3 juin 2026

Les dockers ne deviendront pas un maillon de la chaîne de leurs guerres !

DÉCLARATION COMMUNE de la 3e Rencontre internationale des syndicats de dockers à Istanbul, les 18 et 19 mai 2026

Les dockers ne deviendront pas un maillon de la chaîne de leurs guerres !

Nous, les syndicats de dockers de plus de 35 ports d’Europe et de la Méditerranée, réunis à Istanbul à l’occasion de la 3e Rencontre internationale des syndicats de dockers, lançons un appel militant commun à nos camarades de travail dans tous les ports, dans tous les pays. Notre réunion se tient à un moment où les événements confirment de manière dramatique ce que nous avons déjà déclaré : les ports, les routes maritimes, les chemins de fer, les entrepôts, la logistique, toute la chaîne de transport, se transforment de plus en plus ouvertement en infrastructures de guerre. Les gouvernements, les États-Unis, l’OTAN, l’UE et les monopoles veulent faire des travailleurs les complices du transport d’armes et de matériel militaire destinés au massacre des peuples. Nous ne leur ferons pas cette faveur!

Nous ne partons pas de zéro. Nous avons déjà de l’expérience, des décisions communes, un héritage précieux et des liens forgés dans la lutte. La grève et la journée d’action internationale que nous avons organisées le 6 février dans 7 pays et 20 ports ont constitué un tournant historique. Les dockers ont envoyé un message fort : ils ne travaillent pas pour les guerres des impérialistes. Ils ont prouvé que la coordination n’est pas seulement un slogan. Elle peut se traduire en action. Elle peut s’étendre du Pirée à Gênes, Marseille, Tanger, Mersin, Bilbao, Pasaia, Trieste, et à tous les ports où les travailleurs se dressent. Aujourd’hui, cependant, l’évolution de la situation exige que nous poursuivrons avec encore plus de détermination ce que nous avons commencé.

La guerre impérialiste au Moyen-Orient s’étend. Le génocide du peuple palestinien par l’État meurtrier d’Israël se poursuit avec le soutien des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE. L’attaque américano-israélienne contre l’Iran, la flambée de violence dans le détroit d’Ormuz, les attaques contre des navires, les blocus, la militarisation des voies maritimes, tout cela montre que les peuples et les travailleurs sont poussés toujours plus profondément dans l’abîme de la guerre.

Nos ports eux-mêmes se trouvent en première ligne de ce conflit. Ils veulent que nos mains chargent des armes, qu’elles servent leurs armées. Ils veulent que les infrastructures construites à la sueur des travailleurs deviennent des bases pour des interventions, des blocus, des génocides et des attaques contre les peuples. Les gouvernements parlent de « sécurité », de « stabilité » et de « liberté de navigation ». Mais la vérité est tout autre. Derrière ces mots se cachent les rivalités pour le contrôle des voies énergétiques, des routes commerciales, des ports, des matières premières et des marchés. Derrière eux se cache le conflit entre puissants États capitalistes pour savoir qui dominera dans le système impérialiste. Cela n’a rien à voir avec les intérêts ou la sécurité des peuples.

Face à cette réalité, les travailleurs ne peuvent pas faire confiance aux forces syndicales qui acceptent les objectifs de « l’économie de guerre », qui présentent la participation aux guerres comme du « développement », des « emplois » ou « l’intérêt national », qui appellent les travailleurs à faire des sacrifices pour le profit et la guerre, à se rallier aux besoins des gouvernements, des armateurs, des monopoles et des alliances impérialistes.

Alors que des milliards sont dépensés en armement, les dockers travaillent dans des conditions d’intensification du travail, avec des horaires épuisants, des relations de travail flexibles, le recours à la sous-traitance, des salaires bas et un manque de mesures de santé et de sécurité. Ils subissent les conséquences de la guerre, qui entraîne l’inflation et la hausse des prix des denrées alimentaires, du carburant et des produits de première nécessité. Ils sacrifient nos vies pour leurs profits en temps de paix, et aujourd’hui, ils veulent les sacrifier en temps de guerre. Le coût de leurs guerres est toujours supporté par les mêmes : les peuples, les travailleurs, les marins, les dockers, les réfugiés.

