Les luttes actuelles : une école de lutte des classes
Le succès des impressionnantes manifestations de masse du 17 octobre, rassemblant plus de 800.000 participants en France et donné lieu à environ 1 500 manifestations, occupations de ronds-points, de péages, etc., ne réside pas seulement dans leur ampleur numérique. Elles ont réuni les couches sociales les plus diverses, unies par leur colère et leur opposition au gouvernement Macron. Pour 95 % des participants, ces manifestations se sont déroulées dans un esprit pacifique, solidaire et combatif. Et ce, malgré la violence policière omniprésente et permanente. Les manifestants ont appris à se soutenir et à se protéger mutuellement. On se transmet des numéros d’avocats, des masques, de la solution physiologique contre les gaz lacrymogènes, etc.
De nombreux élèves et étudiants, leurs parents et des enseignants, des syndicalistes, des ouvriers, des professionnels de la santé et des transports ont défilé contre la politique du gouvernement. Une grande partie d’entre eux protestent contre le coût de la vie écrasant, la privatisation des services publics, etc. Jeunes et moins jeunes se montrent très critiques envers les responsables politiques de droite, mais s’opposent à la violence individuelle.
Concernant le gouvernement, les médias titrent à juste titre que « Le divorce est prononcé ». Macron, qui s’était présenté avec de grandes promesses de “réformes”, aurait « perdu la jeunesse ». Contrairement au mouvement pour les retraites d’il y a encore trois ans, toute la politique gouvernementale est dans le collimateur dans de nombreux domaines, notamment la politique sociale. Des liens se sont établis entre la politique d’austérité, notamment en matière de protection de l’environnement, le réarmement militaire, et la question des perspectives d’avenir, en particulier pour la jeunesse.
Les pancartes évoquant mai 68 et la Révolution de 1789 manifestent l’orientation à gauche du mouvement. Sur la place de la République à Paris, des milliers de personnes ont chanté « L’Internationale » accompagnées par l’orchestre « Du Nouveau Monde ». L’unité entre jeunes et moins jeunes, indispensable pour mettre en commun les expériences et renforcer la force de frappe de la lutte, constitue un atout majeur.
Pour la convergence des luttes de la jeunesse, des Gilets jaunes et des syndicats ! Chacun, de la base comme au sein des directions, en porte la responsabilité !
Les deux méthodes des dominants
Ce succès doit être réduit à néant par une démagogie sans pareille, elle va de pair avec la fascisation croissante de la politique gouvernementale. Les médias de masse, presque tous alignés sur la même ligne, ont braqué leurs projecteurs sur la petite minorité de casseurs et d’auteurs de violences, ou encore de jeunes autonomes, qu’ils ont également qualifiés, dans un esprit anticommuniste, d’« extrême gauche ». Une fois de plus, la LFI se retrouve sur le banc des accusés et est tenue pour responsable du vandalisme ! La campagne électorale impose certaines obligations démagogiques, mais l’enjeu va bien au-delà. Les dirigeants bourgeois préparent encore plus de réaction et de répression face aux masses populaires, notamment de la jeunesse, qui se rebellent contre un système dépassé.
Tout cela, c’est une école de lutte des classes ! Les revendications légitimes des manifestants sont balayées d’un revers de main – il n’y a plus aucune concession, les richesses générées par l’économie servent à la préparation de la guerre et à la concurrence impitoyable entre les monopoles internationaux pour le contrôle du monde. Ainsi, la supercherie d’un capitalisme à visage humain perd de plus en plus de crédibilité. Lénine parlait déjà des deux méthodes de domination de la bourgeoisie : la supercherie et la violence ! (Dans « L’État et la révolution »)
Les destructions, les incendies, les actes de vandalisme contre les mairies, les commerces, etc. sont imputés aux casseurs et à « l’extrême gauche ». Or, de nombreux faits indiquent que ces actes ont en partie été carrément tolérés, voire organisés par l’État de manière ciblée, dans le but de désorganiser la manifestation. Des vidéos de ce samedi 17 octobre montrent, et ce n’est pas la première fois, des provocateurs policiers parmi les émeutiers qui, après leurs vandalismes, se mettent tranquillement à l’abri derrière les cordons de police. Le ministère de l’Intérieur aurait été avertis à plusieurs reprises qu’une petite minorité prête à recourir à la violence, mais ils n’en ont pas tenu compte et pour cause ! Par rapport à d’autres événements, le dispositif policier était manifestement réduit. Le point de départ de la manifestation à Paris avait déjà été occupé plusieurs heures auparavant par des casseurs, que les autorités ont laissé faire. Le courageux maire de Marseille a déclaré avec colère à la radio que la police s’était même retirée lorsque les émeutiers ont pris d’assaut la mairie. En revanche, là où cela était possible, les manifestants se sont opposés aux destructions et aux pillages.
