Une analyse des Gilets jaunes

Pour stimuler réflexion, débat et action révolutionnaires

la maison du Peuple de Saint-Nazaire répondant à l’appel de l’Assemblée populaire de Commercy

Le monde globalement est entré dans une période de grand bouleversement social : des «  printemps  » arabes de 2011 jusqu’à aujourd’hui. La tendance à l’internationalisation du mouvement des gilets Jaunes depuis la France est une réponse à la politique d’austérité des gouvernements.

En France comme ailleurs le capitalisme fait porter la charge de sa crise par les couches populaires : Macron et son gouvernement continuent le démantèlement du Code du travail, imposent une baisse des salaires, des retraites et des indemnités de chômage, la sélection des étudiants à l’université etc Ils font des cadeaux aux monopoles.

Les longues luttes organisées depuis 2016 par certains syndicats contre la réforme du code du travail, la lutte des cheminots, des hôpitaux ont échoué ; mais elles ont entretenu un climat de contestation. La mobilisation relativement forte contre la guerre et contre Trump n’était pas surprenante, de même que celles pour le Climat et celle dernièrement contre les violences faites aux Femmes etc.

Les causes de la révolte sont profondes : l’exploitation à outrance des prolétaires et des petit-bourgeois, l’appauvrissement des familles et la misère notamment des femmes seules avec enfants, le chômage de masse, la précarisation large et croissante, l’injustice de la fiscalité bourgeoise qui pèse lourdement sur les « petits », la faillite des petits et moyens paysans, commerçants et artisans (coiffeurs, boulangers, café, tabac…), la fermeture des services publics, la pollution de l’environnement, la décadence, l’arrogance et l’hypocrisie de la morale bourgeoise. Tous ces faits sont l’expression de l’aggravation de la crise générale du système capitaliste mondial. Ici la ténacité des gilets jaunes, le soutien du peuple et la dénonciation des violences policières ont provoqué une crise politique ouverte.

Le raz-de-marée jaune sur les routes, les ronds-points et les rues des villes est un fait sans précédent. Environ 400 000 gilets jaunes se sont mobilisés, soutenus par des millions d’autres (70 – 85 % de la population). Quelques secteurs et entreprises en lutte ont mis en avant la question de la revalorisation des salaires directs et indirects (protection sociale, retraite, chômage). Depuis maintenant 2 mois un mouvement populaire large unit des couches sociales diverses et variées. Démarré sur un refus de taxes sur les carburants, il s’est élargi et rassemblé autour de 42 revendications où les questions de pouvoir d’achat, de « démocratie » et de justice sociale sont au premier rang.

Y ont pris part des salariés, fixes ou précaires, des retraités, des chômeurs, jusqu’à des petits artisans et très petits patrons (couches elles aussi attaquées par la politique gouvernementale). Les femmes touchées de près par la crise et la précarité ont joué un rôle déterminant dans le maintien et le développement du mouvement. Même si les gilets jaunes ont essaimé dans les banlieues des grandes agglomérations et dans le 93, la composante rurale des gilets jaunes est particulièrement forte.

Le mouvement des gilets jaunes est à la fois dans la continuité et différent : il s’est construit à l’aide des réseaux sociaux. 45 % d’entre eux manifestaient pour la première fois (femmes, jeunes) recherchant une expression indépendante des institutions étatiques, des partis de gouvernement et des syndicats (à l’exemple des «  Nuits Debout  »).

Une crise politique ouverte : Le gouvernement ne peut plus continuer son « train de réformes » comme avant. Il voulait faire « vite et fort » ; mais « maintenir le cap » de sa politique de plus en plus identifiée comme répondant aux intérêts du capital monopoliste, risque d’élargir et d’approfondir le mouvement. S’il recule sur les revendications les plus sociales, il remettrait en cause toute son économie politique. Il a du faire quelques concessions temporaires sur la CSG des retraités, la taxe diesel, les augmentations de gaz et d’électricité et une petite prime pour des Smicards (et pas pour tous !). Ces quelques miettes ont été refusées en bloc par les gilets jaunes. La seule option qui lui reste est de diviser et de réprimer le mouvement ou de partir… Même le LREM est en crise : 50 % de ses anciens électeurs soutiennent les Gilets Jaunes !

Les partis « d’opposition » ( parce qu’ils ne sont pas au gouvernement), LR et PS soutiennent plus ou moins ce mouvement « profond, légitime » – de leur point de vue, tout en partageant les réformes réactionnaires de Macron. Leur argument c’est de dire qu’ils veulent la paix sociale et que Macron met de l’huile sur le feu. Le RN (ex-Front national) le soutient modérément d’autant plus que son électorat soutient les GJ à 80, 90% ;mais Marine Le Pen ne veut pas d’augmentation du SMIC.

La France Insoumise et le PCF (70 ou 80 %) ont d’autres raisons : leur politique réformiste ne tient que s’ils gardent leur base sociale populaire. Ce n’est pas vraiment un soutien franc et déterminé.

C’est de la part de tous ces partis de la récupération opportuniste.

Les ultra-réactionnaires et fascistes existent bien sûr dans ce mouvement large, ils doivent être combattus. Mais le point de vue repoussoir de novembre comme quoi le mouvement serait sous influence et récupéré par le Rassemblement National (ex-FN), a disparu.

