27 mars 2026

Environnement : des faits, une politique officielle et une critique de l’écologie bourgeoise. Quelle alternative ?

Les faits ne manquent pas : changements climatiques, acidification des mers et océans, particules fines qui s’insèrent dans l’organisme. La globalité du vivant est impactée. Face à cela les quelques mesures préventives des gouvernements bourgeois sont sacrifiées sur l’autel des profits capitalistes immédiats. Enfin, le dernier article ( qui dénonce « l’écologie du spectacle ») amène à penser qu’il faut briser le carcan du mode de production capitaliste pour aller vers la seule alternative, le socialisme-communisme. Là, nous devons faire référence à 2 livres essentiels. Le premier « Alerte à la catastrophe ! — Que faire contre la destruction délibérée de l’unité de l’Homme et de la Nature ? » paru en 2014. Le second, complémentaire au premier, montre que « La catastrophe environnementale mondiale a commencé ! » (paru en 2023). Il se termine positivement par une définition d’une stratégie et d’une tactique prolétarienne dans la lutte pour l’environnement ; et défini les lignes directrices pour un programme de lutte et les mesures d’urgence et de protection contre la catastrophe.

Les événements extrêmes se multiplient.

L’année 2025 a été marquée par de nombreux et intenses incendies, favorisés par le changement climatique. 2025 est la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, juste après 2024 et 2023, 2026 commence fort. La limite de 1,5 °C de réchauffement fixée par l’Accord de Paris risque d’être franchie. (selon le rapport de Copernicus.)

Les températures mondiales des trois dernières années ont dépassé en moyenne de 1,5 °C le niveau préindustriel (1850-1900) — c’est la première fois qu’une période de trois ans dépasse ce fameux seuil. Les chercheurs certifient que le changement climatique induit par les humains en est le principal moteur.

La limite des +1,5 °C sur le point d’être dépassée Ce seuil est crucial car de nombreux travaux scientifiques montrent à quel point s’aventurer au-delà serait désastreux, pour l’ensemble du vivant.

Plusieurs points de bascule ont été identifiés. À titre d’exemple, l’effondrement des calottes glaciaires, une fois enclenché, pourrait se poursuivre sur plusieurs millénaires, et entraîner une montée du niveau des mers de plusieurs mètres, selon le rapport Global Tipping Points publié en 2025.

« Le fait que les onze dernières années aient été les plus chaudes jamais enregistrées est une preuve supplémentaire de la tendance indéniable vers un climat plus chaud. Le monde s’approche rapidement de la limite de température à long terme fixée par l’Accord de Paris. Nous sommes condamnés à la dépasser », s’exprime gravement Carlo Buontempo, directeur du Copernicus Climate Change Service.

Vagues de chaleur record, violentes tempêtes, incendies de forêt… Les événements extrêmes se multiplient.

Et Donald Trump, à la tête des États-Unis — historiquement plus responsable du changement climatique que nul autre pays — a décidé de se retirer l’Accord de Paris et de retirer les États-Unis de sa participation au Giec ainsi qu’à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le socle de tous les accords climatiques internationaux.

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Remise en cause des politiques environnementales : le peuple, un mauvais alibi

Au nom des ménages les plus pauvres, on recule sur les politiques environnementales. Alors que les plus défavorisés sont les plus touchés par les pollutions et le dérèglement climatique. Extrait du point de vue d’Anne Brunner de l’Observatoire des inégalités.

L’écologie serait « punitive » répètent tant et plus une partie des médias et des responsables politiques. En quelques mois, l’Assemblée nationale a voté la réintroduction d’un insecticide toxique [1] et la suppression des zones à faibles émissions (ZFE), qui limitaient la circulation des voitures à moteur thermique les plus anciennes dans les grandes villes. Le tout au nom des ménages les plus pauvres. Les catégories populaires ne seraient-elles pas concernées par la pollution et le dérèglement climatique ? Rappelons quelques faits.

Les plus défavorisés sont globalement les plus exposés aux pollutions, mais pas forcément là où on s’y attend. Les inégalités en matière d’environnement se jouent avant tout au travail et à l’intérieur du logement, là où l’on passe le plus de temps. Les ouvriers sont beaucoup plus exposés que les autres catégories sociales au bruit, aux fumées, à la poussière et aux produits dangereux, voire cancérigènes. 65 % des ouvriers respirent quotidiennement des fumées et des poussières au travail par exemple, contre 9 % des cadres (données 2019, ministère du Travail). De même, 50 % d’entre eux travaillent au contact de produits dangereux, contre 12 % des cadres. Des inégalités d’environnement flagrantes, mais peu évoquées dans le débat public. Alors que ces pollutions ont des effets néfastes sur la santé des travailleurs, entraînent des maladies parfois mortelles et des handicaps en fin de carrière.

