2 octobre 2026

Les BRICS, la Palestine et Israël…

Lutte de classe ou « campisme » ? (suite à notre article du 9 septembre : https://upml.org/wp-admin/post.php?post=9346&action=edit )

Les BRICS, la Palestine et Israël…                                                                      qui sont nos amis et nos ennemis ? Une importante question stratégique pour les anti-impérialistes.

Face au génocide à Gaza, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, leurs associés, sont l’ Égypte, Les Émirats Arabes Unis, L’Éthiopie, L’Iran et L’ Indonésie – l’ensemble s’appelle BRICS+) affirment défendre le droit international et les droits du peuple palestinien. Mais leurs actes contredisent leurs déclarations. Par ailleurs, certaines forces anti-impérialistes et communistes croient pouvoir s’appuyer sur les BRICS pour combattre les anciennes puissances impérialistes, ont-ils raison ?

Alors que le 18e sommet des BRICS de New Delhi condamne la famine, les déplacements forcés et les attaques contre les civils sans même désigner Israël comme responsable, plusieurs États membres accroissent leurs échanges commerciaux avec cet État. Plus grave encore, certains participent directement à son effort militaire. L’Inde, qui préside les BRICS en 2026, en fournit un exemple particulièrement révélateur : ses entreprises exportent vers Israël des composants destinés à la fabrication de munitions et d’armes. Les BRICS dénoncent donc certaines conséquences de la guerre génocidaire tout en continuant, pour plusieurs d’entre eux, à alimenter les relations économiques et militaires avec l’État qui la mène.

Dans leur déclaration finale les BRICS+, réunis à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, ne mentionne ni le génocide, ni les milliers de Palestiniens détenus sans inculpation ni jugement, ni les violences et mauvais traitements infligés aux prisonniers palestiniens. Même lorsqu’il évoque les violations les plus graves du droit international, le texte évite ainsi de mettre directement en cause l’État d’Israël.

Loin de se réduire, les échanges commerciaux de plusieurs pays des BRICS avec Israël ont augmenté depuis le début de la guerre à Gaza. Entre 2024 et 2025, les exportations vers Israël ont augmenté de près de 54% pour la Chine et ont été multipliées par dix pour la Russie. Entre 2023 et 2025, les exportations vers Israël ont plus que doublé pour l’Égypte et ont progressé d’environ 51 % pour l’Indonésie.

Cette évolution est d’autant plus significative que les BRICS+ se présentent, à des degrés divers, comme des promoteurs d’un monde multipolaire et d’une réduction de la domination occidentale. Alors sont-ils dans le camp anti-impérialiste ou sont-ils des rivaux tout autant impérialiste ?

Les 2 principaux pays des BRICS+

L’Inde qui préside les BRICS+ en 2026, a des exportations importantes vers Israël. Les relations de l’Inde avec l’industrie militaire israélienne sont très importants : des entreprises indiennes fournissent directement des composants à des fabricants d’armes israéliens et participent à la coproduction de systèmes militaires. Des documents douaniers révèlent ainsi qu’en 2024, des entreprises indiennes ont notamment exporté vers Israël 554 120 composants de fragmentation destinés à des munitions, 50 corps de projectiles de 155 mm, 99 400 éléments d’amorçage pour munitions et des pièces métalliques destinées à des engins militaires. Parmi les destinataires figurent Rafael Advanced Defense Systems, IMI Systems et d’autres entreprises israéliennes d’armement.

L’Inde participe également à la production de drones militaires Hermes 900 et Hermes 450 avec Elbit Systems, tandis que des entreprises indiennes sont associées à la production de systèmes de missiles israéliens. Un rapport d’Amnesty International publié le 30 juillet 2026 documente 2 596 expéditions d’armes, de munitions, de pièces et de composants de l’Inde vers Israël depuis le 7 octobre 2023. Il identifie notamment des obus explosifs de 155 mm, des ogives pour drones SkyStriker, des composants de mitrailleuses et des pièces de véhicules blindés. Il s’agit d’exportations militaires documentées, y compris par des entreprises détenues ou contrôlées par l’État indien. Amnesty recense notamment 390 516 composants pour armes légères, 564 970 composants d’engins explosifs et 298 composants de véhicules militaires.