Les drapeaux tricolores français, la Marseillaise et les références à la Révolution de 1789… sont pour certains une expression du nationalisme et pour d’autres celle de la contestation de l’oligarchie, donc plus moins révolutionnaire. Derrière le drapeau n’y a-t-il pas l’opposition au « Roi » Macron, aux Rois de la finance, etc. Et la Marseillaise ? Elle est reprise comme un chant de révolution : « Aux armes citoyens, formez vos bataillons… »

Aux Champs Elysées se sont manifestés de petits groupes de royalistes, de fachos extraparlementaires, d’identitaires et aussi des criminels tout court. Le racisme, le chauvinisme étaient-ils plus importants que dans l’ensemble de la population, un racisme souvent lié à la concurrence entre petits commerces?

Du point de vue de la conscience, on a constaté depuis plusieurs années des évolutions fortes. Malgré une culture et un mode de pensée largement influencés par l’individualisme bourgeois jusque dans les formes de contestation sociale (suicides, délinquance, trafic de drogues, de « calmants »…) les masses se révoltent contre un système auquel elles peuvent de moins en moins s’identifier. La révolte contre le mépris pour «  le peuple  » affiché par le président et sa clique est le symbole de cette rupture du consensus de paix sociale. La violence de la classe dirigeante, longtemps dissimulée par les médias qui appellent au dialogue social comme nombre de directions syndicales, a éclaté au grand jour.

Les masses populaires rejettent le système du parlementarisme bourgeois et les institutions dites démocratiques ; en attestent les abstentions records chez les prolétaires. Et on vote plus contre que pour un Parti, ce qui a assuré la victoire de Macron en Mai 2017. La méfiance à l’égard des politiciens de tout bord (dans une moindre mesure pour ceux « qui tapent sur la table » (Le Pen, Mélanchon, Rufin par ex.) s’est traduite par la régression et l’éclatement des Partis bourgeois (PS, UMP,…) et petit-bourgeois (PCF et Front de Gauche).  De nouvelles forces d’opposition se développent sur internet (des réseaux Facebook mais aussi des sites d’information comme Médiapart, Le Média TV, Anti-K etc.). On pourrait ajouter que les organisations et partis dits « d’extrême gauche » ont plutôt tendance à la stagnation.

Dans les syndicats, ça ne va pas mieux. Les effectifs d’adhérents baissent (650 000 à la CGT avec une baisse du nombre d’ouvriers par rapport aux employés de la fonction publique) sauf dans certains secteurs et entreprises en lutte où CGT et SUD se renforcent. FO se maintient dans les administrations. La CFDT est devenue plus que jamais le syndicat de collaboration de classe.

Quel est le « niveau de conscience » des Gilets Jaunes  (GJ)?

L’aggravation des conditions de vie et de travail accumulée dans la mémoire collective a fait mûrir cette explosion sociale.

On observe un vif intérêt pour la discussion politique. La parole se libère ; on souhaite passer à l’action, ne plus rester seul enfermé dans la routine et l’abrutissement quotidien de l’exploitation.

1.Composé de diverses couches, les gilets jaunes sont traversés par des courants politiques contradictoires, comme l’expriment leurs 42 revendications. A coté des positions combatives et prolétariennes justes, l‘influence anarcho-syndicaliste en réaction au réformisme et le courant protestataire de droite en apparence « anti système » se conjuguent.

Leurs revendications sont principalement populaires voire même prolétariennes. Chez les gilets jaunes, il y a une distorsion entre leurs revendications sociales, leur rejet des dirigeants au pouvoir d’une part, et leur difficulté à penser le changement social nécessaire, la révolution socialiste, d’autre part. Ainsi s’exprime de façon certes encore vague la perspective d’une alliance de classe sous la direction du prolétariat (cf. notre Projet de Programme) contre le système du capitalisme monopoliste d’État.

Il y a cependant quelques revendications restrictives voire chauvines sur l’immigration : reconduite à la frontière, intégration contrainte qui nuisent carrément à l’unité avec les migrants… Mais pour l’essentiel, c’est un programme qui «  va dans le bon sens  ». Nous devons soutenir sa composante progressiste pour construire l’alternative politique révolutionnaire.

A propos du combat contre l’extrême droite présente parmi les gilets jaunes, nos camarades de l’Unité Communiste de Lyon ont raison de dire : « D’autres veulent détourner une colère juste et légitime vers des actions d’intolérance, de racisme et de division. Ils se prétendent les amis des travailleurs et des travailleuses, mais ne sont là que pour racoler pour leurs petites sectes. Les fascistes n’ont pas leur place ici. Les actes racistes, xénophobes, sexistes … doivent être combattus ! Quelques soient notre citoyenneté, notre origine, nous sommes la ligne de front contre le même exploiteur, le même ennemi ! »

2.Ce mouvement ne peut porter consciemment un projet politique propre. Toutefois il se politise de plus en plus en réclamant en masse la démission de Macron, un référendum d’initiative citoyenne (RIC), la proportionnelle… Avec le RIC les GJ espèrent, de façon contradictoire, d’une part une expression de démocratie directe et, d’autre part, que le gouvernement l’organise. Enfin, plusieurs regroupements de Gilets Jaunes parlent de s’organiser, de faire de la politique autrement à partir d’Assemblées Populaires et veulent présenter des candidats à l’occasion des élections européennes.