Autre lieu d’inégalité environnementale majeure : le logement. Les nuisances sonores, l’humidité génératrice de moisissures, les problèmes de températures excessives en été comme en hiver touchent avant tout les plus modestes. 25 % des personnes appartenant au cinquième le plus pauvre de la population se plaignaient du bruit dans leur logement, selon l’Insee. Un taux deux fois plus élevé que parmi le cinquième le plus aisé. Au fil des décennies, le confort des logements s’améliore, mais davantage pour les plus riches que pour les plus modestes. Résultat, les disparités augmentent.

Des inégalités entre ville et rural

Concernant le cadre de vie extérieur, la relation entre pollution subie et bas revenus s’avère moins évidente. Une étude unique en son genre, publiée en 2022 par France Stratégie, a comparé les cartes des communes les plus polluées de France avec le niveau de vie médian des habitants : elles ne se superposent pas systématiquement.

Prenons l’exemple des particules fines. La présence dans l’air de ces micropoussières est due au chauffage au bois, à l’industrie et à la circulation automobile. Cette pollution est liée à la densité de la population et concerne les urbains. À Paris, la concentration en particules fines est forte au niveau des grands boulevards et du périphérique. Sont touchés simultanément le nord-est de la capitale, où vivent beaucoup de ménages très modestes, et les arrondissements les plus chics. En région Centre-Val de Loire, les normes de qualité de l’air sont dépassées dans les grandes villes. Les plus exposés sont surtout les habitants les plus pauvres de la région, et dans une moindre mesure, les plus riches. Tandis que les classes moyennes vivent plus souvent dans des zones périurbaines préservées. Une étude récente montre qu’il en va de même pour la pollution au dioxyde d’azote, qui augmente le risque d’allergie, d’asthme et de maladies respiratoires [2].

Mais attention aux raccourcis : être plus exposé aux pollutions ne signifie pas être plus touché dans sa santé… Cette plus grande vulnérabilité s’explique par des facteurs sociaux : des conditions de vie moins favorables, un suivi médical moins fréquent, une moins bonne santé à la naissance.

Les ouvriers, pas plus climato-sceptiques que les cadres

Les discours sur l’écologie « punitive » n’ont pour objectif que de disqualifier les politiques environnementales. Ils sont le jeu non de défenseurs des classes populaires, mais du lobby des agriculteurs de grandes exploitations, des conducteurs de grosses cylindrées, des représentants des chefs d’entreprise polluantes, etc. En s’opposant aux réglementations qui protègent l’environnement et la santé « au nom du peuple », ils s’avèrent prêts à sacrifier les enfants asthmatiques et les malades chroniques des milieux populaires. Ceux qui veulent revenir en arrière sur la protection de l’environnement auront des morts sur la conscience.

Relayer leur rhétorique relève également d’une forme de mépris de classe, qui fait l’hypothèse un peu rapide que les milieux populaires n’auraient pas de conscience écologique. Certes, 12 % des ouvriers et 11 % des employés sont « sceptiques » sur la réalité du réchauffement climatique ou sur sa causalité humaine. Mais ils ne sont pas plus nombreux que les cadres (12 %) ou les professions intermédiaires (11 %) selon l’édition 2024 du baromètre de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) [3]. Par ailleurs, la population se dit très majoritairement « sensible ou très sensible à l’environnement » [4] (données 2024, ministère de la Transition écologique) et le milieu social joue peu. 92 % des cadres sont dans ce cas, de même que 79 % des ouvriers. La proportion est identique parmi les personnes dont le niveau de vie est inférieur à 950 euros par mois. Les pauvres et les riches sont tout aussi attentionnés à l’avenir de leurs enfants.…

Anne Brunner

[1] Loi Duplomb finalement censurée par le Conseil constitutionnel.

[2] « Les ménages vivant dans les communes densément peuplées sont davantage exposés à la pollution au dioxyde d’azote », Insee analyses Centre-Val de Loire, mai 2025.

[3] « Les représentations sociales du changement climatique, 25e vague du baromètre », Ademe, octobre 2024.

