2 octobre 2026

Lutte de classe ou « campisme » ? L’exemple de l’Iran

1) Une question de principes

On observe à l’échelle mondiale un courant politique qui se réclame du marxisme qui, en invoquant l’hégémonie des puissances impérialistes, leurs guerres, leur politique d’occupation et leur politique répressive, en vient à défendre des États autoritaires et réactionnaires. Ce courant est souvent qualifié de « gauche anti-impérialiste » ou de « campisme ».

Son point de départ théorique consiste à diviser le monde essentiellement en deux camps géopolitiques : d’un côté, l’Occident impérialiste ; de l’autre, le bloc qui s’oppose à lui. … Ce qui est déterminant c’est la géopolitique qui prend le pas sur la lutte de classe. Ce n’est plus la relation d’un État avec les classes sociales qui prime, mais sa position au sein de l’ordre international du pouvoir. Peu à peu, l’accent se déplace ainsi de l’analyse des rapports entre les classes vers l’évaluation des forces étatiques en fonction de leur rôle géopolitique. …

L’opposition aux États-Unis, critère central ?

Dans cette perspective, ce qui importe désormais pour les campistes, ce n’est plus la relation qu’un État entretient avec la classe ouvrière, avec le mouvement syndical, avec les mouvements sociaux et autres initiatives auto-organisées. Ce qui est déterminant, c’est uniquement de savoir si cet État s’oppose ou non aux États-Unis. C’est ainsi que l’opposition aux États-Unis devient le critère central des jugements politiques.

Bien entendu, il ne faut pas sous-estimer l’importance des évolutions géopolitiques. Les sanctions économiques, les interventions militaires et les occupations influencent la vie de milliards de personnes. Le blocage du détroit d’Ormuz et ses conséquences sur l’économie mondiale en sont un exemple, tout comme les restrictions massives que les guerres imposent aux possibilités d’action des mouvements sociaux. En Iran également, dès le début de la guerre, les manifestations sociales, les conflits sociaux et les luttes des travailleurs – dont plus de 2 000 ont lieu chaque année – ont été relégués au second plan. …

Ainsi, les conflits entre États remplacent la contradiction fondamentale entre le capital et le travail. Il en résulte que les travailleurs et les communistes ne font plus de leurs intérêts de classe autonomes le point de départ de leur action politique, mais sont – consciemment ou inconsciemment – intégrés dans les rivalités de pouvoir géopolitiques.

Selon cette logique, toute force qui s’oppose aux États-Unis apparaît inévitablement comme une alliée de la libération de la classe ouvrière. À l’inverse, toute critique à l’égard de gouvernements anti-occidentaux est considérée comme un soutien objectif aux États-Unis. La première conséquence de ce mode de pensée est que les luttes ouvrières, les revendications démocratiques et sociales, que toute résistance à la répression intérieure sont reléguées au second plan par rapport à la lutte prétendument primordiale contre l’ennemi extérieur

Khomeini est devenu une « force anti-impérialiste »

C’est précisément cette logique que nous avons pu observer après la victoire de la contre-révolution islamique de 1979, tant à l’échelle internationale qu’au sein même de l’Iran. Ceux qui continuaient à s’en tenir à la logique des deux blocs de pouvoir – l’Est et l’Ouest – voyaient en Khomeini une force anti-impérialiste. … Lorsque le régime du Shah a signé avec l’Union soviétique l’accord portant sur la construction de l’aciérie d’Ispahan, le Parti Tudeh (Parti révisionniste qui se qualifie à tort de communiste) a même considéré cela comme une voie pacifique vers le socialisme. C’est précisément là que réside la différence décisive avec une analyse marxiste. La géopolitique et la lutte des classes sont deux niveaux distincts, mais liés entre eux, de la réalité sociale. D’un point de vue marxiste, le critère d’évaluation d’un État ne peut jamais se limiter à sa seule politique étrangère. …

La résistance aux guerres impérialistes, aux sanctions destructrices et à l’occupation militaire a été et reste un élément indispensable de la politique communiste. Mais cette résistance ne doit pas conduire à ignorer ou à relativiser l’exploitation, la répression politique, l’oppression liée au genre ou la discrimination à l’égard des minorités nationales au sein des sociétés concernées.

Les communistes rejettent tout aussi fermement une attaque des États-Unis contre l’Iran comme de toute autre agression impérialiste. Ce rejet ne peut et ne doit toutefois pas se transformer en soutien politique à la République islamique. C’est précisément dans de telles situations historiques que l’indépendance politique de la classe ouvrière prend tout son sens.

 2) une question concrète :

 IRAN : pourquoi les opprimés doivent s’opposer à la fois à la guerre et à la République islamique ?

La guerre opposant les États-Unis et Israël, d’une part, à la République islamique, d’autre part, n’est pas une guerre populaire. Il s’agit d’une confrontation entre deux pôles réactionnaires, dont le coût est supporté par les travailleurs, la classe ouvrière et les opprimés. Dans toute guerre, ce sont les gens du peuple qui sont tués, qui perdent leur foyer et leur emploi, qui subissent la cherté de la vie, le chômage, la pauvreté et l’insécurité, et dont l’avenir est davantage brisé.