3. Tendance à la radicalisation – dans plusieurs sens. La colère des gilets jaunes s’est heurtée à l’appareil de répression de l’État. Ce déchaînement s’en prend aux symboles de la richesse bourgeoise et à l’État : attaque de banques, de magasins, de restos de luxe, d’hôtels particuliers etc. En province, blocage de raffineries, de ronds-points, de supermarchés, ouverture des péages d’autoroutes expriment aussi la volonté de bloquer l’économie. Le 1er décembre des préfectures, des centres d’impôts, des commissariats ont été attaqués et parfois brûlés sur différents points du territoire. A côté de groupes de pillards, les forces de l’ « ordre » ont été vues elles-mêmes faire de la casse pour discréditer le contenu revendicatif des manifestations. Images passées en boucle par les média.

Mais l’heure n’est pas à l’insurrection — c’est une illusion de l’« ultra-gauche ». En l’absence de Parti révolutionnaire l’insurrection conduirait à un échec assuré. Le prolétariat doit se réorganiser dans tous les domaines avant de passer à l’offensive. Déjà les Gilets Jaunes confrontés à la violence policière se radicalisent. Ce sont des expériences qui favorisent objectivement l’idée de la nécessaire violence révolutionnaire. « Marcher  » sur l’Elysée, occuper la rue, refuser de se plier à l’ordre bourgeois est juste. Pour la première fois, certains gilets jaunes font leur première expérience de la violence d’État. A noter que les violences ne semblent pas avoir freiné le soutien. Au contraire, le fléchissement de l’intransigeance gouvernementale a légitimité la confrontation dans la rue. La stratégie de l’État de boucler la capitale pour éviter le déferlement de gilets jaunes a redonné une dynamique régionale à la mobilisation, épuisant encore un peu plus les hommes chargés de la répression. Quoiqu’il en soit, un grand mouvement d’intérêt pour la vie sociale et politique se développe.

4. La position des Gilets Jaunes par rapport à l’écologie va de l’indifférence à l’affirmation qu’il n’y a pas de contradiction entre le social et l’environnement, que les deux doivent être liés. Les prolétaires agissent déjà en faveur de l’écologie dans leur quotidien pour leur survie économique ! Certaines revendications se rapportent à l’environnement (grand plan d’isolation des logements, favoriser les transports collectifs, taxation des carburants maritimes et aériens, interdiction des délocalisations d’entreprise, développement de la recherche orientée vers des énergies moins polluantes etc.) A la Marche mondiale pour l’environnement le 8 décembre, des écologistes ont compris que ce sont les actions les plus radicales qui permettent de mieux se faire entendre du pouvoir. Dans certaines villes, la jonction a eu lieu entre gilets jaunes, organisations syndicales, politiques (PCF et FI), et collectifs pour le climat !

Vers la mi-décembre, de plus en plus de syndicalistes CGT, SUD et FSU en opposition parfois avec leurs directions confédérales ont pris position pour un soutien clair aux GJ. C’est un progrès significatif de la conscience de remettre en cause les compromis avec le capital qui cherche à faire payer sa crise aux travailleurs et à la nature.

5. Organisations et perspectives. Le mouvement des GJ est relativement hostile aux organisations syndicales considérées comme sources de division pour avoir soutenu, par exemple, les gouvernements précédents (comme celui de Hollande).

L’union du mouvement des Gilets Jaunes et des prolétaires industriels doit progresser vers la préparation de la grève politique (générale).

Partis bourgeois et « vieux engrenages » comme les négociations à l’Élysée sont rejetés. On veut que la base décide – « nous tous », c’est juste ! Les débats autour des délégués et porte-paroles par contre sont négatifs. On veut « se faire entendre » par l’action ! Mais la question de l’organisation des prolétaires n’avance pas !Des exemples dans l’histoire nous enseignent quelles formes pourraient prendre un pouvoir « populaire » : la Commune de Paris, première forme de dictature du prolétariat, a décidé contre la professionnalisation de la politique que les représentants du peuple étaient élus parmi les travailleurs, mandatés et contrôlés par la base, révocables à tout moment et ne gagnaient pas plus qu’un salaire ouvrier.

6. Dans les organisations populaires, une lutte de ligne existe sur le soutien au mouvement des gilets jaunes. Au début, la direction confédérale de la CGT comme FO ont louvoyé et trouvé des raisons pour empêcher les convergences (les Gilets Jaunes seraient « racistes, anti-syndicats », ce qui est vrai parfois). Martinez est allé à l’Élysée en pleine crise et a signé un appel au « dialogue social » avec les autres directions confédérales au lieu de préparer l’organisation des luttes ; c’est cela qui est important même si un appel à la grève peut ne pas avoir d’effet immédiat. En décembre le Comité Confédéral National de la CGT n’a pas préparé non plus un mouvement de grève. Mais de plus en plus de syndicats CGT et Solidaires souhaitent l’union voire rejoignent les GJ comme les Raffineurs CGT, les Cheminots parisiens, les ouvriers de Renault Flins, des UL , des UD, des Fédérations de la CGT et des SUD. Ils jouent légitimement de leur autonomie par rapport aux directions syndicales centrales qui traînent les pieds ou s’opposent de manière plus ou moins ouverte.

La CFDT est claire : elle soutient le gouvernement sous prétexte de dialogue social.

Et les tâches des marxistes-léninistes ?

Il faut être dans les luttes pour faire avancer la conscience de classe et organiser pour construire la perspective révolutionnaire avec un parti communiste de type nouveau.

Dans la situation de crise politique, le système est dans une situation de faiblesse et nous devons passer à une politique et tactique offensive. Nous devons soutenir le mouvement de toutes nos forces tout en critiquant ses positions erronées.