Derrière des arrestations massives (près de 3000), des centaines d’emprisonnement une justice de classe impitoyable, un couvre-feu, des menaces d’état d’urgence, des interdictions de manifestations et une manipulation médiatique de masse se cache la peur de la bourgeoisie face à ce puissant mouvement de protestation, à peine six mois avant les élections. À juste titre !
D’où vient cette colère ?
Oui, des jeunes ont également pris part aux pillages et aux actes de vandalisme, parfois par centaines, voire par milliers. La violence anarchiste et insensée ainsi que la rébellion aveugle, avec des slogans tels que « Tout détruire ! », sont hostiles aux intérêts du peuple, divisent et fournissent aux dirigeants le prétexte souhaité pour la répression.
Mais d’où viennent la haine et la colère de jeunes « émeutiers » ? Une grande partie d’entre eux ne fréquente pas le lycée. L’accès à l’enseignement secondaire reste fermé à de nombreux jeunes issus de familles ouvrières ou d’origine immigrée ; ou bien ils ont même été renvoyés d’une école incapable de les épauler. En France, on compte chaque année environ 76 000 jeunes en décrochage scolaire sans diplôme. Ils se sentent exclus d’une société qu’ils perçoivent comme violente et hostile, non seulement de la « grande » politique bourgeoise, mais aussi de la vie sociale ; très concrètement, à travers les contrôles policiers quotidiens et le manque de perspectives professionnelles. Avec un taux de chômage avoisinant les 25 %, voire plus chez les jeunes adultes, les boutiques de luxe du Paris aisé leur sont inaccessibles. Et maintenant, par la violence policière et étatique face aux revendications pourtant tout à fait légitimes du mouvement de protestation.
La violence et la destruction sont le produit d’une société fondée sur l’exploitation, l’injustice et l’oppression.
C’est ainsi que la colère s’est également déchaînée samedi 17 sous la forme d’une violence aveugle. Ce n’est pas une solution, et ce sont ces jeunes en colère qui ont été les premiers à être arrêtés par la police, et non les criminels habilement organisés ni les provocateurs de la police.
Contre la violence individuelle, pour la violence révolutionnaire !
La lutte contre le système d’exploitation, contre l’impérialisme français, est légitime ! Mais pour l’éliminer, ce n’est pas la violence individuelle aveugle qu’il faut, mais la violence révolutionnaire. Aucun changement social fondamental ne s’est fait sans elle – ni les révolutions bourgeoises comme en France en 1789, ni les luttes pour le socialisme. Karl Marx a déclaré : « La violence est l’accoucheuse de toute vieille société enceinte d’une nouvelle. » « Égalité, liberté, fraternité » n’existeront que dans une société communiste, jamais sous le capitalisme. Ce n’est pas un gouvernement particulièrement odieux ou un président particulièrement arrogant qui est à l’origine des crises et des « dysfonctionnements », qui engendre les guerres, le fascisme, la misère et la destruction de l’environnement, c’est tout un système !
L’UPML milite pour un changement révolutionnaire ! Nous soutenons et mobilisons pour des journées internationales de protestation, d’action et de grève. Nous avons besoin d’un mouvement de jeunesse révolutionnaire fort, en unité avec le mouvement ouvrier, pour la construction d’un véritable Parti communiste et révolutionnaire !
