17 septembre 2026

Capitalisme et catastrophe climatique

Canicules, sécheresses, incendies : le dérèglement climatique n’est plus une menace abstraite. Le GIEC établit sans ambiguïté que le réchauffement actuel est principalement causé par les émissions humaines de gaz à effet de serre. Mais dire que la crise est « anthropique » ne suffit pas. Pourquoi l’activité humaine a-t-elle produit une telle quantité de CO₂ en si peu de temps ?

Pour répondre, il faut cesser de parler de « l’Homme » comme d’un être abstrait et regarder le système qui organise aujourd’hui la production : le capitalisme.

Le capital doit s’accumuler

La plus-value et l’exploitation existaient avant le capitalisme. Ce qui caractérise le capitalisme, c’est notamment que la production est organisée autour de la marchandise, de la loi de la valeur et de la transformation de la plus-value en capital supplémentaire.

Un capital qui ne se valorise pas au maximum est menacé par la concurrence. Chaque capital doit donc chercher à investir, produire, vendre et recommencer à une échelle toujours plus grande.

Capital → production/spéculation → profit → accumulation → davantage de capital → davantage de production/spéculation

Cette dynamique n’est pas guidé par la satisfaction des besoins humains. Elle pousse à rechercher de nouveaux marchés, de nouvelles marchandises, de nouvelles matières premières et de nouvelles possibilités d’investissement.

C’est ici que la contradiction avec la nature apparaît. Le capital peut être accumulé sans limite ; les ressources naturelles et les capacités de régénération des écosystèmes sont limitées.

L’accumulation a besoin de matières et d’énergie

Toute marchandise nécessite du travail, mais aussi des ressources naturelles et de l’énergie. Produire davantage de voitures exige davantage d’acier, de plastique, de minerais, de routes et de carburants. Produire davantage de bâtiments exige davantage de ciment, de sable, d’acier et d’énergie. Faire circuler davantage de marchandises exige davantage de camions, de bateaux, de ports et d’entrepôts.

Le GIEC souligne justement le rôle majeur de l’industrie, des transports, des bâtiments, de l’agriculture et de l’utilisation des terres dans les émissions mondiales, ainsi que l’importance de réduire la demande en matériaux et en énergie.

Le problème n’est donc pas seulement que certaines technologies seraient polluantes. C’est aussi l’extension permanente de la production matérielle. Le capital transforme toujours davantage la nature en marchandises : pétrole en carburant et en plastique, minerais en métaux, forêts en bois, terres en espaces agricoles ou constructibles.

Le climat : une conséquence de cette dynamique

Le capitalisme industriel s’est historiquement développé grâce au charbon, puis au pétrole et au gaz. Leur combustion libère du CO₂ qui renforce l’effet de serre. La chaîne est donc concrète :

accumulation → extension de la production → consommation d’énergie et de matières → émissions de CO₂ → réchauffement

Le capitalisme n’a évidemment pas inventé l’effet de serre, les sécheresses, les incendies ou El Niño. Mais il a profondément transformé les conditions matérielles dans lesquelles ces phénomènes naturels se produisent. C’est pourquoi il faut être précis : le capitalisme ne crée pas les lois de la nature ; il modifie à une échelle gigantesque les conditions dans lesquelles elles s’exercent.

« C’est l’Anthropocène » ?

Dire que la catastrophe climatique est anthropique est scientifiquement correct. Mais « l’humanité » n’est pas une catégorie sociale homogène. Nous ne sommes pas tous égaux.

Les émissions sont très inégalement réparties entre les populations, et les capacités de décision sont encore plus inégalement réparties.Une famille ne décide pas de construire une raffinerie, une autoroute ou une centrale à charbon. Elle ne décide pas non plus quelles marchandises seront produites ni comment les territoires seront aménagés.

La question n’est donc pas seulement : Que fait « l’humanité » à la planète? Mais : Qui possède les moyens de production, qui décide de la production et dans quel but ?

« C’est un incendiaire qui a brûlé la forêt »

Un incendiaire peut expliquer le départ d’un incendie. Mais il n’explique pas pourquoi une forêt est devenue extrêmement inflammable. La chaleur et la sécheresse diminuent l’humidité des sols et de la végétation ; le vent accélère la propagation ; l’état des peuplements et l’organisation du territoire jouent également un rôle. L’INRAE et l’ONF insistent sur cette combinaison de facteurs. La chaîne est donc :

CO₂ → réchauffement → sécheresse accrue → végétation plus sèche → conditions favorables aux incendies.

L’incendiaire peut expliquer l’étincelle. Il n’explique pas pourquoi le combustible est devenu plus inflammable.

De la même manière, la gestion forestière peut aggraver ou réduire la vulnérabilité d’un territoire. La propriété privée ne signifie pas automatiquement mauvaise gestion, mais la recherche de rentabilité peut entrer en contradiction avec une gestion écologique de long terme dont les bénéfices sont collectifs.

Et El Niño ?

Il faut également refuser les explications simplistes. El Niño existait avant le capitalisme. Les courants océaniques et les régimes de vent aussi. Le capitalisme ne crée donc pas tous les phénomènes climatiques. Mais le réchauffement anthropique modifie les conditions dans lesquelles ils évoluent. Le GIEC prévoit par exemple un affaiblissement de l’AMOC au cours du XXIe siècle, tandis que les modifications futures d’El Niño restent plus incertaines.

La nature possède ses propres lois. La société transforme les conditions matérielles dans lesquelles ces lois s’exercent. C’est cela, la véritable approche dialectique.

Le capital menace les conditions de sa propre reproduction – et il menace l’avenir de l’humanité

La contradiction fondamentale est finalement simple. Pour s’accumuler, le capital doit développer la production. Mais cette production repose sur la nature et peut simultanément détruire les conditions naturelles nécessaires à la reproduction de la société : stabilité du climat, eau, sols, forêts, biodiversité – et donc les bases de vie de l’humanité.

Un capital peut réaliser aujourd’hui un profit en détruisant une ressource dont les conséquences apparaîtront dans plusieurs décennies.

Le profit doit être immédiat ; les conséquences écologiques sont souvent différées et collectives. C’est pourquoi le marché ne peut pas, à lui seul, déterminer rationnellement ce que la société doit produire.

Abandonner de la logique de l’accumulation

La catastrophe climatique ne sera donc pas résolue uniquement par des changements individuels ou par quelques technologies « vertes ». Il faut pouvoir décider collectivement de ce que l’on produit, en quelle quantité, avec quelles ressources et dans quelles limites écologiques. Cela suppose de remettre en cause la domination du capital sur les principaux moyens de production.

La révolution socialiste signifie précisément la possibilité de socialiser ces moyens de production, de les transformer et de planifier démocratiquement l’économie en fonction des besoins humains et des limites de la planète, plutôt qu’en fonction de l’accumulation du capital.

Il s’agit de créer les conditions permettant enfin de soumettre consciemment la production aux besoins sociaux et aux connaissances scientifiques. Le problème climatique n’est donc pas seulement que nous produisons avec de mauvaises technologies. C’est que nous produisons dans un système qui nous pousse à produire toujours davantage.

Face à une planète finie et à un capital qui doit s’accumuler sans cesse, la contradiction est devenue impossible à ignorer. Pour sortir de la catastrophe climatique, on ne peut pas verdir le capitalisme : il faut briser la logique de l’accumulation du capital.

La révolution socialiste seule le permet.

 

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