Nous ne sommes pas dans une période d’effervescence révolutionnaire vu l’état des organisations du prolétariat et encore moins à la veille de l’insurrection. Nous sommes encore dans une période de situation non révolutionnaire où cependant des progrès de la conscience apparaissent, des aspirations plus claires à un authentique changement, des exigences plus élevées vis à vis des organisations politiques et des organisations des masses par elles-mêmes comme les syndicats.

  • organiser et participer à des actions de soutien, organiser des débats avec nos contacts, promouvoir l’auto organisation, l’unité des prolétaires et de leurs organisations, contre le parlementarisme et le gouvernement ; dénoncer le caractère de classe de l’État, montrer le caractère international des problèmes, la nécessité de la révolution et de la prise du pouvoir ; rappeler les réussites du socialisme réel en Chine et en URSS – pour armer les consciences contre le capitalisme, l’ennemi commun des peuples du monde.
  • Tenons compte des attentes, des refus et des contradictions du mouvement, défendons notre perspective socialiste qui exige un parti de type nouveau !
  • Nous y renforçons le pôle prolétarien (ses revendications prolétariennes et populaires) et combattons les idées fausses.
  • Faisons connaître la déclaration de l’ICOR Europe (Coordination internationale des organisations et partis révolutionnaires).
  • Travailler à l’unité des marxistes-léninistes – les solliciter pour une déclaration et action commune (selon les forces)

Annexe :

Nos analyses depuis 2016 ont-elles été validées par les mouvements et les luttes jusqu’à aujourd’hui ? Nous disons que oui et nous renvoyons nos lecteurs à notre analyse des luttes de 2016 contre la Loi Travail, notamment au point 6 sur les perspectives :

«

Qui est violent ?

Nous reproduisons un article très juste de l’Union Communiste de Lyon au sujet de la violence de classe. https://unitecommuniste.fr/france/qui-est-violent/

Qui est violent ?

Edouard Philippe a parlé. Il s’est exprimé au 20 h de TF1. Certains, certaines espéraient que ce serait pour annoncer des concessions. Que le gouvernement, après l’épreuve de force, accepterait de lâcher un peu de lest. Il n’en fut rien.

La teneur des interventions des membres du gouvernement ne laissaient que peu de place au doute, au suspens. Gérard Darmanin en avait ainsi appelé à l’ultra-sévérité contre les manifestants. Difficile de croire que le premier ministre tiendrait une position contraire.

Edouard Philippe a annoncé, ainsi, un déploiement toujours plus grand de police, pour les jours à venir. Mais, également, la mise en place de mesures sécuritaires que ne renierait pas l’extrême-droite. Sanctions pour les manifestations non déclarées. Arrestations préventives, assignations à résidence, obligation de pointer au commissariat…. Le Premier ministre déclare un régime de liberté surveillée qui ne dit pas son nom. Les arrestations atteindront probablement les 8 000, tandis que des peines de prisons fermes avec mandat de dépôt seront prononcées. Tout cela au nom de quoi ? De la violence.

Depuis le début de la mobilisation des Gilets Jaunes, la question de la violence revient sans cesse. Ce n’est pas une nouveauté, chaque mouvement social voit les médias faire passer ses revendications au second plan, pour ne laisser passer que les images de bris de vitres, de voitures brûlées, d’échanges de projectiles… Ce n’est pas un hasard. D’une part, cela fait vendre, de l’autre, cela correspond avec la ligne éditoriale et l’ordre du jour donné par le conseil d’administration, qui, en France, est généralement entre les mains de milliardaires. Et pour cause, la question de la violence est un biais de division de ceux et celles qui luttent. Mais qui s’est ému, et de quoi ?

Castaner, Estrosi, Ciotti, Juppé, Griveaux, Philippe, Macron… tous les ténors de la politique sont émus de la violence. Tous réclament la même chose : que soit écrasé le mouvement des Gilets Jaunes. Que les manifestations soient interdites, que les mobilisés soient préventivement arrêtés, que la police puisse disperser sous les grenades et les tirs de flash-ball les cortèges. Ils réclament que la justice soit impitoyable, qu’elle fasse des exemples. Ils veulent la tête des meneurs, décapiter la lutte. Ils veulent enchaîner ceux qui les ont défiés.

La violence leur est insupportable. Mais qui aime la violence, à par quelques pauvres personnes ? Nous-même, nous ne l’aimons pas. Mais qu’est-ce que la violence ? La violence est-elle dans une pauvre vitrine cassée, dans un plâtre fissuré, dans quelques graffitis ?

Ou est-ce que la violence, la vraie, celle qui épuise, use, mutile, tue, est ailleurs ?

La violence d’être laissé pour compte dans la 5ème puissance mondiale. De dormir dans la rue, de vivre dans sa voiture.

La violence de compter ses sous, d’économiser la moindre chose, tout en sachant qu’il reste une éternité avant le prochain salaire, avant la prochaine pension.

La violence n’est elle pas de survivre, un jour après l’autre, en aillant juste de quoi avoir la force de se lever le lendemain, d’envoyer ses enfants à l’école, tout en sachant qu’ils ne sortiront de celles-ci que pour vivre la même vie d’esclave. D’être privé de loisirs, de sorties, de culture, parce qu’un sou est un sou et qu’il faut tenir.

La violence n’est elle pas dans la vie de celles, de ceux, qui se lèvent dans le même matin gris, perdent leurs temps dans des transports qui n’avancent pas, hors de prix, avec la peur au ventre. La peur de la convocation dans le bureau, la peur du licenciement, la peur, toujours la peur.

