11 février 2026

Trump n’est pas une anomalie

Les petit-bourgeois pleurent à chaque poussée fasciste comme s’il s’agissait d’un accident de l’Histoire. Ils parlent de “dérive”, de “folie”, de “populisme”, de “crise de la démocratie”. Les marxistes-léninistes, eux, ne sont pas surpris. Pas un instant.

Parce que le fascisme n’est pas une pathologie extérieure au capitalisme. Il est une de ses formes de domination politiques possibles. Il est une solution de crise pour la bourgeoisie. Il est un outil de soumission quand la « démocratie libérale » ne suffit plus.

Et cela, Marx l’avait déjà théorisé il y a plus de deux siècles.

Dans le « Manifeste du Parti communiste » (1848), Marx et Engels décrivent la bourgeoisie comme une classe historiquement révolutionnaire… tant qu’elle détruit le féodalisme. Mais ils voient une tendance fondamentale :

*Toute classe dominante finit par devenir un frein au développement historique.

*Une fois au pouvoir, la bourgeoisie cesse d’être progressiste.

Elle devient alors conservatrice, puis réactionnaire, puis dictatorial. Elle n’a alors plus qu’un objectif : préserver ses rapports de production qui la font être la classe dominante et dirigeante et qui vise à empêcher l’émancipation du prolétariat

Quand les contradictions sociales s’aiguisent, quand l’appauvrissement, la misère augmente, quand les oppositions et la lutte des classes deviennent visibles, la bourgeoisie joue sur deux tableaux :

*La tromperie des concessions sociales temporaires tout en maintenant l’oppression.

*La répression économique, sociale et politique directe. Quand les concessions ne suffisent plus, la classe dirigeante bascule dans l’autoritarisme, nous en sommes-là aujourd’hui en France.

Bonapartisme, césarisme, fascisme : une continuité historique

Marx analyse déjà cette dialectique dans Le « 18 Brumaire de Louis Bonaparte ». Il y montre comment la bourgeoisie,incapable de gouverner « démocratiquement » dans une situation de crise, confie le pouvoir politique direct à un « homme fort », à condition qu’il garantisse l’ordre bourgeois.

C’est la matrice du fascisme moderne :

*un chef charismatique

*un discours anti-élite de façade

*une mobilisation émotionnelle des masses

*une rhétorique nationaliste

*un autoritarisme présenté comme “restauration de l’ordre”

*un pouvoir réel toujours au service du capital…

Le fascisme n’est pas “anti-système”. Il est le système en mode survie.

Trump : produit pur du capitalisme impérialiste

Trump n’est pas une aberration. Il n’est pas une erreur. Il n’est pas une “folie américaine”. Il est un produit logique du capitalisme impérialiste en crise.

Quand la classe moyenne s’appauvrit, voire se prolétarise, quand les revenus stagnent, quand la dette explose, quand les inégalités deviennent obscènes, quand la démocratie devient vide de sens réel et le parlementarisme un vrai moulin à parole… Alors la bourgeoisie change de masque. Elle remplace le libéralisme (qui n’est qu’une dictature soft) par l’autoritarisme. Elle abandonne le discours sur les droits, les « valeurs » par un discours sur l’ordre policier. Elle abandonne la façade humaniste par la brutalité fasciste, comme on le voit avec ses milices ICE.

Trump incarne le capitalisme qui se dit « national ». Il représente la violence sociale décomplexée, la haine de classe déguisée en haine culturelle, la domination impérialiste proclamée et assumée et le mépris des masses sous forme de populisme. Tout cela ne va pas sans réactions populaires, sans prise de conscience et sans protestations massives. Car la classe prolétarienne et les larges masses ne sont pas passives. Elles résistent, s’organisent et construisent déjà, concrètement les conditions de la Révolution.

Aux États-Unis, c’est la résistance populaire contre les rafles de l’ICE, les réseaux de protection des migrants, les mobilisations de quartier et dans les entreprises ; les blocages et les affrontements directs avec l’appareil répressif. Cela montrent que l’État bourgeois ne gouverne jamais sans opposition. En France, le mouvement des Gilets jaunes a brisé le mythe de la paix sociale, réintroduit la violence de classe dans l’espace politique et montré que le peuple peut s’auto-organiser hors des cadres syndicaux et institutionnels. Les grèves des dockers, en France comme à l’international, bloquant les flux logistiques du capital, révèlent le véritable cœur du système : la circulation des marchandises. Les grèves massives contre les réformes des retraites, les mobilisations interprofessionnelles, les blocages d’infrastructures, le mouvement “bloquons tout”, expriment une même logique : frapper le capital dans son fonctionnement matériel.

