14 mai 2026

Tchernobyl : mensonge d’État… ou faillite d’un État déjà embourgeoisé ?

Depuis quelques semaines, les médias dominants ne cessent de parler en permanence de la « Catastrophe de Tchernobyl ». Le message est clair, simple, martelé jusqu’à saturation : communisme = mensonge. Une équation grossière, non historique, mais politiquement utile pour la bourgeoisie contemporaine.

Il faut y répondre sérieusement — donc dialectiquement.

1986 : une URSS déjà sortie du socialisme

Présenter Union soviétique de 1986 comme un État socialiste relève de la falsification historique. Depuis des décennies (depuis le rapport Khrouchtchev en 1956), une restauration progressive des rapports capitalistes, dirigée par une bureaucratie bourgeoise était à l’œuvre : primat des carrières individuelles, bureaucratisation, privatisation industrielle, séparation croissante entre dirigeants et dirigés.

Tchernobyl n’est pas un “échec du socialisme”. C’est au contraire la catastrophe qui a été un des symptômes de sa liquidation.

Le fameux test qui a mal tourné n’est pas tombé du ciel. Il s’inscrit dans une logique bien connue : pression hiérarchique, course aux indicateurs, recherche de promotion personnelle. Des cadres techniques prêts à prendre des risques pour gravir les échelons — voilà un comportement typiquement individualiste et bourgeois, étranger à une éthique socialiste authentique fondée sur la responsabilité collective.

Autrement dit : ce n’est pas “trop de communisme” qui a produit Tchernobyl, mais déjà trop peu.

Le mensonge : une constante des États bourgeois

Les médias feignent de découvrir que l’État soviétique a menti. Mais depuis quand le mensonge serait-il une spécificité “communiste” ?

Prenons quelques exemples évidents :

  • Accident nucléaire de Fukushima : dissimulation initiale de l’ampleur de la contamination par l’État japonais et TEPCO ; et encore aujourd’hui beaucoup de flou sur l’état réel de la central.
  • Accident nucléaire de Three Mile Island (en 1979): minimisation des risques par les autorités américaines, qui avait déjà cacher la dizaine de fuites précédemment apparues.
  • La France « n’avait pas été touchée par le nuage » venu de Tchernobyl. C’était le mensonge officiel, celui qui a permis aux autorités (Mitterrand et Chirac) de cacher la catastrophe, jusqu’à empêcher les observations indépendantes.

Dans tous ces cas, des États pleinement capitalistes. Le mécanisme est identique : protéger l’appareil productif et ses profits, éviter la panique, maintenir l’ordre social.

Le mensonge d’État n’est pas une anomalie. C’est une fonction normale de la domination bourgeoise.

Tcherbina : le “héros” tragique d’un système bourgeois

La figure de Boris Tcherbina (alors premier ministre d’URSS) est souvent présentée comme celle d’un dirigeant courageux. Il est vrai qu’il s’est rendu sur place, qu’il a assumé des risques, et qu’il en est probablement mort.

Mais il incarne surtout une contradiction profonde.

D’un côté, une présence physique sur le terrain — héritage déformé d’une tradition révolutionnaire où les cadres devaient être au contact des masses travailleuses et contrôlés par la population.

De l’autre, une décision accablante : en 1988, il soutient un décret empêchant les médecins de mentionner les radiations comme cause de maladie ou de décès.

Ce n’est pas un détail. C’est l’effacement administratif de la catastrophe.

Tcherbina devient alors le fusible parfait : il se sacrifie physiquement, mais protège politiquement le système. Une forme extrême de loyauté… non pas au socialisme, mais à un appareil d’État déjà bourgeois, préoccupé avant tout par sa propre stabilité et le développement d’une nouvelle classe bourgeoise.

Renverser l’accusation

La bourgeoisie médiatique tente de faire de Tchernobyl un procès du communisme. Il faut retourner l’accusation :

  • Ce qui s’effondre à Tchernobyl, ce n’est pas le socialisme
  • C’est un système qui en a conservé les formes, mais perdu le contenu
  • Un système où les logiques de carrière, de dissimulation et de gestion technocratique ont remplacé le contrôle populaire

 

Conclusion : le vrai clivage

Le débat ne doit pas être “URSS vs Occident”.

Le vrai clivage (et les leçons pour l’avenir !) sont ailleurs :

  • Pouvoir des masses vs pouvoir des élites
  • Transparence révolutionnaire vs gestion technocratique
  • Socialisme vivant vs restauration bourgeoise

Les mensonges de Tchernobyl ne sont pas ceux du communisme.

Ce sont ceux d’un État bourgeois.

Bachir

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