La violence, c’est de voir la police débarquer dans une cité ou croupissent ceux qui n’ont rien, pour imposer un ordre à coup de matraques, quitte à tuer.

La violence, c’est une justice qui acquitte la bourgeoisie criminelle, ceux qui ont l’argent, les réseaux, le prestige, mais qui noie ceux que la misère pousse au délit.

La violence d’avoir un manager haineux qui pousse au suicide, car il faut dépasser les normes, car il faut toujours faire plus avec moins. Car il faut crever à la tâche, pour le rendement, pour la rentabilité.

La violence d’avoir une dette insolvable, d’être un esclave des banques, de jongler avec sa vie, avec la menace de perdre le peu de chose qu’on possède.

La violence de savoir qu’à cause de son nom, de son visage, de son sexe, de ses orientations sexuelles, une voie se trace déjà.

La violence, elle est le quotidien de celles et ceux qui sont sommés de vendre leur propre corps pour survivre. Qui sont ravagées par des marchands de chair sans scrupules, qui en tirent profits et prestige.

La violence n’est elle pas de voir des personnes âgées, qui se sont usées pour quelques misères, jugées juste bonnes à être des vaches à lait qu’il faut traire de leurs derniers euros.

La violence, c’est un niveau de vie qui baisse sans cesse, une espérance de vie qui stagne voir qui recule.

La violence c’est quand, demain, il faudra mendier pour se soigner, pour s’éduquer, pour survivre lorsque le travail nous aura usé.

La violence c’est, sous d’autres cieux, ceux qui n’ont rien demandé qu’a vivre dignement et librement, qui voient leur ciel obscurcis par les avions portant la cocarde de l’Armée de l’Air, faire pleuvoir les bombes sur leur pays, sur les terres. Qui voient des soldats qui pillent, qui violent, qui instaurent des régimes de terreur, pour que, à des milliers de kilomètres, des actionnaires puissent fêter la baisse du prix du cacao, du café, du pétrole, de l’uranium.

La violence d’être jeté sur les routes de l’exil, d’être livré aux trafiquants de chair, d’être sous le feu des milices, et de finir avec les vagues comme seul linceul.

La violence, elle est dans le fait d’être traités uniquement par le mépris par ceux qui disent nous représenter, mais qui ne sont que des contremaîtres des exploiteurs, le fouet à la main. Elle est dans ce régime qui n’existe que pour nous maintenir dans la misère, nous maintenir sous nos chaînes. La violence c’est celle d’un destin qui n’est que d’être des marchandises, des outils pour apporter la fortune à une poignée de profiteurs.

Quand Ciotti, Castaner, Estrosi, Macron…disent qu’ils sont choqués par la violence. Admettons que ce ne soit pas juste qu’une manœuvre politique. Admettons que ceux qui jettent dans la misère des milliers de gens, qui donnent l’ordre de bombarder, d’envahir, d’autres Etats aient la larme à l’œil en voyant cela. Admettons qu’ils soient réellement choqués de la tournure que prennent les choses. Par quoi sont-ils émus ?

Ils se sont émus de la violence contre du mobilier urbain. Contre des vitrines. Mais ils n’ont eu aucun mot pour les blessés, pour les mutilés, pour les tués par la police, par la brutalité. Ils n’ont rien à dire à ceux et celles qui croupiront en prison pour avoir osé se dresser contre leurs lois injustes. Ils sont tellement habitués à exercer la violence légale, qu’ils ne la voient pas. Écraser ceux qui travaillent est normal pour eux.

Eux ne connaissent pas la violence, la misère, la précarité, la peur. Nous ne sommes pas du même monde ! Ils sont d’un monde où la pauvreté, ou la misère n’existe pas. Ils n’ont jamais travaillé de leurs mains, jamais fait de travail honnête, jamais été confrontés à l’exploitation. Ils sont uniquement des purs produits de la bourgeoisie, dressés pour asservir les exploités.

La colère est légitime face à ceux et celles qui veulent toujours tirer vers le bas notre niveau de vie, qui réduisent nos vies à des journées sans fin, à des salaires de misère. La colère est la réponse à leur violence, leur brutalité, leur mépris pour la vie humaine.

Comment ne pas être tenté par la violence ? Comment blâmer ceux qui répondent aux provocations policières, aux provocations bourgeoises, aux provocations d’une classe qui a démasqué sa dictature aux yeux de la population entière. D’autant qu’eux vivent en parasites sur ce que produisent les travailleurs et les travailleuses. Ils vivent de notre sang, dépendent de nous. C’est pour cela qu’ils redoutent notre colère ! Parce que nous, nous n’avons pas besoin d’eux !

Ils disent que la colère décrédibilise le mouvement des Gilets Jaunes, mais si elle n’existait pas, ils trouveraient un autre argument pourri, une autre raison de nier toute légitimité au mouvement. Ce ne sont que des tactiques pour diviser et fragmenter !

La colère ne suffit pas, seule. Elle doit se muer en volonté de voir le monde changer. Elle doit devenir une force capable de construire ce monde nouveau, en mettant l’ancien à terre. Pour que cela soit possible, cela demande de construire l’unité de volonté et l’unité d’action.

Cette force agissante, créatrice, ne peut naître que dans l’organisation.

S’organiser pour transformer le monde en un monde juste, sans exploiteurs, sans oppresseurs, sans chape de plomb, sans chaînes et sans entraves. Voilà le programme des communistes sincères ! Voilà le programme de l’Unité Communiste de Lyon. Voilà le programme de l’ICOR, dans le monde.