L’Inde avec des exportations totales vers Israël qui dépasse la valeur de 2 milliards de dollars US n’est donc pas seulement un important partenaire commercial d’Israël : elle est devenue un maillon de son complexe militaro-industriel, y compris pendant la guerre à Gaza.

La Chine, de loin le principal pays des BRICS+, et parmi eux également le principal partenaire commercial d’Israël avec plus de 20 milliards de dollars US exporte vers Israël des drones commerciaux (des modèles fabriqués notamment par DJI et Autel). Ces drones initialement destinés à des usages civils ont été acquis par l’armée israélienne puis transformés et équipés pour des missions militaires, notamment pour larguer des explosifs et des grenades et effectuer des opérations de surveillance et de reconnaissance à Gaza. Ces pratiques ont été documentées par des enquêtes d’Al Jazeera/Sanad et de +972 Magazine et Local Call, ainsi que par des analyses israéliennes récentes [9]. Cela montre concrètement comment une partie du commerce présenté comme civil ou commercial peut être réorientée vers l’effort militaire israélien, même lorsqu’il ne s’agit pas, au départ, d’une exportation d’armes au sens classique. Par ailleurs, l’ambassade de Chine en Israël indiquait en avril 2025 que le China-Israel Changzhou Innovation Park accueillait « près de 300 entreprises israéliennes et coentreprises sino-israéliennes », ainsi qu’environ 60 projets de coopération technologique bilatérale. Mais ce n’est pas le nombre total d’entreprises israéliennes présentes en Chine. Le parc de Changzhou est seulement l’un des principaux pôles de cette présence.

La critique sans concession qu’il convient d’adresser aux BRICS+ qui maintiennent, et dans plusieurs cas, approfondissent leur collaboration avec Israël ne doit pas faire oublier les principaux soutiens d’Israël dans son entreprise génocidaire que sont les Etats-Unis et les pays d’Europe occidentale (dont la France). Washington a fourni les armes permettant de mener une campagne militaire génocidaire et a, parallèlement, protégé Israël contre une partie des pressions exercées dans les institutions internationales.

On ne peut prétendre défendre la Palestine tout en alimentant, directement ou indirectement, l’économie et l’appareil militaire de l’État qui détruit Gaza, renforce la politique d’apartheid, d’occupation et de colonisation. La véritable solidarité ne se mesure pas aux déclarations des sommets, mais aux décisions concrètes qu’elles entraînent.

En fait les BRICS+ ne sont tout au plus qu’une alliance ponctuelle de nouveaux impérialistes pour combattre les vieilles puissances impérialistes « occidentales ». Nouveaux impérialistes usant bien souvent de discours « tiers-mondistes », voire même anti-coloniale pour neutraliser les luttes révolutionnaires des peuples opprimés.

Enfin, que dire de ces organisations, qui se disent marxistes-léninistes, qui se rangent et même font alliance par opportunisme au côté des impérialistes Chinois, Indiens, etc. sous prétexte, entre autre, que l’impérialisme US serait hégémonique.

Aveuglés par leur opportunisme ils ne voient pas les causes profondes des guerres impérialistes : le développement inégal et la baisse tendancielle des taux de profit des divers pays capitalistes. Ces lois objectives poussent des pays ou groupe de pays vers une lutte mortelle pour le repartage du monde. 

Construire un front uni à la base et dans l ‘action nécessite de la clarté et un effort de réflexion pour comprendre qui sont nos amis et qui sont ennemis dans la lutte contre les guerres impérialistes.  Sans cela nous ne serons que des jouets aux mains des impérialistes comme on a pu le vivre dans les luttes anti-coloniales.

Écrit à partir d’articles du CADTM Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *