28 mai 2024

Collaboration ou lutte de classe ? Pour un syndicalisme de lutte !

« Il doit être clair que dans la lutte quotidienne nous nous soucions de regrouper des travailleurs dans les syndicats, les plus importantes auto-organisations de la masse des prolétaires. Nous sommes pour construire un syndicalisme unique et de classe sur une base servant les intérêts et besoins immédiats du prolétariat. Pour renforcer la solidarité et l’indépendance du prolétariat,nous combattons le corporatisme, le chauvinisme, toute forme de collaboration de classe et les méthodes et pratiques anti démocratiques.

La lutte pour les réformes est menée par les marxistes-léninistes comme une école de la lutte des classes. Il s’agit de développer les luttes à un niveau supérieur dans la perspective du socialisme révolutionnaire. Cela demande à combattre le réformisme, le révisionnisme et l’opportunisme, qui prétendent à une gestion sociale du capitalisme. En fait, on l’a vu à mainte occasion, ils sacrifient les intérêts des travailleurs au nom de la conciliation des classes et de la paix sociale. » (voir notre projet de programme, page 26 point 6). C’est de ce point de vue que nous soutenons la lutte du syndicat CGT de l’usine PSA-Poissy.

Collaboration ou lutte de classe ? Pour un syndicalisme de lutte !

La CGT PSA Poissy vient de lancer une pétition pour protester contre son assignation au tribunal par la Fédération de la métallurgie CGT. Depuis plusieurs mois, la Fédération CGT de la métallurgie et l’Union départementale du 78 (Yvelines) ont engagé une offensive contre le syndicat CGT PSA Poissy (la plus grande usine de région parisienne, avec 3 500 salariés et sous-traitants).

La Fédération a soutenu en décembre 2021 la création d’un deuxième syndicat CGT (la CGT Stellantis Poissy) concurrent sur la même usine, en violation des statuts de la CGT.

Elle a écrit à la direction de PSA pour dire qu’elle ne reconnaissait plus l’ancien syndicat, ce qui a permis au nouveau de reprendre tous les mandats désignatifs (délégués syndicaux, représentant syndical au CSE, membres de la CSSCT…) : ce qui va laisser sans protection des militants dont la direction de PSA rêve depuis des années de se débarrasser. Elle avait déjà tenté par exemple de licencier le secrétaire de la CGT, Farid Borsali pour ses activités syndicales.

La Fédération a destitué Jean-Pierre Mercier, membre de la CGT PSA Poissy (également porte-parole de Lutte ouvrière), de son mandat de délégué syndical central contre le vote ultra-majoritaire des syndicats CGT du groupe PSA, en s’asseyant là encore sur ses propres statuts !

Aujourd’hui, la Fédération de la métallurgie CGT assigne le syndicat CGT PSA Poissy au tribunal de Bobigny pour lui interdire, sous peine de sanctions financières, d’afficher son affiliation à la CGT par son intitulé, son logo, etc., avec 1 000 euros d’amende par infraction constatée. Cela revient à demander son exclusion de la CGT… qu’en vertu des statuts de la CGT, seule la Confédération pourrait prononcer. La Fédération de la métallurgie a fait envoyer un huissier de justice au domicile de chaque militant pour lui remettre l’assignation à comparaître. Ce qui lui a coûté près de 5 000 euros, on ne lésine pas à la dépense pour tenter de faire taire des militants.

Des méthodes dont la direction de PSA doit se délecter, elle qui a plusieurs fois envoyé ses huissiers contre la CGT PSA Poissy et voit la Fédération de la métallurgie prendre le relais.

La Fédération CGT méprise la démocratie syndicale au plus grand profit de PSA

Les faits sont les suivants :

  • En novembre 2021, 193 syndiqués étaient présents (sur près de 300 syndiqués) au congrès du syndicat CGT PSA Poissy, contre 35 à peine pour le congrès de fondation de la CGT concurrente soutenue par la Fédération un mois plus tard.
  • Début 2022, une pétition dans l’usine de plus de 1 000 signataires (bien au-delà des seuls syndiqués), soutenait la CGT historique de Farid Borsali et Jean-Pierre Mercier contre les manœuvres de la fédération.
  • Au niveau de l’ensemble du groupe PSA, le 13 mai 2022 un vote organisé par les syndicats CGT des sites PSA du groupe est sans appel : 223 des délégués et responsables CGT, soit 88 % des votants, soutiennent le maintien de Jean-Pierre Mercier au poste de délégué syndical central. Seules 31 voix se prononçaient pour le candidat de la Fédération). 15 syndicats et sections CGT du groupe PSA sur 17 se sont prononcés contre la nomination du candidat choisi par la Fédération.

En ce mois de septembre, la Fédération continue sa purge, elle menace maintenant publiquement de démandater le DSC adjoint CGT du groupe PSA, Cédric Brun (secrétaire du syndicat CGT PSA Valenciennes), un militant combatif et populaire, en raison de sa solidarité avec Farid Borsali et Jean-Pierre Mercier.

À l’usine de Poissy, en 60 ans d’activité, le syndicat CGT Poissy, a mené la lutte contre les patrons de Simca-Chrysler, puis PSA Peugeot-Citroën et enfin Stellantis. Certains de la CGT PSA Poissy sont des anciens de PSA Aulnay qui avaient mené une grève de quatre mois contre la fermeture de leur site en 2013. Ce syndicat est pluraliste et organise démocratiquement les syndiqués, ses délégués et ses représentants, de manière indépendante de la direction, pour riposter à ses attaques. Il a pour tradition de faire voter les salariés en grève et de consulter régulièrement les ouvriers, qu’ils soient à la CGT ou non. Et de chercher le contact et l’unité d’action avec d’autres travailleurs en lutte de l’automobile ou d’autres branches (cheminots, travailleurs du nettoyage, des hôpitaux, etc.). Mais c’est précisément ce que la Fédération ne veut plus tolérer.

Une menace d’exclusion sur fond de restructurations du secteur automobile

Le patronat de l’automobile annonce la fin du moteur thermique pour 2035 et menace de restructurations, de fermeture de sites et de centaines de milliers de suppressions d’emplois en France et dans le monde. C’est le moment que choisit la Fédération pour se débarrasser des syndicalistes les plus combatifs, ceux qui proposent de ne pas se laisser faire face aux attaques patronales.

Mais, face aux attaques, c’est bien un problème d’orientation qui se pose à la CGT.

En mai 2021, quand les syndicats CGT de PSA appelaient à manifester à PSA Douvrin, contre la menace de fermeture de sites (dont ce dernier), la Coordination CGT Renault proposait une autre manifestation au Mans pour les Renault le même jour. Histoire de ne pas être ensemble. Les deux démarches étaient de fait assumées par la Fédération de la métallurgie, mais au Mans, la Coordination CGT Renault empêchait les délégations de Renault Lardy, Flins et Cléon (venues en nombre car particulièrement concernées par les attaques) de prendre la parole. Certaines interventions de salariés de Renault, et d’autres, au rassemblement à PSA Douvrin, auraient-elles risqué de contrarier – ou seulement de discuter – la « ligne » de la direction de la Fédération ? C’est bien la justification que celle-ci donnera trois semaines plus tard en déclarant à une réunion que « L’exclusivité des prises de parole ne se décrète pas par la simple venue en délégation. Le contenu doit être dans le respect des orientations définies et élaborées collectivement lors des rencontres que nous avons. Le 6 mai était consacré à la présentation du projet industriel CGT Renault pour la cohérence du groupe. […] Notre projet industriel, […] est l’unique solution alternative pour le maintien et le développement de la cohésion de notre entreprise et des emplois. »

Un « projet industriel » plus que des luttes, tout un programme qui résume bien une orientation : nous ne pourrons nous défendre que site par site, en proposant de bons projets industriels, en négociant avec nos exploiteurs pour leur proposer une « meilleure » solution, Bref dans les limites de leurs intérêts.

Défendre le « projet industriel » capitaliste ou défendre la classe ouvrière ?

Les deux alternatives s’opposent : ou bien la négociation de « projets industriels », qui justifient toutes les réorganisations et fermetures, dans les strictes limites des intérêts patronaux et d’un capitalisme conquérant ; ou bien la lutte de tous les travailleurs menacés contre les fermetures de sites, suppressions de postes, et licenciements, quitte pour ce faire à se coordonner et à peser sur d’autres secteurs…

Dans le cadre des restructurations massives dans l’automobile, qui n’en sont qu’à leur début, il semble clair que la Fédération de la métallurgie se veut prête à négocier sur le terrain de « l’avenir industriel de la France » et ne veut plus de syndicats trop remuants, ni que le représentant de l’ensemble des syndicats CGT de PSA, celui à qui la presse tend le micro, soit un militant trop combatif, représentant de militants CGT qui veulent pour les luttes une tout autre politique. Le but de la Fédération est donc d’apparaître comme un syndicat responsable auprès des directions de groupes comme PSA-Stellantis ou Renault, et ne faire, au mieux, que négocier, usine par usine et site par site, les attaques contre les travailleurs. Mais laisser ainsi les travailleurs isolés les uns des autres, livrés à eux-mêmes, c’est les conduire à être plus facilement vaincus. De ce point de vue, l’exclusion de militants combatifs de la CGT est une menace pour bien d’autres militants de la CGT, du groupe PSA ou d’ailleurs, quelles que soient leurs sensibilités et opinions.

(Article réalisé à partir de diverses informations)

Soyons le plus nombreux possible

à venir soutenir ses militants au rassemblement de soutien organisé par la CGT PSA Poissy, le jeudi 20 octobre 2022 à 12 h , devant l’annexe du tribunal judiciaire de Bobigny (93), 1 promenade Jean-Rostand

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