« Ils n’auront pas le dernier mot », s’est permis Edouard Philippe, en ultime provocation. Nous verrons bien. 

Il est juste de se révolter ! Il est nécessaire de s’organiser !

Allemagne – Il y a 100 ans la Révolution de Novembre ! Depuis 50 ans – la construction du Parti par le MLPD !

En janvier 2019, les révolutionnaires en Allemagne et au niveau international commémorent le centenaire de la révolution de Novembre en Allemagne, abattue par la contre-révolution. En janvier 1919, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg ont été assassinés. Tous les ans, le deuxième dimanche de janvier, la « Manifestation des LLL », pour Lénine, Liebknecht et Luxembourg affirme que le combat pour le socialisme continue.

Nous publions ci-dessous un article à ce sujet du Rote Fahne (Drapeau Rouge), magazine du Parti Marxiste-Léniniste d’Allemagne (MLPD), no. 22/ 2018.

http://upml.org/index.php/2018/12/17/week-end-revolutionnaire-berlin-12-et-13-janvier-2019/

1918 : Il y a un siècle, en Allemagne, la révolution de novembre a mis fin au régime impérial et à la première guerre mondiale.

A l’époque, l’Allemagne était traversée par un souffle révolutionnaire. Aujourd’hui bien sûr, on ne peut pas encore parler de situation révolutionnaire. Néanmoins, un changement d’état d’esprit progressiste se développe au sein des masses. C’est le moment idéal pour réfléchir, en s’inspirant de la révolution de novembre, à une révolution, une véritable transformation de la société. Radicalement à gauche, révolutionnaire, pour  vrai socialisme, c’est ce que défend le MLPD qui se targue avec fierté d’avoir en 50 ans construit un parti de type nouveau.

En 1914, l’Allemagne alors néo-impérialiste a déclenché la première Guerre Mondiale. C’était le résultat de la lutte entre impérialistes pour un nouveau partage du monde. Au début de la guerre, le nationalisme allemand a su éveiller jusqu’au sein des masses populaires une vraie ferveur guerrière. Mais après quatre années de vies humaines perdues, une famine à grande échelle et la misère, les masses ont perdu leurs illusions et ont brisé la propagande psychologique de poursuite de la guerre.

Une situation révolutionnaire

Les situations révolutionnaires ne peuvent pas être provoquées ou créées arbitrairement. Certes les révolutionnaires auraient bien renversé le Kaiser dès l’éclatement de la guerre. Mais une révolution a besoin de facteurs objectifs et subjectifs pour parvenir à maturation : cela implique une situation dans laquelle les dominants ne peuvent plus régner comme avant. C’est pourquoi les profondes crises économiques et politiques agitant l’impérialisme sont de la plus haute importance.

Malgré l’armistice conclu avec la Russie – qui venait de vivre sa révolution d’Octobre – l’impérialisme allemand tanguait en 1918 vers sa défaite militaire. Les gens étaient totalement épuisés et réclamaient la paix. Depuis le début de la guerre, 800 000 femmes et enfants étaient morts de faim et de dénuement. Les masses populaires ne pouvaient et ne voulaient plus être  dirigées comme avant. En janvier/février, 500 000 travailleurs participèrent à une grève générale politique. La ligue révolutionnaire Spartacus joua un grand rôle. Menée par les deux grands révolutionnaires allemands Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, cette grève exprimait une critique de la politique socialechauvine  du SPD jadis révolutionnaire.

La pensée révolutionnaire doit s’emparer des masses ! Une révolution n’est pas une action anarchiste unique, ni un putch, mais un soulèvement des masses. La révolution se fait d’abord dans la tête. Cela montre l’importance considérable de la lutte pour guider l’opinion publique au sein des masses. Elle précède chaque combat majeur et les marxistes-léninistes doivent la gagner grâce à un travail patient et par petites touches.

Appels ou révolution?

En août 1918, 250 000 soldats se rendirent à l’ennemi. L’ambiance changea totalement en octobre 1918 quand, dans la perspective de la défaite militaire, d’arrogants officiers issus de l’aristocratie voulurent inciter des dizaines de marins à participer à des batailles navales perdues d’avance. La direction politique et militaire du Reich allemand ne contrôlait plus la situation dans le pays.

Début novembre, les marins de Kiel refusèrent massivement de partir. Beaucoup parmi eux étaient d’anciens travailleurs de l’industrie. Ils avaient mis en place des connexions et structures illégales et pactisèrent avec les travailleurs à Kiel. Le dimanche 3 novembre, ils organisèrent ensemble une manifestation géante à travers la ville. Quand des fidèles de l’empereur attaquèrent la manifestation, l’avalanche révolutionnaire se mit en branle. L’intervention de l’appareil répressif de l’Etat contre les masses populaires qui protestent constitue souvent un tournant dans l’évolution politique. En Allemagne, l’avalanche engloutit l’empire allemand, créa le droit de vote pour les femmes, instaura la mise en place de comités d’entreprises et bien d’autres droits démocratiques d’association et de coalition. Des conseils d’ouvriers et de soldats virent le jour.

Si la guerre prit fin, ce n’est pas grâce à la perspicacité ou le retour à la raison des dirigeants, ni en raison des appels de personnes souffrant à cause de la guerre, mais grâce à la révolution. La révolution de Novembre peut s’enorgueillir de tels résultats. Mais les travailleurs révolutionnaires voulaient plus, à savoir une république populaire de « soviets » sur le modèle de la Russie socialiste. Le 9 novembre, Karl Liebknechtproclama la république socialiste. Presqu’au même moment, Philipp Schneidemann proclama la république bourgeoise. Le SPD fit tout son possible pour empêcher une révolution socialiste.