[4] Part des personnes qui donnent une note de cinq ou plus sur une échelle de un à sept à la question « Vous-même, sur une échelle de sensibilité à l’environnement, comment vous classez-vous ? ».

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Pour une critique de classe de l’écologie bourgeoise

Clément Sénéchal est l’auteur de Pourquoi l’écologie perd toujours ? (Le Seuil). Nous avons repris de large extrait d’une interview qu’il a donné l’année dernière.

L’écologie du spectacle

«L’’écologie radicale, qui est à mon avis la seule écologie pragmatique possible aujourd’hui, pour les classes bourgeoises écolo mais pas trop, c’est dangereux» argue Sénéchal. À rebours de cette écologie utopique, Lucile Juteau propose de commencer par poser les termes qui parcourent le livre son invité : “environnementalisme” et “écologie du spectacle”.

Pour Sénéchal, l’environnementalisme c’est «l’écologie dépolitisée», une forme d’écologie du spectacle, construite (en partie) dans les années 1970 et que l’on subit encore aujourd’hui.

L’écologie du spectacle est une écologie symbolique, qui reste à la surface, qui accumule des images, des mises-en-scène, des postures, des mises en circulation des concepts creux, visant à sensibiliser sans intervenir dans les rapports de force.

Après près de dix ans de militantisme chez Greenpeace, Clément Sénéchal, diplômé de de sociologie et de philosophie politique, s’interroge : pourquoi l’écologie essuie-t-elle encore tant d’échecs ? Pour y répondre, l’heure est venue de plonger dans les coulisses d’une “écologie spectacle” en marche depuis les années 1970. Récupérations néolibérales, impasses stratégiques et intellectuelles des ONGs et mouvements de lutte…

Pour Sénéchal, l’environnementalisme c’est «l’écologie dépolitisée», une forme d’écologie du spectacle est une écologie symbolique, qui reste à la surface, qui accumule des images, des mises-en-scène, des postures, des mises en circulation des concepts creux, visant à sensibiliser sans intervenir dans les rapports de force.

En restant à distance de la question sociale, l’écologie du spectacle peut prétendre dépasser les clivages politiques, servant «in fine d’accélérateur de carrière pour des élites opportunistes qui n’ont pas le temps pour la lutte des classes.» Sénéchal prend pour exemple des figures comme Barbara Pompili pour dénoncer la stratégie d’Emmanuel Macron de détourner ces «figures les plus installées de l’écologie pour enterrer les revendications écologiques. C’est pour ça que l’écologie perd tout le temps».

Est-ce que les porte-paroles officiels de l’écologie ont vraiment codé cette cause comme un objet de lutte révolutionnaire ? Pas vraiment (…) L’écologie, c’est libérer les écosystèmes de la loi du profit. C’est un projet de classe violent..

Le cas Greenpeace

Clément Sénéchal fut chargé de plaidoyer chez Greenpeace France pendant plusieurs années, jusqu’en 2022. Il ne mâche pas ses mots concernant l’ONG : «une petite bulle d’entre soi où tout le monde suit les mêmes tendances.» Il en retrace la naissance et l’histoire, marquée «par le choix de la sensibilisation au détriment de la confrontation.»

À travers trois campagnes clés de l’ONG, en 1969 contre des essais nucléaires, puis contre la chasse à la baleine et enfin contre le commerce de fourrure des phoques, Sénéchal dénonce sa dépolitisation et ses logiques coloniales.

Il décrit les bateaux Greenpeace conçus comme des «agences de communication flottante», cherchant en priorité à créer des images de confrontation, avec des espèces iconiques mobilisant des affects. En somme, une écologie des «bons sentiments», «une charité environnementale» totalement dépolitisée. Il illustre sa vision avec l’exemple de Paul Watson, déclarant à l’époque «préférer les animaux marins aux humains» déplaçant le «eux et le nous» au humains versus les animaux, plutôt que les prolétaires versus les bourgeois.

La dépolitisation s’exprime également dans la stigmatisation notamment coloniale des classes travailleuses, comme les Inuits dans le cas de la lutte contre le commerce de phoques – c’est d’ailleurs à l’issue de cette campagne que Paul Watson quitte Greenpeace pour fonder Sea Shepherd.

Paul Watson et la désobéissance civile

«Que pensez-vous de ce moment que nous vivons avec l’incarcération de Paul Watson ?» lance Lucile Juteau à son invité. Pour Sénéchal, ce moment est «une remise à plat de la réflexion sur la désobéissance civile.»