À l’échelle mondiale, la résistance s’organise aussi : luttes paysannes en Inde, mobilisations ouvrières en Amérique latine, soulèvements populaires contre la vie chère, mouvements de masse contre l’austérité, insurrections sociales périodiques dans les pays dominés, résistances populaires à l’impérialisme, luttes anti-coloniales toujours actives. Partout, sous des formes différentes, une même réalité se manifeste : le système ne tient que par la contrainte, et cette contrainte engendre sa propre contestation.

Ces luttes sont encore dispersées, fragmentées, souvent désorganisées, parfois récupérées, mais elles portent une dynamique objective : la rupture avec l’ordre bourgeois. Elles expriment la maturation historique des contradictions du capitalisme. Elles montrent que la fascisation ne produit pas seulement la peur — elle produit aussi la résistance. Elles prouvent que la lutte des classes n’a jamais disparu, qu’elle change de formes, qu’elle se radicalise, qu’elle s’internationalise.

C’est dans ces résistances concrètes, dans ces luttes réelles, dans ces affrontements directs avec l’État bourgeois et le capital, que se forgent les conditions matérielles, politiques et idéologiques de la Révolution. Non pas dans les urnes, non pas dans les discours parlementaires, non pas dans les réformes, mais dans l’organisation autonome des masses, que se forge la conscience et la construction patiente d’un véritable Parti du prolétariat, instrument indispensable à la transformation révolutionnaire.

Trump parle “au peuple” tout en gouvernant pour les multinationales milliardaires. C’est traditionnel et parfaitement prévisible. Il cherche des alliés et sème la confusion.

Le fascisme n’est pas une dérive morale, c’est une nécessité économique

Le marxisme ne moralise pas le fascisme. Il l’analyse et le combat. Le fascisme apparaît quand la démocratie libérale devient inefficace et que la lutte des classes s’intensifie. Alors, la bourgeoisie perd son hégémonie politique et idéologique et la violence devient un outil politique rentable.

C’est une réponse de classe à une crise de classe. Pas un accident. Pas une folie individuelle. Pas un problème psychologique. Pas une dérive culturelle, comme on l’entend trop souvent. C’est une stratégie de domination.

Pourquoi les marxistes-léninistes ne sont pas surpris ? Parce que nous ne raisonnons pas en termes de personnes, mais en termes de classes. Pas en termes de discours sur le « droit », mais en termes de rapports sociaux de production.

Trump, Bolsonaro, Orban, Milei, Le Pen, Modi… :

➡️ mêmes fonctions historiques

➡️ mêmes logiques de classe

➡️ mêmes intérêts servis

➡️ mêmes mécanismes de domination

La différence est dans le style mais le contenu est le même.

Conclusion : la fascisation est le vrai visage du capitalisme en crise.

Quand la démocratie bourgeoise fonctionne, la bourgeoisie la défend au nom du « droit », des « valeurs universelles », etc.

Quand elle ne fonctionne plus, elle la piétine, c’est du 49.3 et un exécutif qui seul décide, le parlement devient inutile. Quand la démocratie devient dangereuse pour ses intérêts, elle la court-circuite de fait.

Le fascisme n’est pas l’opposé du capitalisme, il en est l’ultime protection politique. Marx n’a pas “prévu Trump” comme individu. Il a théorisé la logique historique qui le rend inévitable. Et c’est pour cela que les marxistes-léninistes ne sont ni choqués, ni surpris, ni désorientés. Parce qu’ils savent une chose essentielle :

Tant que le capitalisme existera, le fascisme restera une nécessité politique pour la bourgeoisie.

La seule vraie rupture, la seule vraie barrière, la seule vraie alternative historique, c’est la destruction révolutionnaire du système capitaliste ; c’est la prise du pouvoir par le prolétariat et la construction du socialisme.

Un impératif aujourd’hui : la reconstruction d’un véritable Parti du prolétariat.

Bachir

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