Il y a soixante ans, en août 1966, débutait en Chine la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (GRCP). Cet anniversaire est une excellente occasion pour réfléchir aux grandes réalisations de la construction socialistes de la République populaire de Chine. Pas par nostalgie mais pour éclairer notre avenir. Nous disions lors de notre article de mi-août qu’il nous faut nous forger notre propre point de vue, et que dans ce but nous publierions différents articles ou livres.
Voici un court livre de 80 pages, publié aux éditions Soleil Rouge qui tente d’expliquer ce qu’est la transition socialiste après la prise du pouvoir révolutionnaire. A l’heure où le pessimisme ou l’absence de perspectives obscurcissement bien des têtes, il est utile de penser que si le socialisme en URSS comme en Chine a été vaincu à un moment et pour des raisons précises, il n’en est pas mort pour autant. Alors réflechissons à ce qu’a été concrètement la transition socialiste et repensons le socialisme révolutionnaire. Le livre de Pao-yu Ching, dont nous ne citons que l’introduction, nous en donne l’occasion. Les liens (en bleu) nous mènent aux différentes parties du livre.
Pao-yu Ching est née à Pékin en 1937. Elle est à l’origine de livres et d’articles présentant des analyses matérialistes sur la construction du socialisme et la restauration du capitalisme en Chine.
Repenser le socialisme. Qu’est-ce que la transition socialiste ?

Par Pao-Yu Ching & Deng-Yuan Hsu
Sommaire
- Repenser le Socialisme : Qu’est-ce que la transition socialiste ?
- L’expérience concrète de la Chine pendant la transition socialiste
- La mise en œuvre de projets capitalistes et/ou socialistes
- Le double aspect des projets capitalistes et socialistes au cours de la transition socialiste
- Concurrences entre projets socialistes et capitalistes
- La production marchande et la loi de la valeur sous le socialisme
- Le Parti Communiste Chinois
- Conclusion
***********************************************
Voici la préface du livre :
“Nous ne prétendons pas que Marx ou les marxistes connaissent sous tous ses aspects concrets le chemin du socialisme. Ce serait absurde. Nous connaissons l’orientation de ce chemin, nous savons quelles forces de classe y conduisent, mais ce qu’il est concrètement, pratiquement, c’est l’expérience de millions d’hommes et de femmes qui le montrera, quand ils se mettront à l’œuvre.” (Lénine)
Les deux événements historiques les plus importants du XXe siècle ont été la Révolution russe de 1917 et la Révolution chinoise de 1949. Ces deux révolutions héroïques ont été menées par l’avant-garde du prolétariat : le Parti communiste de l’URSS et le Parti communiste chinois. Après la révolution, des millions de personnes, des dizaines de millions de personnes et même des centaines de millions de personnes ont pris le chemin du socialisme pendant une longue période – en Union soviétique de 1917 à 1956 et en Chine de 1949 à 1978, et cela même si, en URSS comme en Chine, la transition socialiste n’a réellement commencée qu’après une période de consolidation. Les expériences concrètes de ce que les révolutionnaires russes et chinois ont pu accomplir sont comme des empreintes de pas sur le chemin vers le socialisme.
Le bilan de leurs luttes nous a enseigné de nombreuses leçons sur les forces de classe qui faisaient avancer le socialisme vers le communisme et sur les forces de classe qui les bloquaient et les menaient dans la direction opposée. Alors que nous célébrons le centenaire de la révolution russe cette année, nous ne considérons pas la perspective du socialisme comme une feuille de papier vierge, mais bien comme marquée de leçons précieuses, de victoires et de défaites, écrites par les révolutionnaires avec leur sang et leur sueur. Lorsque mon co-auteur et moi-même avons écrit Repenser le Socialisme, nous avons conclu : «Malheureusement, la première série de tentatives pour construire le socialisme a échouée ». Je ne crois plus que ce soit le cas. Au contraire, j’ai fini par comprendre que les tentatives de construction du socialisme n’ont pas échoué – elles ont été vaincues. Les révolutions socialistes en Union Soviétique et en Chine nous ont montré comment les partis communistes ont mené les révolutions, et comment les ouvriers et les paysans courageux ont suivi leur direction vers la victoire, beaucoup d’entre eux donnant leur vie sur ce chemin. Les transitions socialistes en Union Soviétique et en Chine nous ont également montré qu’il était possible de construire une nouvelle société sans exploitation. Et finalement, elles nous ont montré comment la bourgeoisie a repris le pouvoir politique des mains du prolétariat et a brutalement mis fin au développement socialiste.
Il y a une distinction critique à faire entre déclarer que « le socialisme a échoué » et que «le socialisme a été vaincu ». La distinction se fait selon où l’on situe la contradiction principale. Les leçons que nous tirons de ces deux grandes révolutions socialistes dépendent beaucoup de notre analyse concernant la contradiction principale. Cherchons-nous les racines de l’échec du socialisme, ou cherchons-nous les racines de sa défaite ?
Repenser le Socialisme a identifié l’existence d’éléments capitalistes pendant la transition socialiste en Chine. Cependant, des analyses et des discussions plus détaillées sont nécessaires pour explorer la manière par laquelle le socialisme a été vaincu. Je me sens obligé d’explorer comment le développement socialiste en Chine, qui a tant accompli pour les masses laborieuses, a finalement été vaincu.
[…]
Le socialisme en Chine a été vaincu, mais il n’est pas mort. Il est important de noter que presque quatre décennies après que Deng ait inversé la transition du socialisme au capitalisme, les chinois qui ont vécu les deux périodes ont pu voir les différences fondamentales devant leurs yeux. Ils ont vu le gouvernement dirigé par le prolétariat développer l’économie dans le but de servir les besoins du peuple et comment le peuple a gagné le contrôle dans de nombreuses sphères de la société. Après la prise du pouvoir par la bourgeoisie, le nouveau régime n’a fait que servir ses propres intérêts et a de nouveau soumis les ouvriers et les paysans chinois à l’exploitation et aux abus de pouvoir. […]
Pao-yu Ching, le12 Juin 2017