Le rôle joué par la direction du SPD

Jusqu’à aujourd’hui encore, le SPD revendique à tort les conquêtes de la révolution de Novembre. En réalité, il fut son ennemi le plus acharné comme le révèle Scheidemann en 1922 : « La social-démocratie n’a jamais mené une propagande antimonarchiste, une activité positive pro républicaine… Affirmer que la social-démocratie a voulu ou préparé la révolution de novembre est un mensonge de nos adversaires aussi ridicule qu’insensé ».1

Mais quand la révolution devint inéluctable, les dirigeants sociaux-démocrates comme Scheidemann, Friedrich Ebert, Gustav Noske ou Conrad Haußmann multiplièrent avec fébrilité les initiatives pour se mettre à la tête. Une course entre forces révolutionnaires et opportunistes commença.

Mais une révolution ne suit pas un long chemin tranquille avec une convergence soudaine de tous les courants au sein du mouvement des travailleurs – bien au contraire. Entre orientation révolutionnaire et orientation réformiste, la lutte se propage et se durcit. Et elle doit être menée jusqu’au bout avec toute la rigueur nécessaire aussi au sein du mouvement ouvrier.

Cet affrontement ne cessa de s’intensifier. Le 16 décembre 1918, le Congrès national des comités d’ouvriers et de soldats se réunit pour la première fois. Karl Liebknecht réclama la chute du gouvernement, l’armement du prolétariat révolutionnaire, le désarmement de la contre-révolution. Néanmoins, à l’encontre du slogan «  Tout le pouvoir aux conseils », le congrès appela à l’élection de l’assemblée nationale bourgeoise.

Après que l’armée ait tiré dès le 6 décembre sur des travailleurs révolutionnaires, ces derniers se battirent héroïquement. Entre le 6 et le 15 janvier 1919, des combats de rue firent rage dans Berlin, des rédactions de journaux furent occupées. Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, les leaders de la révolution, furent assassinés le 15 janvier par des corps francs réactionnaires, en même temps que des milliers de travailleurs/euses révolutionnaires. La déclaration de Gustav Noske, qui, en sa qualité de ministre responsable du SPD donna l’ordre de commettre ce massacre réactionnaire, est passée à l’éternité : « Il faut que quelqu’un fasse le chien sanguinaire ». Il est révélateur que Heiko Maas (SPD), le ministre des affaires étrangères, se réjouisse aujourd’hui encore qu’il y ait à Berlin des rues qui portent le nom « d’hommes politiques comme Ebert ». Or c’est ce  dernier qui donna l’ordre d’écraser le soulèvement des spartakistes.

Il faut des partis révolutionnaires forts

Le principal problème rencontré par la révolution de Novembre fut l’absence d’un parti révolutionnaire capable de diriger les masses populaires vers un objectif clair. En Russie, les révolutionnaires regroupés autour de Lénine s’étaient séparés dès1903 des opportunistes. Depuis, ils avaient bâti leur propre parti, celui des Bolcheviks, et par un travail soutenu d’information, dénoncé  inlassablement le rôle nuisible de l’opportunisme dans le mouvement ouvrier. Dans le cadre de la révolution d’Octobre, le premier Etat socialiste fut créé sous la direction des Bolcheviks.

En Allemagne, les révolutionnaires sont restés bien trop longtemps dans le SPD qui n’a cessé de s’embourgeoiser. En lieu et place d’un parti révolutionnaire, ils se sont regroupés d’une manière désordonnée au sein du groupe Spartakus. Certes, ce dernier a joué un rôle important dans la préparation et la conduite de la révolution, mais il manquait de puissance et d’expérience. Le Parti communiste vit le jour en pleine révolution, fin décembre 1918.

L’indécis USPD (parti socialiste démocratique indépendant) se plaçait entre le parti communiste révolutionnaire et la sociale-démocratie opportuniste et sociale-chauvine. De nombreux camarades révolutionnaires en faisaient partie. Mais l’USPD était hésitante et tiède dans ses engagements. « Au sein du courant révolutionnaire de la sociale-démocratie, les tendances conciliantes ont renforcé l’opportunisme et l’ont aidé à remporter la victoire » conclut Willi Dickhut, précurseur et co-fondateur du MLPD pour orienter la résistance illégale contre le fascisme hitérien.2

Ce qui apparait aujourd’hui comme une simple divergence d’opinion tactique peut, en des temps particulièrement troubles, devenir une question de vie ou de mort. Ce fut le cas en janvier 1919.

En plus de nombreux acquis très concrêts, la révolution de novembre conserve une grande valeur pour les luttes de libération. La conséquence la plus importante et la plus ineffaçable : la création d’un parti marxiste-léniniste et son évolution en un parti des masses, puis d’un parti de masse, revêt une signification existentielle pour l’aboutissement ou l’échec de la révolution prolétarienne.