La République islamique, pour sa part, a passé plus de quatre décennies à défendre le système capitaliste dominant par la répression, l’emprisonnement, les exécutions, la discrimination et l’exploitation, tout en étouffant toute voix réclamant liberté et égalité. Par conséquent, s’opposer à la guerre ne signifie jamais défendre la République islamique ; inversement, rejeter la République islamique ne signifie pas soutenir une intervention militaire des États-Unis et d’Israël.

La monarchie, les défenseurs des héritiers du Shah et une grande partie de l’opposition iranienne — qui cherche à accéder au pouvoir dans l’ombre d’une intervention militaire américaine et israélienne — ne diffèrent pas fondamentalement de la République islamique. Leur point de discorde porte sur le partage du pouvoir, et non sur l’abolition de la discrimination, de l’inégalité, de l’oppression, de l’exploitation et de la cupidité inhérentes au système capitaliste. …

 Les communistes et les travailleurs ne font donc partie d’aucun de ces fronts réactionnaires. Ni la République islamique ni les forces qui comptent sur les bombardements et les interventions de puissances étrangères pour prendre le pouvoir ne représentent le peuple. En fin de compte, tous prônent le maintien des rapports capitalistes et s’opposent à l’exercice direct du pouvoir par les travailleurs et le peuple. La seule orientation communiste réside dans l’organisation indépendante et consciente des travailleurs, des masses laborieuses et des opprimés : une lutte simultanée contre la guerre, les politiques impérialistes, la République islamique et toute alternative dépendante de puissances étrangères.

Opposons-nous à la guerre déclenchée pour étendre la domination des puissances régionales et mondiales sur l’Iran et le Moyen-Orient. Les fruits de décennies de lutte menée par les nations opprimées, les travailleurs, les femmes, la jeunesse et les épris de liberté ne doivent pas être accaparés au profit des défenseurs du capitalisme et des puissances étrangères. L’alternative n’est ni une République islamique ni un gouvernement bâti sur les ruines de la guerre et dépendant d’une intervention étrangère. L’alternative, c’est le pouvoir des travailleurs, des masses laborieuses et des opprimés. C’est un mode de gouvernement fondé sur la liberté, l’égalité, un ordre social organisé en conseils, l’abolition de toute forme de discrimination et d’exploitation, ainsi que la garantie, pour chacun, du droit au travail, au logement, à l’éducation, à la santé et à une vie digne.

Non à la guerre, non à la République islamique, non aux alternatives dépendantes de puissances étrangères ; oui à l’organisation indépendante de la classe ouvrière !

 Article réalisé à partir d’écrits et d’interviews du Parti Communiste révolutionnaire d’Iran

2 réflexions sur « Lutte de classe ou « campisme » ? L’exemple de l’Iran »

  1. Notre pdv sur la guerre en Ukraine est bien connu. Cf sur notre site les pdv suivant:

    Celui de la coordination internationale des Mineurs :
    https://upml.org/2026/02/ukraine-solidarite-internationale-entre-mineurs/

    Celui du KSRD : https://upml.org/2025/12/ukraine-declaration-actuelle-du-ksrd/
    (KSRD, Conseil de coordination du mouvement syndical en Ukraine)

    Celui de Lénine sur le droits des nations à disposer d’elles-même: https://upml.org/2024/03/6141/
    Remarquons que Lénine parle toujours de la question nationale du point de vue de l’avenir du mouvement ouvrier, du point vue du socialisme.

  2. Article interressant et étonnant!
    Étonnant car finement analysé à propos de l Iran c est pourtant exactement ce que vous faites à l égard de l Ukaine!
    Plaquer une analyse géopolitique, même pas adaptée, celle du mouvement communiste lors de la première guerre mondiale: guerre à la guerre! les deux camps en guerre en Ukraine se valent etc Au mépris de la réalité internationale: qui a envahi qui? Au mépris de tout principe démocratique du choix des peuples à se déterminer eux memes: le référendum de 1991 oû la Crimée à 56%, le Donbass à 86% choisissent de faire partie de l Ukraine, et surtout un mépris de ce que font sur le terrain les travailleurs ukrainiens dont toutes les organisations participent à la résistance. Et ils savent pourtant que Zelenski, russophone lui même, représente des oligarques. Comme De Gaulle capable de mener la résistance à été capable de bombarder Setif le 8 mai 45 et d y faire 10 000 victimes. On sait que les capitalistes même quand ils mènent une guerre juste ne sont pas fiables. Le mouvement communiste a su contre le fascisme faire alliance avec un camp impérialiste. Et pas le plus faible, le plus fort, les imperialismes américain, anglais , français dominaient la planète, mais contre le plus dangereux Immediatement, Hitler. Donc aujourd’hui ne prendre aucune initiative de soutien aux travailleurs ukrainiens en lutte, sous pretexte qu ils ont besoin de l aide de l ouest pour resister a l invasion, comme le fait Melenchon est une honte de la gauche. Le campisme que vous souhaitez dénoncer à des manifestations encore plus critiquables que vis à vis de l Iran…

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