D’un point de vue marxiste, les agressions sexuelles, les violences faites aux femmes et aux enfants ne sont généralement pas analysées comme de simples comportements individuels ou des déviances morales isolées. Elles sont replacées dans le cadre des rapports sociaux, des structures de pouvoir et des conditions matérielles de la société.
- L’oppression des femmes comme phénomène social et historique
Pour les marxistes classiques comme Karl Marx et surtout Friedrich Engels, la domination masculine n’est pas une donnée naturelle ou biologique. Dans son ouvrage « L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État », Engels soutient que l’oppression des femmes s’est développée avec l’apparition de la propriété privée, de l’héritage et de la famille patriarcale.
Selon cette analyse :
- Le contrôle de la sexualité des femmes devient important pour assurer la transmission du patrimoine.
- La famille constitue une institution qui reproduit les rapports de domination existants.
- Les violences sexistes sont liées à des rapports de pouvoir ancrés dans l’organisation sociale.
- Les violences sexuelles comme expression d’un rapport de domination
De nombreux marxistes contemporains considèrent que le viol ou les agressions sexuelles ne relèvent pas principalement du désir sexuel, mais de rapports de pouvoir.
Dans cette perspective :
- L’agresseur exerce une domination sur une personne plus vulnérable.
- Les violences sexuelles participent au maintien d’une hiérarchie entre les sexes.
- Les inégalités économiques et sociales peuvent accroître la vulnérabilité des victimes.
Cette approche rejoint en partie celle de certaines théoriciennes féministes marxistes comme Silvia Federici ou Alexandra Kollontaï.
- Les violences faites aux enfants
L’analyse marxiste relie souvent les violences envers les enfants aux conditions sociales et familiales produites par le système économique.
Par exemple :
- La précarité, le chômage ou la misère peuvent accroître les tensions familiales.
- L’autoritarisme dans la famille peut refléter des rapports hiérarchiques présents dans l’ensemble de la société.
- Les enfants peuvent être perçus comme les membres les plus faibles d’un système de domination.
Cela ne signifie pas que la pauvreté produit mécaniquement la violence, mais que les conditions matérielles influencent les comportements et les rapports familiaux.
- Le rôle du capitalisme
Les marxistes ne prétendent généralement pas que le capitalisme crée à lui seul les violences sexuelles ou familiales. Ils soutiennent plutôt que :
- Le capitalisme hérite de structures patriarcales plus anciennes.
- Il peut les reproduire ou les utiliser à son avantage.
- Le travail domestique et éducatif, majoritairement assuré par les femmes, permet de reproduire gratuitement la force de travail nécessaire à l’économie.
Ainsi, certaines formes de domination de genre seraient liées au maintien de l’ordre social existant.
- Débats au sein du marxisme
Il n’existe pas une seule analyse marxiste.
Certaines féministes ont reproché, à tort, au marxisme :
- de réduire les violences sexuelles à des questions économiques ;
- de sous-estimer l’autonomie du patriarcat ;
- de ne pas suffisamment prendre en compte la dimension culturelle et psychologique des violences.
De ce débat sont nés différents courants : féminisme marxiste, féminisme socialiste, féminisme matérialiste, notamment avec des penseuses comme Christine Delphy.
En bref
L’analyse marxiste voit généralement les agressions sexuelles et les violences envers les femmes et les enfants comme des phénomènes liés à des rapports de domination socialement construits. Plutôt que de se concentrer uniquement sur la responsabilité individuelle des agresseurs (qu’elle ne nie pas), elle cherche à comprendre comment les structures économiques, familiales et politiques contribuent à produire ou à reproduire ces violences. L’objectif est d’expliquer pourquoi ces phénomènes persistent à grande échelle et comment une nouvelle société socialiste bouleverserait l’ordre économique, familiale et politique actuel en éliminant les causes sociales de toutes oppressions.