Même si aujourd’hui la situation n’est pas révolutionnaire, le système impérialiste mondial est néanmoins en proie à des crises chroniques en aggravation accélérée. Face à la crise mondiale des réfugiés, une transition accélérée vers une catastrophe écologique mondiale, une guerre commerciale en pleine expansion, une crise de l’Union Européenne, à l’arrivée de signes annonciateurs d’une nouvelle crise économique et financière mondiale, et une tendance générale des impérialistes à préparer la guerre, on constate un changement d’état d’esprit progressiste à l’échelle de la planète. Les masses ne veulent pas périr à cause de la barbarie impérialiste. En Allemagne, le système politique traverse une crise de confiance d’une gravité exceptionnelle envers les partis bourgeois, les institutions et le parlementarisme bourgeois. Les manifestations de masse contre l’évolution droitière du gouvernement prennent de l’ampleur, notamment après les grandes grèves syndicales du début de l’année 2018.

L’effervescence révolutionnaire viendra. Pourra-t-elle conduire à la libération de la société ?  La réussite dépendra avant tout de notre préparation aujourd’hui.

Contrairement à 1918, la classe ouvrière dispose aujourd’hui en Allemagne d’un parti révolutionnaire : le MLPD ! Sa création devint nécessaire après que le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands), auparavant révolutionnaire,  à partir du 20ème congrès du PC soviétique ait succombé à la dégénération révisionniste. Le MLPD a défendu les conquêtes révolutionnaires et s’inscrit dans l’ancien mouvement communiste. Néanmoins, il a tiré dès le départ des conclusions créatives des forces et des faiblesses de celui-ci et des conditions changées de la lutte des classes.

Il s’emploie avec patience et obstination à ce que les expériences en matière de lutte de la classe ouvrière et des travailleurs s’interpénètrent avec la théorie révolutionnaire. Il mène des combats non pas pour des réformes éphémères mais en tant qu’école de la lutte des classes. Cette action commence par les questions concernant les entreprises et les nombreux compromis pourris acceptés par les dirigeants syndicaux de droite. De nos jours, l’opportunisme penche à nouveau fermement en faveur du social-chauvinisme, et également pour une trêve avec ses propres monopoles, son propre impérialisme. Ce genre de trêve, nous savons comment il peut finir, les 17 millions de morts de la première guerre mondiale peuvent en témoigner.

Au cours des 50 années de son édification depuis 1968, le MLPD a développé de nombreuses caractéristiques originales pour un parti marxiste-léniniste d’un type nouveau, comme par exemple son caractère prolétarien, ses fondements théoriques solides, son autofinancement, son système de travail minutieux, une relation des plus étroites entre direction et base, un programme très élaboré et le centralisme démocratique en guise de principe d’organisation. Pour éviter les erreurs, il s’appuie sur un système d’autocontrôle. A l’aide de la critique de principe et de l’autocritique envers les masses et au sein du parti, le MLPD poursuit son développement fécond. Il apprend à mieux exercer le rôle de leader qu’il doit assumer dans la lutte pour l’instauration du socialisme et son développement ultérieur.

Consultations, échanges et interaction des révolutionnaires – entre la Russie, l’Allemagne et les autres pays – n’ont été possibles au début du dernier siècle que par courrier. Il n’existait pas encore d’organisation internationale comme l’Internationale Communiste qui fut créée quelques années plus tard. C’est une question dont s’occupe le MLPD avec obstination. Il a initié avec d’autres la mise en place de la Coordination Internationale des Partis et Organisations Révolutionnaires (ICOR) en 2010. Aucune révolution ne doit être écrasée de nos jours dans l’isolement. C’est ce qui figure sur les drapeaux des désormais 51 organisations membres de l’ICOR. Cette organisation révolutionnaire mondiale est désormais représentée et active sur quatre continents.

Pas de Partis ?

Mais la classe dirigeante a elle aussi tiré des leçons de la révolution de novembre. De nos jours, elle s’efforce chaque fois que c’est possible d’atténuer les contradictions de classe. En amont d’évolutions potentiellement révolutionnaires, elle envoie des fonctionnaires appartenant soi-disant à des partis parlementaires de gauche progressistes et à des ONGs dans les mouvements sociaux, manifestations de protestation ou luttes des travailleurs. Leur mission est de faire perdre le cap ou de diviser le cas échéant. Ce n’est pas par hasard si leurs prétentions destructrices s’exercent contre les partis. Leurs partis bourgeois sont de plus en plus discrédités aux yeux des masses. C’est pourquoi leur haine s’exprime à l’encontre du MLPD. En effet, en l’absence de partis révolutionnaire, il ne peut pas y avoir de luttes réussies pour changer la société, et encore moins de renversement fondamental des rapports (révolution). Le parti de la classe des travailleurs est incontournable pour s’organiser, en raison de son expérience en matière de luttes sociales et de transformation collective du mode de pensée. Tous ceux qui aspirent à une alternative sociale ont intérêt à le renforcer.

Note de base 1 : citation du livre de Willi Dickhut: Prolétarischer Widerstand gegen Faschismus und Krieg, page 641

Note de base 2 : ibid, p. 669

L’opportunisme dans le mouvement des travailleurs : courant bourgeois qui ne voit pas les caractéristiques basiques du développement du capitalisme et sacrifie les intérêts de classe du prolétariat pour des intérêts immédiats, qui refuse aux masses la capacité à se libérer par leurs  propres moyens et rejette la révolution et se prononce en faveur de la coopération avec la bourgeoisie.

Révisionnisme : courant idéologique bourgeois au sein du mouvement ouvrier qui se revendique en paroles du marxisme-léninisme ou du marxisme, mais qui en dénature la doctrine de base. Au lieu de prôner la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière pour le socialisme et la dictature du prolétariat, les révisionnistes militent en faveur de la voie pacifique « vers le socialisme ».