Observant que, d’une part, lorsque l’écologie du spectacle utilise la désobéissance civile, elle en évite toujours «les aspects répressifs» et, d’autre part, qu’elle crie au scandale d’État dès qu’un militant est en garde-à-vue, Sénéchal dénonce l’embourgeoisement d’une écologie se pensant comme «une classe privilégiée qui n’aurait pas à subir la répression d’Etat.» Il rappelle ainsi que la théorie de la désobéissance civile remet en cause des législations précises, mais non pas l’idée même du droit. «Ça veut dire porter sa cause dans des tribunaux. Mais ça, on l’a un peu oublié, à force de faire de la désobéissance civile soft» poursuit-il.

Pourtant «réputée comme la branche la plus radicale» de l’écologie comme le dit Lucile Juteau, Sea Shepherd n’a pas dépassé cette logique du spectacle d’après Sénéchal. C’est un mouvement qui reste centralisé autour d’une figure héroïque et charismatique, sans politisation des masses populaires.

Où en est l’écologie ?

«On a laissé croire qu’on pouvait faire évoluer les pratiques sans passer par des lois politiques appuyées par des rapports de force. Ça invisibilise la structure du capitalisme» dit Sénéchal.

Pour Clément Sénéchal « l’écologie, on ne sait plus où elle est aujourd’hui. Le référentiel est devenu extrêmement creux : on en parle au RN, dans les entreprises, partout. Mais on ne sait plus à quoi ça correspond vraiment. C’est une espèce de chose vaporeuse qui ne sert plus de point d’appui pour la lutte des classes, et qui a été colonisée par les élites capitalistes…. la question écologique nécessite un bouleversement anthropologique majeur. C’est une crise civilisationnelle. L’écologie doit être clivante parce que la société capitaliste est conflictuelle.»

Pour Sénéchal l’écologie «mal codée», a manqué son destin : «elle aurait dû devenir une force propulsive au sein de la lutte des classes et centrale au sein de la gauche de rupture.» Pour autant, il n’est pas pessimiste : « Les batailles perdues sont celles qu’on ne livre pas. Il y a des signes de faiblesses et d’essoufflement du système capitaliste. C’est plus facile pour moi d’imaginer la fin du capitalisme que la fin du monde. »

Sénéchal précise : «je pense que ce n’est pas l’écologie qui va régler la destinée écologique du monde, c’est la lutte des classes.» Selon lui, cela passe par une écologie «remise à l’endroit», c’est-à-dire qui prend parti, et entre dans un rapport de conflictualité sérieux.

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En conclusion, on peut lire dans la préface de « Alerte à la catastrophe ! — Que faire contre la destruction délibérée de l’unité de l’Homme et de la Nature ? »:

La question environnementale a sans aucun doute atteint la conscience publique.Au niveau mondial s’accroît la préoccupation sur l’état de l’environnement naturel. Aucun politicien, professionnel des médias, entrepreneur ou syndicaliste qui veut être pris au sérieux et ne peut plus se permettre d’ignorer cette question. Aujourd’hui, trop de catastrophes écologiques survenant à l’échelle locale ou régionale tourmentent l’humanité.

Dans l’opinion publique, on a créé l’impression que la question écologique est entre de bonnes mains chez les dirigeants et leurs gouvernements. Mais en réalité, depuis l’apparition de la crise environnementale au début des années 1970, ils n’ont ni la capacité ni la volonté d’agir de façon efficace contre cette crise. Au lieu de cela, l’humanité est entraînée sans retenue – voire de façon accélérée – vers une catastrophe écologique mondiale. Celle-ci possède le potentiel d’anéantir les fondements de toute existence humaine. La responsabilité de cette évolution incombe en premier lieu aux super-monopoles internationaux qui dominent aujourd’hui la totalité de la production mondiale, le commerce international ainsi que la politique, l’économie et la science dans tous les pays.

Une nouvelle conscience écologique est née. Mais son niveau est loin d’être suffisant pour comprendre dans toutes ses conséquences le risque pour l’existence de l’humanité. Dans l’opinion publique, quelques facteurs isolés de la crise environnementale sont unilatéralement mis en évidence – par exemple la menace de la catastrophe climatique.

Et voici le lien pour le second livre : « La catastrophe environnementale mondiale a commencé ! » (paru en 2023): https://upml.org/2024/11/la-catastrophe-environnementale-mondiale-a-commence-2/

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