Nous exigeons :

1. La fin immédiate du génocide du peuple palestinien et l’ouverture d’un couloir sécurisé pour l’aide humanitaire. La fin de la colonisation, de l’occupation et de l’apartheid imposés au peuple palestinien, et la reconnaissance d’un État palestinien indépendant, reconnu par la communauté internationale, dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.

2. La fin de la guerre au Moyen-Orient. Pas de soutien, pas de facilitation, pas de participation à la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le Liban ou toute autre intervention impérialiste. Retrait des flottes et des bases militaires de la région. Nous exprimons notre entière solidarité avec les peuples de Cuba, du Venezuela et du Soudan menacés par l’impérialisme américain et nous appelons à la défense de la souveraineté des peuples, de leurs ressources, de leur intégrité territoriale, de la paix dans la justice et du droit à la résistance pour l’autodétermination.

3. Les ports ne doivent pas servir au transport d’armes, de munitions, de matériel militaire et de troupes. Nous appelons les syndicats à renforcer la vigilance, à informer les travailleurs, à dénoncer les cargaisons de guerre et à organiser une résistance collective de masse avec tous les moyens légitimes à notre disposition et notre lutte.

4. Mettons fin à la militarisation des ports et des infrastructures critiques. Les ports appartiennent aux peuples et aux travailleurs. Ils ne sont pas des bases pour l’OTAN, les États-Unis ou l’UE, ni des outils au service des armateurs et des groupes monopolistiques.

5. Non à l’économie de guerre et à l’armement. L’argent doit être consacré aux salaires, aux conventions collectives, à la santé, à l’éducation, aux besoins sociaux, ainsi qu’à la protection de la vie et à la sécurité au travail.

6. Des mesures de santé et de sécurité sur les lieux de travail. Pas un seul travailleur ne doit mourir pour le profit. Fin de l’intensification du travail, de la sous-traitance, des conditions dangereuses et de l’arbitraire patronal.

7. Des conventions collectives prévoyant de réelles augmentations salariales, des emplois stables assortis de droits, une politique de retraite offrant de meilleures pensions et une réduction du temps de travail. Les progrès technologiques, la mécanisation, l’automatisation, l’utilisation de l’IA et le développement des ports doivent répondre aux besoins des travailleurs et ne pas conduire à l’intensification du travail ou à la disparition de leurs emplois.

Afin de renforcer la coordination internationale des syndicats de dockers, nous nous engageons collectivement à échanger des informations entre syndicats en vue d’une action commune, de mobilisations simultanées et d’initiatives de grève pour soutenir le blocus contre la guerre et les armes, ainsi que la solidarité avec tous les syndicats attaqués par les gouvernements, les employeurs et les mécanismes de répression.

Lors de cette réunion, les syndicats participants ont convenu, en signant cette déclaration, d’appeler à une deuxième journée de lutte internationale des dockers en octobre 2026.

Depuis Istanbul, nous envoyons le message suivant : ● Les dockers ne se sacrifieront pas pour leurs profits et leurs guerres. ● Nous ne chargeons pas la mort. ● Nous ne transportons pas de balles, de bombes et de missiles pour que des enfants puissent être tués. ● Nous n’acceptons pas que nos ports soient transformés en bases de guerre. ● Les travailleurs ne paieront pas pour l’économie de guerre, l’inflation, l’armement et les profits des monopoles.

Notre force réside dans l’organisation. Elle réside dans nos syndicats, dans les assemblées générales, dans les décisions collectives, dans la solidarité entre les travailleurs de différents pays. Nous, les travailleurs des ports, savons très bien que sans nous, rien ne bouge. Sans nos mains, les conteneurs restent immobiles, les navires ne sont pas chargés, les machines de guerre sont bloquées. Nous appelons tous les syndicats de dockers à discuter de cette déclaration, à renforcer notre action commune et à organiser des actions communes, afin de renforcer les liens de solidarité entre les ports. La mobilisation historique du 6 février a montré la voie, la prochaine fera un pas en avant !

Les dockers ne travaillent pas pour la guerre ! Des ports pour les peuples et la paix – pas des bases pour les impérialistes !

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