Cadmium, santé et rôle de l’État :
Alerte à la santé publique
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans l’environnement, mais dont la concentration a été fortement accrue par l’utilisation d’engrais phosphatés venus pour 50 % des mines de notre « ami » le roi du Maroc massivement utilisé par les grands groupes de l’agro-industrie. Tout comme bien d’autres molécules le cadmium s’accumule dans les sols, est absorbé par les plantes puis se retrouve dans l’alimentation humaine.
Selon les données récentes des autorités sanitaires, le cadmium est détecté dans une très grande majorité des aliments consommés quotidiennement. Les produits céréaliers, le pain, les pâtes, les pommes de terre, certains légumes, le riz et le blé qui constituent les principales sources alimentaires de la population. Les crustacés, mollusques, abats, chocolats et confiseries présentent parfois des concentrations plus élevées, mais leur consommation moins fréquente limite leur contribution globale à l’exposition, sauf pour les enfants friands des deux derniers.
Le danger du cadmium réside dans sa capacité à s’accumuler durablement dans l’organisme. Sa demi-vie biologique peut atteindre plusieurs décennies. Il est reconnu comme cancérogène et peut également provoquer des atteintes rénales, osseuses et reproductives.
Les enfants, les femmes enceintes et les fumeurs constituent les groupes les plus exposés. Les jeunes enfants dépassent fréquemment les seuils sanitaires de référence en raison de leur faible poids corporel et de leur alimentation. Les fumeurs absorbent également du cadmium par inhalation, ce qui augmente fortement leur imprégnation.
Que proposent les autorités sanitaires ?
Cela fait maintenant près de 2 décennies qu’on connaît les effets néfastes du cadmium. Les gouvernement successif qui pilote les organismes de santé publique n’ont d’autre recommandations que de diversifier l’alimentation, de varier les provenances des produits consommés et d’accroître la place des légumineuses dans le régime alimentaire. Et de recommander de manger « bio » — chacun sait que cela n’est pas à la portée financière de tous !
Toutefois, les solutions individuelles (qui ne concerne qu’un petit groupe d’individus) ne traitent que les effets d’une agriculture intensive qui ne voit que la rentabilité, le profit, à court terme. La réduction durable de l’exposition nécessite une diminution de la présence du cadmium dans les fertilisants et une transformation des pratiques agricoles. La question devient alors non seulement sanitaire mais également économique, sociale et politique. Le scandale n’éclate au grand jour que parce que la Santé des populations s’est fortement dégradée : maladies graves comme le cancer ce qui augmentent les arrêts de travail, les incapacités durables, l’absentéisme… et nuisent finalement à la sacro-sainte économie de profit capitaliste. C’est la une des contradictions du libéralisme. Ce qui profite à certains groupes économiques porte atteinte à la principale force productive : la force de travail nécessaire pour les autres groupes. L’État gérera la question en fonction des rapports de force.
Apte au travail et à la production
La politique sanitaire ne peut être comprise indépendamment du fonctionnement général du mode de production capitaliste.
D’un point de vue marxiste (du matérialisme dialectique) les institutions publiques, y compris les services de santé, d’éducation et d’assistance sociale, doivent être analysées comme des instruments participant à la reproduction des conditions nécessaires au fonctionnement du mode de production capitaliste.
Marx a montré bien souvent dans ses écrits que la force de travail est une marchandise particulière dont la reproduction est indispensable au système économique. Cette reproduction implique l’alimentation, le logement, les soins, l’éducation et la formation de la population.
De ce point de vue les politiques de santé publique ne sont pas seulement motivées par des considérations humanitaires ou morales, mais également par la nécessité de préserver une population apte au travail et à la production.
Santé et reproduction de la force de travail
L’existence de systèmes de santé publics, de campagnes de prévention ou de réglementations sanitaires peut alors être interprétée de deux manières.
Considérer ces dispositifs comme des conquêtes sociales destinées à protéger la population contre les risques sanitaires et environnementaux. Ce qui est bien souvent le résultat de rapport de force sociale ou de lutte de classe.
Et par ailleurs, selon les analyses de Marx et d’Engels, y voire également des instruments permettant de maintenir la capacité productive de la main-d’œuvre et de garantir la stabilité sociale nécessaire à la poursuite de l’accumulation du profit capitaliste.
Dans ce cadre, la lutte contre les pollutions telles que celle du cadmium (comme de bien d’autres) apparaît comme une nécessité à la fois sanitaire et économique. La protection de la santé collective contribue simultanément à la préservation de la population et au maintien des conditions générales de la production.
En conclusion
Il est indispensable de lutter pied à pied pour une meilleur santé publique et des institutions réellement collectives : Sécurité Sociale, hôpitaux, protection de l’enfance, etc. Il n’en reste pas moins que la question du cadmium (comme de bien d’autre : le plomb, l’arsenic…) illustre que la santé publique dépend d’une économie de marché capitaliste et du rôle de l’État à son service. D’un côté, les données scientifiques mettent en évidence une large contamination de l’alimentation, une dégradation de la santé des producteurs, en particuliers, d’où la nécessité d’actions publiques pour réduire les risques sanitaires. De l’autre, les analyses marxistes doivent nous interroger sur les intérêts économiques et sociaux qui conditionnent et limitent les politiques publiques. L’action publique vise à réguler les rapports entre santé, agriculture, économie et pouvoir politique. On en voit les contradictions : actions collectives permanentes, résistance des populations, pour maintenir leur santé mais aussi nécessité pour en finir de mettre fin à un mode de production dont le soucie premier n’est le bien être sociale mais le profit.
