (ouvrier, petit employés en alliance avec la petite paysannerie). Sans prise du pouvoir aucune transformation révolutionnaire n’est possible. Sans transformation socialiste de l’agriculture, aucune indépendance alimentaire n’existe.
La terre est un bien social avant d’être une « propriété »
La crise agricole n’appelle pas à des rustines technocratiques, mais à une rupture politique. Ce qui implique :
  • L’expropriation des grands groupes agroalimentaires.
  • La socialisation du foncier.
  • Le développement de coopératives agricoles contrôlées par les producteurs eux-mêmes.
  • Une planification démocratique de la production.
  • Une alliance consciente entre paysans, ouvriers agricoles et prolétariat urbain.
Notre soutien va aux paysans travailleurs qui luttent pour leur survie. Leur avenir est dans l’alliance avec tous les prolétaires pour allez vers une autre société. Il n’y a pas de retour en arrière possible.
Le capitalisme agro-industriel détruit la paysannerie tout en prétendant la sauver. Le socialisme, lui, peut la libérer. La question n’est donc pas : comment sauver l’agriculture ? Mais : qui doit contrôler la terre, la production et les fruits du travail ?
👉 Concurrence capitaliste ou coopération socialiste : il faut choisir son camp.

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